«La Semaine» fête ses 20 ans: Heidi Hollinger se souvient des vedettes qu’elle a photographiées
Elle a photographié tout le gratin du showbiz... et même Vladimir Poutine!

Michèle Lemieux
Heidi Hollinger a été l’une des premières collaboratrices de La Semaine. À son retour de Russie, la photographe et chroniqueuse a accepté de mettre son talent au service du magazine en immortalisant les artistes et personnalités d’ici et d’ailleurs.
Heidi, vous avez été l’une des premières collaboratrices du magazine La Semaine. Quels étaient vos mandats?
J'ai été là dès le début. Je faisais beaucoup de photos pour le magazine, parfois trois séances par jour. Je ne pourrais plus imaginer faire ça maintenant... (sourire)
Vous avez photographié tout le gratin québécois, semble-t-il...
J'ai connu toutes les vedettes québécoises, car j’ai photographié tout le monde de Lise Watier à Mitsou, en passant par Geneviève Borne. C'était vraiment inspirant de connaître tous ces gens intéressants. J’ai habité en Russie pendant 10 ans. Je suis revenue au Québec et je me suis aménagé un studio de photos à Montréal. C'est là que j'ai commencé à travailler pour La Semaine. J’ai aussi fait des chroniques pour le magazine, dont «Le questionnaire de Proust» ou la chronique «De A à Z». Je me souviendrai toujours de Michel Côté qui, pour la lettre A, m’avait dit: Alma mater (qui signifie «mère nourricière»), lui qui était originaire d’Alma... Nous avions eu l’exclusivité du mariage de Justin Trudeau et de Sophie Grégoire. J’avais fait les photos avec mon assistante, Stéphanie Lefebvre. À l’époque, j'étais enceinte de quatre ou cinq mois de mon deuxième fils, Antoine. En parallèle, j'animais une émission de voyage, un documentaire sur TV5 qui s'appelait Port d'attache, et on incluait des clichés de mes voyages dans La Semaine.
Vous avez débuté cette collaboration à votre retour de Russie. Qu’est-ce qui vous avait amenée à y vivre pendant 10 ans?
J'ai étudié le russe à l'université. Je connaissais déjà un peu l'espagnol, alors j’ai étudié cette langue de même que le russe, qui me fascinait. Lorsque j'ai obtenu mon diplôme, une fille que je connaissais à Moscou m'a invitée à vivre chez elle, et j’y suis allée. J'avais 22 ans. Comme personne ne parlait anglais autour de moi, ça m’a permis de progresser rapidement en russe.
Vous avez réalisé des photos mythiques en Russie, notamment avec Poutine...
J’ai commencé avec Mikhaïl Gorbatchev parce que je suis arrivée alors que c’était encore l’Union soviétique, et qu'il était au pouvoir. Puis, à la fin de la première année, ç'a été la chute. Je pense que j'ai vécu le meilleur moment en Russie, parce que j’ai vu l'Union soviétique puis l'époque de Boris Eltsine, où c’était la liberté totale. Puis, tout a changé... Et à la fin, Vladimir Poutine était au pouvoir. Pendant que j'étais là, j'ai photographié plus de 130 politiciens, dont sept premiers ministres. Chaque année, Eltsine avait un nouveau premier ministre. J'ai photographié Poutine quand il était premier ministre, juste avant qu'il ne devienne président. Et il m’a aussi photographiée...
Il voulait immortaliser ce moment?
J'avais fait une séance photos avec lui. C’est un ancien espion en Allemagne de l'Est. Durant la séance, il a regardé ma caméra et tous ses boutons. Je lui ai suggéré de prendre ma caméra, mais le garde-corps l’en a empêché. Quand j’ai tendu ma caméra à Poutine, il m’a presque sauté dessus. Le secrétaire de presse a dit: «Elle est correcte: ne vous inquiétez pas», en parlant de moi. Alors Poutine a pris ma caméra, l’a examinée et je lui ai suggéré de me prendre en photo. Il l’a fait, et le résultat était très bon. Je l'ai utilisée comme photo d'auteure sur la jaquette de mon livre, avec le crédit photo.

Voyagez-vous encore beaucoup?
Oui, je voyage beaucoup. J'ai maintenant une maison à La Havane. À Cuba, on ne peut pas encore acheter de maisons, alors on les loue à long terme au gouvernement. Nous sommes résidents de Cuba. Mon aîné, Luka, est allé à l'école internationale de La Havane. Je passe beaucoup de temps là-bas, c’est un pays que j’adore. J’ai vraiment envie de voyager encore. En vivant beaucoup à Cuba, il me semble que j'ai laissé un peu tomber le reste du monde. Je suis à moitié Finlandaise par ma mère. Je suis allée en Finlande récemment, et ça m’a inspirée. De là, je me suis rendue à Tallinn, en Estonie, pour une grande conférence, le HOLOLIFE SUMMIT (Biohacker Summit).
Tout au long de votre carrière, comment avez-vous fait pour concilier votre vie professionnelle et votre rôle de mère?
Mes fils ont 19 et 24 ans. Ma mère et mon beau-père ont bien pris soin des garçons quand j'étais en voyage. Croire qu’on peut tout faire à la fois est un mythe. Je pense que mes fils ont souffert de ne pas m'avoir tout le temps à leurs côtés, mais j'ose espérer que ça les a aussi incités à poursuivre leurs rêves.
Combien d'années de carrière comptez-vous à titre de photographe?
Mes parents m'ont offert une caméra lorsque j'avais 12 ans. Luka, mon aîné, l'a prise l'année dernière et il a commencé à faire de la photo. Maintenant, c'est un super photographe, en plus d’être musicien et DJ. C’est un artiste.
Et votre deuxième?
Je ne savais pas que je ferais aussi un mathématicien... (sourire) Antoine étudie en maths pures à Concordia. Il a lancé une compagnie, Arkhive, une plateforme où on peut créer des NFT (de l’art numérique). Il lance également une monnaie numérique. Luka a créé Honeyïce, une agence de production créative dont Antoine est aussi partenaire. Ils ont également une ligne de vêtements. Ils sont tous deux hypercréatifs et entrepreneurs.
En terminant, qu’est-ce qui vous occupe présentement?
La deuxième édition de 300 raisons d'aimer la Havane est parue l’année dernière. Comme j’ai réouvert mon studio, on peut aussi me contacter pour une séance photos.