La recette parfaite pour battre le Lightning


Anthony Martineau
À quelques heures du coup d’envoi de la grande finale de la Coupe Stanley opposant le Canadien de Montréal au Lightning de Tampa Bay, la question que tous les partisans du CH se posent est la suivante: comment battre l'équipe floridienne?
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Au premier coup d’œil, il est vrai que le Lightning représente un club extrêmement solide à toutes les positions. Mais aussi bien nanti soit-il, ce groupe n’est pas imbattable. Voilà le message qu’a lancé lundi l’attaquant des Predators de Nashville Mathieu Olivier, dans le cadre d’un généreux entretien avec le TVASports.ca.
Cette saison, les Preds sont parvenus à battre Tampa à deux reprises, et Olivier a bien voulu partager le plan de match utilisé par son équipe lors de ces deux gains, signés de façon convaincante de surcroît (pointages de 4 à 1 et de 7 à 2).
«Sincèrement, je pense qu’une victoire du Canadien en finale est envisageable. Mais il y a une méthode bien précise à respecter pour vaincre le Lightning...»
Une formation redoutable
Avant de passer au plan de match gagnant, il est ici très pertinent de rappeler à quel point Tampa Bay compte sur une formation équilibrée. Après tout, connaître les forces de l’ennemi, c’est aussi savoir exploiter ses faiblesses!
D'entrée de jeu, Olivier se montre très élogieux lorsqu’il est appelé à décrire le Lightning.
«Selon moi, c'est la meilleure équipe de la Ligue nationale. Sans aucun doute. Ils sont bâtis pour les séries. Leur offensive est la meilleure de la ligue, leur défensive est certainement l’une des plus dominantes et, devant le filet, Andrei Vasilevskiy est le gardien qui se rapproche le plus de Carey Price en termes d’impact global sur le jeu.»
L’attaquant avance également que les hommes de Jon Cooper ont la capacité de changer leur identité selon le rival qu’ils ont devant eux, mais également selon l’allure du match.
«Ils n'ont pas gagné la coupe Stanley pour rien. Ils sont très bien bâtis et peuvent jouer n’importe quel style. Ils peuvent te battre en entrant dans une guerre offensive, mais peuvent aussi décider de fermer le jeu quand ils le veulent. Ils l’ont prouvé en battant les Islanders 1 à 0 lors du match numéro 7 de leur série. Ils peuvent aussi jouer de façon physique et mener la vie dure à leurs rivaux. Ils ont vraiment plusieurs outils.»
«Percer leur défensive, c’est dur»
Si plusieurs experts se plaisent à rappeler à quel point les Bolts comptent sur une attaque dévastatrice, Olivier, comme attaquant, a aussi pu constater à quel point Tampa Bay était solide à la ligne bleue.
«Percer leur défensive, c’est dur. Leurs défenseurs sont extrêmement lucides. Ils voient arriver l’échec avant, communiquent bien entre eux et prennent d’excellentes décisions sous pression. Ils sont tous gros et mobiles. Victor Hedman n’est pas le meilleur défenseur de la ligue pour rien. Être mobile comme ça quand tu mesures 6 pi et 6 po, c’est incroyable.»
Et le représentant des Predators insiste pour dire que la brigade défensive du Lightning n’est pas seulement l’affaire d’Hedman.
«Ce qui est formidable avec cette équipe, c’est que tu peux débouler jusqu’au septième défenseur et ce gars-là [Luke Schenn] aura quand même un impact sur le jeu. Ils sont tous capables de jouer à un très haut niveau, d’embêter l’adversaire. Il ne faut pas oublier que Mikhail Sergachev est également très dominant. C’est un gros bonhomme qui est constamment dans ton visage et qui fait de bons jeux défensivement.»
«Pour réussir à battre Tampa...»
Comme Olivier l’a très bien décrit précédemment, le Lightning est compétitif, voire radioactif, à toutes les positions. Mais comme on l’a aussi mentionné plus haut, cette équipe, malgré son grand talent et sa profondeur en apparence infinie, peut être vaincue.
Le 15 mars dernier, les Preds battaient le Lightning 4 à 1. Moins d’un mois plus tard, le 15 avril, Nashville refaisait le coup à Tampa, triomphant cette fois par la marque de 7 à 2.
«Pour réussir à battre le Lightning, tu dois jouer un match parfait. Offensivement, sur notre échec avant, nous étions extrêmement agressifs et physiques. Nous avions aussi une méthode claire: nous voulions envoyer un très grand nombre de rondelles vers leur filet, tout en mettant un ou deux gars devant leur gardien.»
Et défensivement, de façon tout à fait logique, il faut, martèle Olivier, être alerte pendant 60 min.
«Et demeurer discipliné, précise-t-il. Leur avantage numérique est solide à toutes les positions. Stamkos, à gauche, a un tir sur réception d'élite. Kucherov peut aussi marquer avec son lancer précis, mais est surtout un metteur en scène impeccable. Killorn se poste devant le filet et est très dérangeant. Hedman, à la ligne bleue, est celui qui dirige la circulation. Finalement, Brayden Point est un poison dans l’enclave et il bouge sans cesse, ce qui monopolise beaucoup l’attention.»
«En désavantage numérique contre Tampa, ton équipe va assurément accorder des tirs. Ton gardien doit donc être très bon. Heureusement, Price a démontré jusqu’ici qu’il était en très grande forme. Il est exceptionnel et devra continuer de l’être si le CH veut battre le Lightning. Gagner contre ce club, c’est faisable. Mais tu dois jouer un match presque parfait.»
Un 25e championnat du CH: Olivier y croit
S’il respecte beaucoup le Lightning, Olivier, comme toute la planète hockey, a aussi pu assister aux prouesses éliminatoires du Canadien. Il prend d’ailleurs la peine de souligner à quel point il respecte le CH.
«Plusieurs disent que lors d’une année normale, le CH n’aurait pas fait les séries. Je ne suis pas d’accord avec ça. Montréal a un très bon club de hockey. Et au-delà de tout ça, ils jouent d’une façon qui fonctionne très bien depuis un mois. D’abord, Price est fumant et se dirige vers le trophée Conn Smythe. Ensuite, leurs six défenseurs, à commencer par Weber, accomplissent une colossale besogne en défensive. Ils ne laissent pas un pouce aux joueurs de talent adverses. Ils sont dédiés.»
Le sympathique patineur y va ensuite d’un commentaire intéressant.
«Les arrières du CH ne concèdent jamais l’enclave. Toutes les chances qu’ils donnent proviennent de l’extérieur. Ce sera important de continuer à appliquer cette façon de faire contre le Lightning. S’ils y parviennent, je pense qu’une victoire en grande finale est envisageable.»
«Il sera un gros facteur dans cette série-là.»
Lors des trois premières rondes, le CH a vaincu des formations (Toronto, Winnipeg, Vegas) qui comptaient sur de dynamiques joueurs d’attaque (en muselant presque totalement ces derniers). Une immense part de ce succès revient à Philip Danault, qui s’est montré particulièrement fumant contre les meilleurs attaquants adverses en ces séries 2021.
Mathieu Olivier ne craint d’ailleurs pas d’avancer que le joueur de centre du CH pourrait s'avérer très embêtant pour les nombreuses vedettes du Lightning.
«Honnêtement, il y a tellement de joueurs dans cette ligue qui respectent Philip Danault. C’est selon moi un joueur du calibre du trophée Selke. Phil, c’est un joueur qui a énormément d’atouts dans sa manche sur le plan défensif. Alors oui, je crois qu’il sera un gros facteur dans cette série-là.»
La chose à ne pas faire
Vaincre le Lightning et soulever une 25e coupe Stanley n’est donc pas un scénario impossible pour le Canadien, loin de là.
Mais s’ils veulent se donner toutes les chances d’y parvenir, les hommes de Dominique Ducharme, avance Olivier, doivent éviter une chose en particulier.
«Ultimement, je pense que si le Canadien ne se concentre qu’à empêcher le Lightning de marquer, il va se compliquer la tâche. Il doit commencer cette série en se disant qu’il est l’agresseur, celui qui met de la pression. Il doit obliger Tampa à réagir.»
Les Glorieux auront l’occasion de mettre cette stratégie en application dans quelques heures à peine, lorsque la première rondelle de cette finale de la Coupe Stanley sera déposée sur la surface glacée de l’Amalie Arena de Tampa, dès 20 h.