La vie continue à La Havane


Jacques Lanctôt
Jours sombres sur La Havane en ce moment. Depuis quelques jours, les frentes frios (fronts froids), venus du nord, des États-Unis et du Canada, se succèdent, les uns après les autres. Il faut alors sortir des boules à mites nos vestes et autres coupe-vent pour se protéger du froid. On annonce même des baisses de température records pour cette fin de semaine dans la partie occidentale de l’île.
Lorsqu’on me demande d’où je viens, je réponds toujours d’un pays où l’hiver est cruel et dure six mois par année (j’exagère, bien sûr). La réponse des Cubains est toujours la même: «Ah! j’aimerais tant ça un jour connaître la neige». Ou encore: «A mi me gusta el frio» (Moi, j’aime le froid). Et toujours, je dois leur expliquer ce qu’est la froidure, ce que c’est vivre dans un pays où l’hiver marque l’imaginaire de ceux qui l’habitent. Mais ils n’en démordent pas, ils aimeraient vivre l’expérience du froid. Pourtant, en ce moment, on n’entend que des «Aïe! Que frio!»
Et moi je me fais un devoir de leur dire que j’aime la chaleur, que c’est même une des raisons, parmi d’autres, pour lesquelles je suis à Cuba en ce moment. Et vous ne m’entendrez jamais me plaindre de la chaleur, au contraire. Les «Aïe! que calor!», très peu pour moi. Et j’aime tout autant me rafraîchir dans une piscine ou dans la mer, pour mieux apprécier les rayons de soleil sur ma peau.
Tout ça pour dire que le tourisme est une des principales sources d’entrée de devises à Cuba et qu’il faut continuer d’encourager les «voyages dans le Sud», dans les différentes destinations cubaines, que ce soit à Varadero, dans les cayos (Cayo Coco, Cayo Santa Maria et autres cayos), les stations balnéaires de la région d’Holguin, à Trinidad et à Cayo Largo, dans la mer des Caraïbes, entre autres destinations soleil et mer. Et malgré la haute saison, les prix sont imbattables.
Visiter Cuba, c’est aussi poser un geste solidaire, c’est briser, à petite échelle, le blocus commercial et économique imposé depuis plus de soixante ans par la plus grande puissance militaire et aussi la plus destructrice de vies humaines. C’est aussi contredire le président étatsunien Donald Trump qui affirme que Cuba est au bord du désastre et de l’effondrement total. Ça fait soixante ans qu’on l’affirme, ça fait plus de soixante ans que le peuple cubain résiste, et nous, les Québécois, savons ce qu’est la résistance, parce qu’on a tenté de nous détruire, nous aussi, on a tenté de nous assimiler, mais nous sommes toujours là, debout, à affirmer notre présence française, à refuser la «louisianisation» du Québec, tout comme le peuple cubain refuse d’être un autre Porto Rico ou une étoile de plus sur le drapeau étatsunien.
Visiter Cuba, c’est aussi découvrir sa riche culture, sa musique, son art de vivre, son histoire glorieuse. Oubliez les menaces d’invasion, les fausses nouvelles concernant les épidémies de grippe et autres piqûres d’insectes maléfiques. Si ces risques existent, ils existent aussi ailleurs dans d’autres destinations soleil, mais personne n’en fait un plat lorsqu’il s’agit de pays comme la République dominicaine, le Mexique, la Jamaïque, le Panama, etc.
Ici, à La Havane, la vie continue, malgré les inconvénients causés par les nombreuses pannes d’électricité dues au manque de pétrole. La 41e édition du Festival Jazz Plaza se poursuit à La Havane, à Santiago de Cuba et dans différentes villes de province jusqu’au premier février, avec la participation de nombreux musiciens et artistes de la scène cubaine et internationale. Tandis que la 34e Foire internationale du livre de La Havane ouvrira bientôt ses portes, du 12 au 22 février prochains, dans le décor historique et enchanteur de La Cabaña, face à la baie de La Havane.
Par ailleurs, le ministère du Tourisme annonce la tenue de la Foire internationale du tourisme (FIT), l’événement majeur où sont convoqués agents de voyages et voyagistes de tous les pays et autres acteurs de la scène touristique nationale et internationale. Cette année, l’événement se célébrera dans le décor magnifique de Varadero du 6 au 10 mai, au Centre des congrès Plaza America, et le pays à l’honneur sera le Canada (en attendant la venue au monde du pays québécois, car les Québécois sont encore les plus nombreux à visiter l’île socialiste).
En attendant des jours meilleurs, il faut «echar pa’lante», comme disent les Cubains. En d’autres mots, ce n’est pas le moment de se décourager et il faut aller de l’avant.