24 résidents relogés: la propriétaire de deux RPA de Trois-Rivières se défend
Cassandre Forcier-Martin
La propriétaire des résidences privées pour aînés (RPA) de Trois-Rivières La Villa du Parc et Saint-Pie X, Nathalie Boisclair, veut rectifier les faits relativement à la décision des autorités régionales de santé de reloger ses 24 résidents. Elle veut donner sa version, et ce, même si elle dit toujours attendre des réponses claires du CIUSSS MCQ à ce sujet.
«Je vous donne ma parole qu'aucun de mes résidents n'a manqué de soins», a-t-elle dit à TVA Nouvelles jeudi.
«Jamais leur sécurité et leur santé n'ont été à risque! Je ne suis pas parfaite et, effectivement, il y avait du travail à faire. Je sais que je dois travailler sur mon ton de voix, on avait déjà fait des ajustements, j'allais peut-être faire une formation que le CIUSSS m'avait proposée et j'étais prête à faire une thérapie. Ça fait des mois que je collabore et j'étais prête à faire d'autres efforts», a ajouté Mme Boisclair.
Selon le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ), cette décision a été prise à la suite d'observations et d'informations reçues récemment. Les autorités régionales devaient ainsi procéder à la relocalisation urgente des 24 résidents pour assurer leur protection.
«On avait même suggéré de quitter les résidences. Mon conjoint et moi, quitter les RPA pour un certain temps. De cette façon-là, ils auraient laissé les résidents dans leur milieu de vie, où ils se sentent bien, où ils ont leurs points de repère, où ils sont habitués d'être et nous, on se serait tassés le temps d'éclaircir les choses. Par la suite, on aurait pu savoir s'il y avait moyen de faire quelque chose ou s'il fallait vraiment les déménager. On aurait pu se donner un temps, minimalement quelques semaines pour donner du temps aux familles, mais on n'a jamais eu de réponse», a expliqué Mme Boisclair.
Droits bafoués
C'est la notion de confidentialité qui freine les autorités de santé régionales à fournir les motifs exacts. Par contre, ce silence et le délai imposé aux familles, de 48 à 72 heures pour déménager, font dire à la directrice générale de la Table Action Abus Aînés Mauricie que le droit des résidents est bafoué.
«Le CIUSSS MCQ exige un délai de six mois pour savoir qu'une résidence va fermer ses portes pour avoir le temps de se retourner de bord. Comment on peut donner 48 heures aux aînés? Pourquoi invoquer la confidentialité s'il y a une question d'urgence? Est-ce qu'on demande une confidentialité lorsque le feu est pris dans une bâtisse? Habituellement, on cherche des appuis, on cherche à éteindre le feu. Pour nous, c'est vraiment du déni de droits», a indiqué la directrice générale Colette Coudé.
Des familles déménagent au froid
Avec aucune autre option devant eux, toute la journée de jeudi, des familles se sont présentées aux résidences pour vider la chambre et récupérer les effets personnels de leur proche. Une valse à l'image de la pandémie dans une température ressentie de -22 degrés Celsius. Les résidents en perte d’autonomie physique ou cognitive devaient passer des tests de dépistage et se dirigeaient vers une quarantaine dans leur nouveau milieu d'hébergement.
«Nous, officiellement, on a eu un appel du CLSC qui nous a dit qu'on devait déménager ma belle-mère et pas d'autres détails. C'est comme si on nous disait: "tu dois quitter ton appartement et tu as 48 heures pour le faire, mais on ne peut pas te dire pourquoi". Est-ce que la raison est trop grave qu'ils ne veulent pas le dire ou c'est tellement banal qu'ils n'osent pas le dire? On ne le sait pas. J'ai l'impression qu'ils ont été condamnés sans procès», a lancé le beau-fils d'une résidente à Saint-Pie X, André Pelletier.
«On répond aux exigences du CIUSSS. On avait deux jours, donc pas le choix, on doit bouger! Heureusement, j'avais congé aujourd'hui», a souligné le fils d'une résidente à La Villa du Parc.
«C'est vraiment rapide! C'est comme s'il y avait un feu, du moins c'est l'impression qu'on a! Par contre, j'ai confiance envers le CIUSSS, ils ont sûrement pris cette décision pour une bonne raison», a indiqué le fils d'une résidente de La Villa du Parc, André Leclerc.
Prochaine adresse inconnue
Sylvain Desmeules est résident à La Villa du Parc et il ne sait toujours pas où il va dormir dans les prochains jours.
Son profil est différent, il est plus jeune, mais il a besoin de soins spécialisés et est toujours accompagné de son chien d'assistance. Selon un rapport d'analyse d'un professionnel de la santé, il doit habiter dans un milieu supervisé, idéalement une RPA. Il a besoin d'aide physique pour son hygiène, pour l'habillage, pour son alimentation et pour la préparation et l'administration de sa médication. Pourtant, il soutient que le CIUSSS MCQ ne l'a pas accompagné dans son déménagement.
«Les équipes m'ont tout simplement donné une liste de résidences à contacter. Pourtant, les autres résidents ont été encadrés dans leur déménagement. Je ne comprends pas pourquoi je devrais faire toutes les démarches, alors que ce n'est pas ma décision! Puis là certaines résidences me refusent parce que j'ai mon chien d'assistance! Ça me met hors de moi», a indiqué Sylvain Desmeules.
Jusqu'à présent, la propriétaire des résidences, Nathalie Boisclair, a toujours sa certification. Elle compte tout faire pour la garder, et ce, même si elle ignore à quel moment elle pourra à nouveau accueillir des résidents.