L’arme à double tranchant des médias sociaux

Photo portrait de Josée Legault

Josée Legault

2021-03-30T09:00:00Z

En pleine amorce d’une troisième vague de la COVID-19, François Legault a pris le temps de s’en prendre aux dérapages sur les médias sociaux. Sa sortie du samedi matin sur Facebook n’est pas passée inaperçue.

Sur sa page FB, il disait avoir de plus en plus souvent « droit à une avalanche de commentaires agressifs, parfois même violents, et à des insultes, des obscénités, et même des menaces ». Ces signataires fielleux, il les a traités de « lâches » et de « pissous virtuels ». 

Son équipe, annonçait-il, y ferait le ménage. Positifs ou négatifs, seuls les messages respectueux seraient publiés. Bref, aux gros mots, les grands remèdes. Le choix se défend si la page ne vire pas pour autant à la censure de critiques exprimées poliment.

Sur le fond, il est vrai que les médias dits sociaux basculent de plus en plus dans la grossièreté et les menaces. Pour les politiciens, ils sont devenus une arme à double tranchant. D’un côté, ils leur permettent de s’adresser directement à leur électorat. 

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De l’autre, avec la polarisation croissante des débats, les « chambres d’écho » se multipliant et le complotisme foisonnant sur les Twitter et FB de ce monde, l’« outil » utile s’est changé en un vaste défouloir où l’anonymat règne en roi et maître.  

Rester ou quitter ?

Les nuances se faisant aussi rares dans les débats qu’un igloo au Sahara, la dureté et l’incivilité des « échanges » sont à l’avenant. Pas toujours, mais trop souvent. À un point tel que des maires sortants, dont la mairesse de Longueuil, Sylvie Parent, annoncent qu’ils ne se représenteront pas aux élections.

La décision de partir leur appartient totalement. Les vomissures du web, ça use. Il n’en reste pas moins qu’en quittant la politique, ils cèdent la victoire, même très involontairement, aux « pissous virtuels ».

Dans la mesure où les FB et Twitter de ce monde sont incapables, ou refusent d’empêcher la haine d’envahir leurs sites, la solution de François Legault, muni d’une équipe capable de le faire, est un pis-aller.  

C’est pourquoi c’est à se demander si les élus ne devraient pas quitter, tout simplement, les médias dits sociaux. Ils se priveraient peut-être d’une communication directe avec leurs électeurs, mais en retour, les « pissous virtuels » seraient éconduits d’office.

Face aux immondices souvent éructées en guise de « commentaires », l’heure d’un retour à une communication politique moins pressée, moins bousculée, n’a-t-elle pas sonné ? 

Antidotes

Après tout, les bons vieux communiqués de presse existent encore. Les citoyens peuvent aussi contacter leurs élus par courrier, courriel, téléphone, etc.  

Si les politiciens demeurent sur les médias sociaux, à moins de s’embaucher du « monitorage » 24/7 comme le premier ministre, la boue continuera d’y couler. En amont, chez les plus jeunes, il faut également agir. 

Dans une chronique récente, l’auteur Normand Baillargeon en disait ceci d’important : « Le cours Éthique et culture religieuse devrait être remplacé par un cours d’éducation à la citoyenneté, un cours dans lequel l’éducation aux médias, anciens et nouveaux, devrait occuper une place de choix ».

Pour « freiner la haine en ligne », avance-t-il, on doit comprendre comment fonctionnent ces médias, comment « gérer » ses émotions et comment faire preuve d’« empathie ». 

Selon lui, l’apprentissage socio-émotionnel, peu connu ici, mais « prometteur », pourrait en faire partie. La connaissance et l’empathie comme antidotes à la haine ? C’est tout plein de bon sens.

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