Labeaume bien en selle

Karine Gagnon
Si le gouvernement Legault comptait sur le départ du maire, en 2021, pour larguer le projet de tramway, il pourrait être forcé de revoir sa stratégie.
Notre sondage Léger-Le Journal démontre en effet clairement qu’à un an des élections, non seulement les gens appuieraient toujours Régis Labeaume en majorité, mais que le dossier du tramway constitue le principal enjeu qui influence leur choix.
La sauvegarde du projet de réseau structurant constitue l’un des motifs qui pourraient inciter le maire à solliciter un nouveau mandat, comme il l’a indiqué lors d’une entrevue éditoriale avec Le Journal la semaine dernière.
Quoi qu’il en soit, la sortie du ministre des Transports, qui réagissait au rapport dévastateur du BAPE, hier, fait ressortir deux points majeurs.
La bonne nouvelle, c’est que le gouvernement du Québec appuie toujours le projet de tramway. La moins bonne, c’est qu’à vouloir desservir trop de territoire en partant, il fera exactement ce qu’il dit vouloir éviter : jeter le bébé avec l’eau du bain.
Il existe en effet un réel danger à vouloir réduire le tracé du tramway pour supposément mieux desservir les banlieues, comme le proposait hier le premier ministre.
Des experts ont fréquemment expliqué que, pour être attrayant, un réseau structurant devait être fréquent, rapide, confortable et fiable. Si les gens ne voient pas de gains suffisants lorsqu’ils l’utilisent, ils vont tout simplement passer leur tour.
Par phases
C’est un peu comme si le gouvernement voyait le projet à l’envers. Il devrait le considérer comme une première grande phase, qui pourra être bonifiée par la suite. Comme ça se fait partout ailleurs.
Lors de son inauguration en 1966, le métro de Montréal comptait 26 stations et trois lignes qui parcouraient 22 kilomètres. Plusieurs ajouts et prolongements ont ensuite été effectués au fil des ans, pour arriver aujourd’hui avec 68 stations, réparties sur quatre lignes et 71 kilomètres.
Un réseau de transport structurant évolue en plusieurs étapes, à cause des coûts élevés.
Au lieu de ça, on veut satisfaire tout le monde, desservir la totalité du territoire, mais sans prévoir un sou de plus que les 3,3 milliards. Ce fut une erreur stratégique du maire Labeaume d’exclure cette possibilité de réclamer plus.
Troisième lien
Il était par ailleurs plutôt marrant de voir le ministre Bonnardel sauter sur l’occasion de revoir le projet de tramway pour retarder encore la présentation du troisième lien. Celle-ci devait avoir lieu l’hiver dernier, mais a été repoussée au printemps, puis à l’été, puis à l’automne, et l’est encore.
La CAQ a osé promettre, en 2018, d’amorcer la construction du projet à l’intérieur du présent mandat. Au rythme où vont les choses, il est difficile de voir ce qu’ils pourront faire d’autre qu’une pelletée de terre symbolique et... risible.