La guerre nous ouvre les yeux

Photo portrait de Mario Dumont

Mario Dumont

2022-03-04T10:00:00Z

La guerre nous sort d’un certain angélisme. Les pacifistes et adeptes du désarmement de type fleur bleue restent bouche bée lorsqu’un chef d’État sanguinaire envahit le pays voisin et largue des bombes sur la tête de la population.

Je vous parlerai aujourd’hui de l’angélisme écologiste qui a récemment dominé le Canada. Au nom des changements climatiques, le Canada a annulé presque tous ses projets de transport d’énergie. Les projets de pipelines voués à l’exportation, comme les projets de liquéfaction du gaz naturel pour l’expédier par bateau, se sont butés à une opposition idéologique.

Malheureusement, le rejet de ces projets n’a pas réduit la consommation de pétrole sur Terre. Les pays acheteurs se sont tournés vers d’autres producteurs. Dans ce processus, le Canada a cédé une place énorme à la Russie.     

Le rôle qu’on ne joue pas

Plus malheureux encore, au moment où il faut mettre au pas Vladimir Poutine, le Canada aurait le potentiel de représenter la solution de rechange idéale comme fournisseur. Pensons à l’Allemagne dont la moitié du gaz naturel provient de Russie. Seraient-ils acheteurs de gaz naturel canadien liquéfié ces jours-ci ?  

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Le Canada se prive de milliards de revenus et du même coup, il se prive d’un rôle géostratégique crucial dans le monde. À l’époque de Stephen Harper, certains conservateurs de l’Ouest utilisaient l’expression « pétrole éthique » pour parler de pétrole canadien.

Il ne s’agit pas de se faire croire que notre pétrole ne pollue pas. Il faut faire la transition énergétique. D’ici là, ayons la lucidité de réaliser que le pétrole du Canada est produit dans une démocratie, par des entreprises encadrées et cotées en Bourse, en suivant des lois environnementales sérieuses.

C’est certainement une meilleure option que du pétrole produit par la Russie, au profit d’une clique d’oligarques et d’un président qui engrange les fonds pour préparer une guerre chez le voisin. Lorsque l’idéalisme empêche de faire les comparaisons justes, il devient de la naïveté.   

Milliards d’achats

Le Québec est le champion incontesté de l’angélisme écologique. Nous en sommes même rendus à voter une loi pour interdire formellement toute exploration et toute exploitation du gaz ou du pétrole. Lorsque vous regardez cette loi dans un absolu idéaliste, vous dites : « Bravo ! Quelle société écologiste aux valeurs admirables ! »

Cependant, lorsque vous analysez l’approche québécoise dans la réalité vécue, c’est moins rose. Nous refusons de produire du pétrole, mais nous en consommons pour une valeur de près de 6 milliards $ par année. Ce chiffre va grossir avec le prix actuel du baril. Nous l’importons à 100 %.

Le Canada a même importé des produits pétroliers de Russie, pour une valeur d’un demi-milliard dans les deux dernières années. Plus de la moitié de ces produits sont venus... au Québec !

En produire ? Jamais ! En acheter des Russes ? OK. Il n’y a pas d’option parfaite. Lorsque notre supposé idéalisme nous empêche de faire les comparaisons justes pour arriver aux choix éclairés, c’est de la naïveté.   

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