La francisation n’a pas le cœur à la fête

Le Collectif francisation
Nous, Collectif francisation, dénonçons l’insuffisance des fonds rendus aux régions en bris de service de francisation.
Ils n’auront aucun effet durable sur la pénurie de l’offre en francisation provoquée par les coupures budgétaires ciblant les Centres de services scolaires: cette somme couvre à peine deux ans de fonctionnement d’une école. Toutefois, nous espérions y voir un premier pas vers la reconnaissance des nécessaires dépenses qu’implique une politique crédible de protection de la langue française.
Malheureusement, le commentaire que le gouvernement a fait de cette annonce nous a détrompés, et nous force à révéler les causes de cette crise qui continuent d’être cachées.
Les directions des CSS, attaquées par la CAQ, seraient-elles bâillonnées depuis la suppression des commissions scolaires par M. Roberge en 2020? On leur impute à tort la crise budgétaire que des décisions politiques malavisées et mises en œuvre dans la brutalité, le mensonge par omission et une communication profondément défaillante ont créée de toutes pièces.
Informations dissimulées
Voici les informations dissimulées, mais cruciales à la compréhension de la crise. Lorsque la demande en francisation a explosé en 2022, le MIFI, dépassé, a demandé aux CSS d’ouvrir plus de groupes, et de n’accepter que des étudiants qu’il leur référerait via Francisation Québec. L’enveloppe annuelle qu’il leur octroyait à partir des fonds d’Ottawa (et non directement des contribuables québécois) a augmenté avec cette demande, sans pour autant lui suffire. Les CSS ont répondu à l’appel et, suivant rigoureusement les directives des deux ministères, le bailleur (MIFI) et le prestataire (MEQ), avançaient les sommes requises. Leurs budgets s’équilibraient en fin d’exercice grâce à des mesures de flexibilité utilisées de longue date.
Le 18 juillet 2024 (après la planification de la rentrée), l’enveloppe du MIFI a été réduite au niveau de 20-21, année de fermeture des frontières. Pour faire face à cette imprévisible austérité, les directions ont compté sur la souplesse budgétaire habituelle accordée par le ministère de l’Éducation. Puis, sans trace écrite, des appels ont été passés pour la supprimer immédiatement, uniquement pour la francisation. La voilà, la coupe majeure! Pris de court, 55 CSS sur 66 n’ont eu d’autre choix que de fermer tout ou partie de leurs services.
Voilà comment notre réseau a été démantelé. Ainsi, le blâmer d’avoir prétendument dilapidé les fonds faméliques qu’il leur concédait pour répondre à une demande constante émanant du MIFI, en lui retirant la marge de manœuvre avec laquelle ils fonctionnaient avec la bénédiction de tous, est malhonnête et injuste. On accuse les CSS d’imprévoyance alors que personne ne semble avoir de visibilité dans ce dossier. Et on les prive de toute possibilité de se dédouaner en exposant les incohérences d’un plan qui manifestement omet d’impliquer ses parties prenantes à chaque étape de son déploiement chaotique: nous tenions à le faire en rappelant cette chronologie et cette anatomie de la crise, bien connues du terrain.
Économie
La fermeture de nos écoles aura des impacts systémiques dont le coût excédera largement les économies au nom desquelles on la justifie. À l’instar du Conseil du patronat, nous répétons notre dépendance collective à ces travailleurs temporaires. On leur fait porter le chapeau de tous les déficits, mais on les a fait venir pour combler nos besoins immenses en main-d’œuvre. Reconnaissons-le et investissons dans leur intégration pour protéger notre économie et notre fragile langue commune.
Des considérations budgétaires de courte vue l’emportent sur le devoir que nous impose la loi 96 d’offrir des services de francisation à chaque personne sur notre territoire. Nul ne peut ignorer la loi, et encore moins s’y soustraire lorsqu’elle ne sert pas ses choix budgétaires. Il est perturbant de devoir le rappeler au même parti qui l’a bruyamment promue.
Les 43 000 dossiers sur Francisation Québec et cette maigre rallonge financière prouvent l’incapacité logistique du MIFI à rouvrir plus de classes qu’il n’en ferme. Nous partageons les inquiétudes de nos collègues dans le réseau du MIFI en voyant se substituer à nos cours à temps plein des cours multiniveaux à temps partiel, animés par des formateurs dont le recrutement contourne leur convention collective. Il n’y a pas d’économies à faire en francisation. Pour que cet investissement nous rapporte, les allophones doivent compléter leur programme de francisation. Le vrai gaspillage est de ne pas les retenir faute de cours de qualité, donnés à temps plein, par des enseignants compétents, dans des établissements dont l’enseignement est la mission et l’expertise, la signature.
Messieurs Roberge, Drainville et Legault, faites preuve de cohérence, rétablissez notre financement et laissez-nous travailler pour un Québec fort, francophone et tissé serré.
Le Collectif francisation
En appui au Collectif:
Guillaume Cliche-Rivard, responsable du dossier de la francisation pour Québec solidaire aux revendications
Claude Quevillon Lacasse, présidente de l'Association québécoise pour l'enseignement du français langue seconde (AQEFLS)
Katy Vaillancourt, directrice de Le point d’ancrage, centre des femmes
Denis Poudrier, coordonnateur du Mouvement des Chômeurs et Chômeuses de l'Estrie (MCCE)
Patrick Morin, coordonnateur du Comité des travailleurs et travailleuses accidentés de l'Estrie (CTTAE)
Sylvie Bonin, coordonnatrice de L'Association coopérative d'économie familiale de l'Estrie (ACEF)
Marianita Hamel, co-coordonnatrice de Solidarité populaire Estrie
Vincent Beaucher, président du Syndicat des chargés et chargées de cours de l'Université de Sherbrooke (SCCCUS-CSQ)
Mélanie Côté, directrice générale de la chambre de commerce et d'industrie de Sherbrooke
Céline-Audrey Beauregard, conseillère d’arrondissement dans Verdun
Geneviève Auclair, conseillère municipale de St-Louis-de-France
Tania Longpré, chargée de cours, consultante et formatrice en francisation
Raphaël Laflamme, organisateur communautaire, Centre des travailleurs et travailleuses immigrants
Action-Chômage de Québec
Lucie Disquin, coordonnatrice du bureau de Québec, Réseau d'aide aux travailleurs et travailleuses migrants agricoles du Québec (RATTMAQ)