La pandémie de COVID-19, «le Tchernobyl du 21e siècle»

Un rapport international fait état de lacunes importantes dans la gestion de la pandémie par plusieurs pays

Sortie du corps d’un patient dans un CHSLD de Montréal au début de la crise, en mars, dans les résidences pour personnes âgées.
Sortie du corps d’un patient dans un CHSLD de Montréal au début de la crise, en mars, dans les résidences pour personnes âgées. Photo d’archives, Chantal Poirier
Photo portrait de Roxane Trudel

Roxane Trudel

2021-05-13T03:04:51Z
2021-05-13T13:07:07Z

La pandémie qui a tué plus de 3,3 millions de personnes est le « Tchernobyl du XXIe siècle » et « aurait pu être évitée » si tous les pays, dont le Canada, s’étaient regroupés pour travailler de concert, dévoile un rapport dévastateur de l’OMS. 

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« Il est clair que la combinaison de mauvais choix stratégiques, d’un manque de volonté de s’attaquer aux inégalités, d’un déni d’évidences scientifiques [...] et d’un système manquant de coordination a créé un cocktail toxique qui a permis à la pandémie de se transformer en une crise humaine catastrophique », soutient le rapport d’experts indépendants publié mercredi.

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« Une myriade d’échecs, de lacunes et de retards dans la préparation et la réponse » a engendré une telle tournure, a déclaré mercredi Ellen Johnson Sirleaf, l’une des coprésidentes de ce panel.

Préparer la prochaine

Et il faut travailler le système international une bonne fois pour toutes, parce que la pandémie de la COVID-19 est loin d’être la dernière infection virale qui impactera l’homme, prévient le rapport.  

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Le groupe d’experts recommande aux gouvernements et à la communauté internationale d’adopter sans délai un ensemble de réformes visant à transformer le système mondial de préparation, d’alerte et de réponse aux pandémies.

« Trop de temps s’est écoulé » entre la notification des premiers cas vers la mi-décembre 2019 et la réaction des gouvernements après que la situation a été qualifiée de pandémie le 11 mars 2020. Février 2020 a été un « mois perdu » durant lequel bon nombre de pays auraient dû agir.

Meilleure communication

« Il faut qu’il y ait une voie de communication entre les différents pays pour prévenir dès qu’on a un virus à un endroit. Avec l’augmentation des déplacements internationaux, ça se répand très rapidement et aucun pays n’est à l’abri », explique Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

« Contrairement à l’Australie, le fédéral ne s’est jamais assis avec ses provinces pour établir un plan pancanadien clair », ajoute Simon Bacon, professeur de médecine comportementale. 

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« Certaines décisions créent une incohérence, d’autant plus que les deux disent s’appuyer sur la science », complète Roxane Borgès Da Silva. 

C’est maintenant qu’il faut saisir le momentum et travailler le système, avant que les priorités changent comme cela a été le cas après la première éclosion de Sars-Cov au début des années 2000, martèle Simon Bacon.

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– Avec l’AFP

Les effets collatéraux de la pandémie 

La pandémie a aussi mis à mal la santé mentale des jeunes.
La pandémie a aussi mis à mal la santé mentale des jeunes. Photo d’archives

Les problèmes de santé mentale et la hausse de la violence conjugale vécue au Québec et ailleurs sont loin d’être les seuls dommages collatéraux de la pandémie. Les experts rapportent que 115 à 125 millions de personnes se sont retrouvées en situation de pauvreté extrême depuis le début de la pandémie. 

Il estime aussi que 10 millions de jeunes filles de plus sont désormais à risque d’un mariage précoce, et que les demandes de soutien contre la violence sexiste ont été décuplées.  

« La pandémie soulève des questions beaucoup plus larges sur l’égalité et l’accès aux services. Elle nous fait questionner plusieurs aspects de la société, à commencer par les CHSLD, comment on traite nos personnes âgées. On a besoin d’introspection, de se demander comment nous fournissons des soins médicaux et quelles sont les priorités », croit le chercheur Simon Bacon.

Il y a du positif malgré tous les problèmes 

Premier jour de vaccination à Québec en mars.
Premier jour de vaccination à Québec en mars. Photo d’archives

Le rapport relève des points positifs, à commencer par la rapidité sans précédent avec laquelle les vaccins ont été développés, et la création de tests diagnostiques « la plus rapide de l’histoire ». 

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Le rapport souligne également que la richesse n’est pas un indicateur de réussite puisque plusieurs pays à revenus plus faibles ont mis en œuvre « avec succès » des mesures qui ont réduit au minimum la portée de la maladie. « Si on fait un parallèle avec la grippe espagnole, on a quand même limité la propagation. On a sauvé beaucoup de vies », soutient Simon Bacon, professeur de médecine comportementale. 

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« Des processus ont été améliorés par la crise. Ce sont des éléments qu’il faudra garder pour le fonctionnement actuel et comme leçon », ajoute Roxane Borgès Da Silva, experte en santé publique. 

Le Canada doit partager  

Arrivée au pays d’un demi-million de doses d’AstraZeneca en mars.
Arrivée au pays d’un demi-million de doses d’AstraZeneca en mars. Photo d’archives

Mentionné dans le rapport comme l’un des pays développés qui a su réserver rapidement un nombre de vaccins largement supérieur à sa population, le Canada devra aider les pays moins riches à éradiquer la pandémie en partageant ses doses, soumet le rapport. 

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« Je pense qu’on ne réalise pas ici l’importance de vacciner tout le monde, pas juste le Québec ou le Canada. Plus la COVID-19 continue de se propager, plus il y a de chances de voir apparaître un variant pire qui rendra tout notre travail inutile », rappelle le professeur Simon Bacon. 

4 recommandations pour dès maintenant 

1. Les pays disposant de suffisamment de vaccins devraient s’engager à fournir aux 92 pays à faibles revenus ou à revenus intermédiaires au moins un milliard de doses d’ici septembre et plus de deux milliards de doses d’ici la mi-2022.

2. Les pays producteurs de vaccins devraient partager leur licence et connaissances pour accélérer la production de vaccins. 

3. Des pays à revenus élevés devraient s’engager immédiatement à fournir les 19 G$ requis pour les vaccins, le diagnostic, la thérapeutique et le renforcement des systèmes de santé.

4. L’OMS doit immédiatement élaborer une feuille de route avec des objectifs clairs et des cibles pour guider et suivre la mise en œuvre des efforts pour mettre fin à la pandémie.

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