Brésil: la victoire de Biden, une défaite pour Bolsonaro
AFP
L'élection de Joe Biden à la présidentielle américaine est un coup dur pour le président brésilien, Jair Bolsonaro, souvent surnommé le «Trump des tropiques», qui se retrouve isolé après avoir soutenu jusqu'au bout le président sortant.
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Le mutisme de Jair Bolsonaro, l'un des rares dirigeants d'un grand pays à n'avoir toujours pas réagi samedi soir à l'élection de Joe Biden, était éloquent.
L'ascension du dirigeant d'extrême droite, qui est arrivé au pouvoir en janvier 2019 et qui espère être réélu en 2022, a été calquée sur celle de son modèle Donald Trump.
Même s'il était déjà député depuis une trentaine d'années, alors que son homologue américain était néophyte en politique, Jair Bolsonaro a fait comme lui un usage intempestif des réseaux sociaux, avec un style provocateur et de nombreux dérapages.
De quoi séduire un électorat conservateur souhaitant un retour de l'ordre moral dans un pays miné par la corruption.
Ex-capitaine de l'armée de 65 ans, le président brésilien n'a cessé de cultiver une relation étroite avec l'administration Trump, rompant avec la tradition de multilatéralisme de la diplomatie de son pays. Quitte à ne pas être réellement payé en retour par Washington de cette allégeance.
Au lendemain du premier débat présidentiel aux États-Unis, il y a un mois, Jair Bolsonaro était sorti de ses gonds quand Biden a menacé le Brésil de sanctions économiques à cause de la déforestation en Amazonie, jugeant que ses propos «désastreux» menaçaient «les relations cordiales» entre les deux pays.
«Quelle honte, M. John Biden», a-t-il tweeté en anglais, faisant une erreur sur le prénom de l'ancien vice-président de Barack Obama.
De quoi prévoir des turbulences dans la relation avec une administration Biden qui espère redorer l'image des États-Unis au sein de la communauté internationale, en prônant notamment une politique environnementale diamétralement opposée à celle de Trump.
Un sujet sensible pour le climatosceptique Jair Bolsonaro alors que la déforestation et les incendies en Amazonie ont fortement augmenté depuis le début de son mandat.
Et le départ de Trump va faire de Bolsonaro la face la plus visible de la nouvelle droite dure qui a gagné du terrain ces dernières années dans le monde.
«La défaite de Trump affaiblit Bolsonaro, lui donne l'air plus isolé. Il y aura plus de regards négatifs sur Bolsonaro, qui deviendra le visage d'un certain type de droite», estime Brian Winter, vice-président du Conseil des Amériques (AS/COA), une organisation de promotion du commerce.
«Cela va attirer encore plus l'attention sur les problèmes en Amazonie, en partie parce que le président américain en parle. En gros, Bolsonaro pourrait devenir le grand croque-mitaine mondial pour une partie de l'opinion publique», ajoute-t-il.
Et même si Bolsonaro décide d'ignorer les critiques de Biden, de nombreux secteurs économiques au Brésil pourraient en payer le prix.
«Si le Brésil devient un paria, c'est mauvais pour les affaires, et ce pays ne peut se le permettre, au vu de sa situation économique», poursuit Brian Winter.
La première économie d'Amérique latine est mal en point depuis plusieurs années et devrait enregistrer une récession record en raison de la crise du coronavirus.
Pour Paulo Sotero, du Wilson Center de Washington, Jair Bolsonaro a intérêt à se montrer plus pragmatique en cherchant à avoir de bonnes relations avec l'administration Biden.
«Il aura beaucoup de travail pour établir un dialogue et il devrait s'empresser de changer certains membres de sa garde rapprochée», notamment le très controversé ministre de l'Environnement Ricardo Salles, ajoute M. Sotero.
Mais Joe Biden a aussi tout intérêt à conserver le Brésil comme un précieux allié régional, connu pour son intransigeance vis-à-vis du régime socialiste de Nicolas Maduro au Venezuela.
Le Brésil est aussi un acteur important du commerce international et exporte massivement vers la Chine, son premier partenaire commercial, son soja, sa viande et son minerai de fer.
L'an prochain, le gouvernement brésilien doit organiser au premier semestre 2021 les appels d'offres pour le réseau 5G. L'administration Trump a exercé de fortes pressions pour que Brasilia écarte le groupe chinois Huawei.