La salive de larve peut dégrader les déchets plastiques selon une étude


Jean-Michel Clermont-Goulet
Des chercheurs espagnols ont découvert que des enzymes présentes dans la salive de certaines larves dégraderaient rapidement certains des plastiques les plus utilisés au monde. Est-ce le début de la fin de la pollution plastique? On vous explique.
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Selon l’étude publiée mardi dans la revue scientifique Nature Communications, deux enzymes présentes dans la salive des larves du papillon de nuit fausse teigne de la cire (galleria mellonella) agiraient de manière efficace sur le polyéthylène, et ce, en quelques heures seulement.
Le polyéthylène, gros pollueur
Sur les quelque 400 millions de tonnes de matières plastiques produites chaque année, un tiers environ sont des polyéthylènes, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Issus de la pétrochimie, les polyéthylènes sont parmi les matières plastiques les plus utilisées au monde, car ils sont simples et peu chers à fabriquer. Ils sont notamment très utilisés pour les emballages.
L’ONU, qui qualifie la pollution plastique de fléau mondial, a récemment lancé des négociations pour l’élaboration d’un traité international destiné à réduire ce phénomène.
«Il était une fois»
L’autrice principale de l’étude et apicultrice à ses heures, la scientifique Federica Bertocchini, a expliqué à l’AFP avoir eu l’idée de cette recherche en nettoyant des ruches entreposées pour la saison hivernale et dont les rayons de cire avaient été colonisés par les larves de galleria mellonella.

En nettoyant les ruches, elle a simplement déposé les larves dans un sac en plastique. Quelques heures plus tard, l’apicultrice amatrice a remarqué que ce dernier était «plein de trous».
«La question était, est-ce que les larves le mangent ou y a-t-il un processus chimique? Nous avons vérifié en laboratoire et découvert que le polyéthylène avait été oxydé», explique-t-elle.
Federica Bertocchini est optimiste face à sa découverte et imagine déjà différentes pistes d’utilisation pour contrer la pollution plastique.

«Les enzymes pourraient être intégrées à une solution liquide et versées sur du plastique en déchetterie», indique-t-elle, ce qui serait particulièrement utile dans des lieux isolés où la collecte ou le recyclage sont difficiles, voire nulles.
Elle concède toutefois que davantage de travaux et d’expérimentations s’imposent pour comprendre parfaitement le processus d’oxydation causée par la salive, avant d’aller de l’avant avec une application des découvertes.
Sous la loupe depuis quelques années
La documentation sur le fait que certaines enzymes puissent attaquer les matières plastiques ne date pas d’hier. Elle porte toutefois sur un processus d’oxydation sur de longues durées.

Dans le même ordre d'idée, en juin dernier, une étude publiée dans la revue scientifique Microbial Genomic rapportait que les larves de coléoptères, aussi surnommés «supervers», pouvaient manger le polystyrène, un autre plastique difficilement recyclable.
Or, les résultats suggèrent que même si ces insectes peuvent survivre avec du polystyrène dans leur intestin, il ne s'agit pas d'un régime nutritif et cela a un impact sur leur santé.
— Avec des informations de l'AFP