Le parcours fascinant de Larissa Corriveau, l’actrice derrière la majore Catherine Sergerie «Les Armes»

«Les Armes» lundi 20 h, à TVA et sur TVA+

Marjolaine Simard

2026-01-23T11:00:00Z

Larissa Corriveau s’impose de plus en plus sur nos écrans. Après avoir marqué les téléspectateurs dans À cœur battant, Sorcières et Toute la vie, elle bouscule aujourd’hui l’équilibre dans la série Les Armes avec la majore Catherine Sergerie, une taupe redoutable que le public adore détester. La comédienne aux multiples talents s’ouvre avec générosité sur son parcours entre les paysages de la Gaspésie jusqu’à sa fascination pour la Russie, en passant par les choix audacieux qui ont façonné son chemin.

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Ton personnage, la majore Catherine Sergerie, infiltrée dans l’armée et taupe pour les Russes, fait énormément réagir. Comment vis-tu cet écho depuis la dernière saison?

Beaucoup de gens m’abordent dans la rue. C’est un personnage que le public a du plaisir à détester, et je pense que la télé populaire sert aussi à ça, à canaliser des émotions. Sergerie devient un peu le bouc émissaire, la méchante de service, celle à travers qui les gens peuvent purger quelque chose. Les gens, quand ils m’abordent, me disent souvent: «J’ai vraiment du plaisir à vous détester.» Le public sait qu’elle est une traîtresse, alors que les personnages de la série ne le savent pas encore, ce qui rend l’expérience encore plus frustrante et jouissive pour les spectateurs, qui voient clair dans son jeu.

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Bruno Petrozza / TVA Publications
Bruno Petrozza / TVA Publications

On n’a donc pas fini d’entendre parler d’elle...

Je peux dire qu’elle va pas mal être sous haute tension jusqu’à la fin de la deuxième saison. En même temps, c’est une femme très intelligente, très manipulatrice. Elle est difficile à attraper. Et ça, c’est vraiment intéressant à jouer: la ruse, la manipulation. Moi, j’adore ces personnages-là!

Comment se prépare-t-on à incarner une militaire quand on ne vient pas du tout de ce milieu?

On a eu des rencontres avec un ancien militaire en amont de la première saison, et il était aussi présent sur le plateau pendant un certain temps. Juste pour la gestuelle, les saluts, le protocole. Moi, je ne suis vraiment pas proche de l’armée ni de ses valeurs, donc j’avais beaucoup à apprendre. Cela dit, Sergerie travaille aux communications: elle n’est pas une soldate sur le terrain. C’était donc un travail différent de celui de certains autres acteurs qui y sont.

Lors de la finale de la première saison, les téléspectateurs ont été surpris d’apprendre que la major Sergerie parlait russe. Et, fait étonnant, tu connaissais déjà la langue et la culture avant le rôle...

Cette fascination pour la Russie remonte à l’adolescence, à travers la littérature. Dostoïevski, puis Leonid Andreyev ont ouvert quelque chose en moi. J’ai découvert une profondeur et un tragique que je n’avais jamais trouvés ailleurs. J’ai voulu comprendre ces œuvres dans leur langue originale, alors j’ai appris le russe en autodidacte, parallèlement à mes études en théâtre à Sainte-Thérèse. C’est une langue très éloignée de la nôtre, mais extrêmement stimulante sur le plan intellectuel. J’ai ensuite poursuivi quelques mois avec un professeur privé.

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Tu es même allée en Russie...

Je suis partie à Moscou et à Saint-Pétersbourg. J’y ai fait des rencontres incroyables. Je me suis retrouvée dans des cours de pantomime à Moscou, un peu par hasard. Je suis arrivée en février, en plein hiver. Il n’y avait presque pas de touristes. Je me souviens de ma première nuit. Je marchais dans les rues, il n’y avait personne. Je ne comprenais pas pourquoi. En fait, c’était la nuit d’une tempête de neige historique. Il est tombé une quantité de neige hallucinante en une soirée. C’était magnifique, vraiment. Ça m’a profondément marquée.

Dans son rôle de Manon Lussier dans la série Sorcières

Tu as grandi en Gaspésie. Quel rôle cette région joue-t-elle dans ton identité?

Je suis née à Montréal, mais j’ai grandi en Gaspésie. J’y suis arrivée vers 12 ans. Quand on grandit quelque part, on s’imprègne de l’environnement. La Gaspésie fait vraiment partie de moi. Mes plus vieux amis sont encore là-bas. Et c’est là que j’ai découvert ma vocation. Quand je suis arrivée à l’école secondaire de Carleton-sur-Mer, je ne connaissais personne. J’étais très introvertie, je me suis inscrite en art dramatique. Lors d’un spectacle, il s’est passé quelque chose. Être dans un personnage me donnait une liberté immense, un espace où je ne me sentais pas en danger. Après le spectacle, ma professeure, Mireille Allard, est venue me voir et m’a dit: «Toi, c’est ça que tu vas faire dans la vie.» Cette phrase a tout changé. Les profs ne réalisent pas toujours le pouvoir qu’ils ont. Je lui dois énormément.

Tes parents ne sont pas artistes, mais on sent qu’ils ont joué un rôle clé dans ton parcours...

Oui, complètement. Mon père était professeur de philosophie et ma mère, travailleuse sociale. Ce ne sont pas des artistes au sens classique, mais des esprits très libres, pas du tout conformistes. J’ai grandi dans une famille où la réflexion, la curiosité et la lecture étaient centrales, et où les débats faisaient partie du quotidien. Mon père m’a transmis le goût de la profondeur et l’idée qu’il n’existe jamais une seule façon de voir le monde. Ma mère m’a appris l’écoute, l’empathie, à comprendre l’humain, avec ses failles et ses zones grises. Ils m’ont donné la liberté d’être moi-même sans jamais me sentir jugée ou freinée.

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Tu pratiques également plusieurs arts martiaux, comme le karaté, le kendo, le laido, le taekwondo. D’où te vient cet intérêt?

J’ai un jour compris que le corps était fondamental. Les arts martiaux m’ont toujours accompagnée. Pour moi, c’est comme un repère qui m’apporte une fondation physique et mentale très solide.

Tu partages ta vie avec l’acteur Maxim Gaudette, qui incarne actuellement un rôle phare dans la série Mea culpa. Est-ce que vous vous entraidez dans votre travail?

Oui, vraiment. On se comprend profondément. On vit la même réalité, avec ses hauts et ses bas. Il n’y a jamais eu de compétition entre nous. Au contraire, on est dans une dynamique de soutien mutuel très forte. On se donne souvent la réplique, on travaille nos auditions ensemble, on se coache. Et surtout, Maxime est un acteur que j’admire énormément, indépendamment du fait que ce soit mon amoureux. Avant même de le connaître personnellement, je le respectais déjà beaucoup pour son travail. Il a un instinct très juste. Il sent tout de suite quand quelque chose sonne faux.

Tu as aussi été finaliste au concours de poésie Arthur Rimbaud pour ta poésie...

Oui, deux fois. La poésie a été mon premier véhicule d’écriture. J’écrivais énormément dès l’adolescence et dans ma jeune vingtaine, et j’écris encore. C’est un médium qui m’aide à être en paix avec la vie. J’avais envoyé mes textes par la poste. Le prix était réservé aux moins de 21 ans. C’était une belle reconnaissance.

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Dans son rôle de Julie L’Allier dans la série Toute la vie

Photo : Véro Boncompagni / RADIO-CANADA
Photo : Véro Boncompagni / RADIO-CANADA

Quel rôle à la télé t’a particulièrement marqué?

Au départ, je faisais beaucoup de théâtre et la caméra me faisait très peur. Je suis contente d’avoir commencé par de petits rôles. Ça a été une école. Je dirais que Toute la vie a été une école importante pour moi. Le personnage de Julie L’Allier reste très important dans ma carrière. J’adorais aussi travailler avec Roy Dupuis, qui est un acteur généreux, brillant, un peu introverti, comme moi. On avait une belle complicité.

Avec le réalisateur Denis Côté 

Photo : Patrick Seguin / TVA Publications
Photo : Patrick Seguin / TVA Publications

Côté projets, qu’est-ce qui s’en vient?

Je tourne actuellement dans le film de Denis Côté Violence du corps de l’autre. Denis m’a offert les plus beaux rôles de ma carrière. Cette fois, j’incarne Mira, une femme qui assiste des gens dans la mort, de façon illégale. Au printemps, je pars aussi en tournée avec La jeune fille suppliciée sur une étagère. J'ai aussi envie d’écrire davantage cette année, de me redonner cet espace-là.

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