L’assaut contre le Capitole apparaît de plus en plus avoir été planifié

AFP
Le 19 décembre, une coiffeuse de Beverly Hills répondait à un «tweet» de Donald Trump qui appelait ses millions d’abonnés à une «grande manifestation» à Washington le 6 janvier. «Venez, ça va être fou!» ajoutait-il.
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«Nous serons là», a promis Gina Bisignano.
Au même moment, deux dirigeants du groupe ultranationaliste Proud Boys faisaient des plans pour le 6 janvier.
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Depuis son domicile de l’État de Washington (nord-ouest), Ethan Nordean lançait un appel de fonds pour acheter des équipements de protection et de communication, tandis qu’en Floride, dans un podcast, Enrique Tarrio appelait ses partisans à porter du noir, leur disant de se préparer au combat.
«C’est du sérieux», affirmait Tarrio. «Nous sommes en guerre.»
À l’ouverture du procès en destitution de l’ex-président Donald Trump, les dépositions et témoignages rassemblés par la justice américaine montrent que l’assaut avait été prémédité.
Dans les rangs des Proud Boys, au sein de la milice antigouvernementale des Oath Keepers, parmi les adeptes du mouvement conspirationniste QAnon et chez les partisans de Donald Trump, le message était clair des semaines à l’avance: le président a besoin de vous pour empêcher le Congrès de certifier la victoire électorale de Joe Biden.
«Ça va chauffer»
Après le «tweet» de Donald Trump, de nombreux fidèles de l’ex-président avaient annoncé qu’ils prévoyaient de se rendre à Washington. Certains voulaient seulement participer à une dernière manifestation pro-Trump, mais d’autres disaient vouloir empêcher la certification du scrutin et punir les «traîtres» du Congrès.
Plusieurs dizaines d’entre eux se sont équipés de casques de combat, de pistolets paralysants de type Taser, de gilets pare-balles et d’aérosols anti-agression. Une poignée d’entre eux avaient des armes à feu.
La veille, des bombes artisanales avaient été déposées devant deux immeubles près du Capitole. Les bombes n’ont jamais explosé et pourraient avoir été destinées à éloigner la police du Capitole juste avant l’assaut.
Selon des documents de justice, les plus organisés étaient les Proud Boys et la milice des Oath Keepers, composée d’anciens militaires et d’ex-policiers.
Fin décembre, à Berryville, à 100 km à l’ouest de Washington, Thomas Caldwell, décrit comme le «commandant» des Oath Keepers, appelait ses partisans à le rejoindre dans la banlieue de la capitale américaine pour une réunion préparatoire.
«Qu’ils essaient de certifier cette merde sur Capitol Hill alors qu’il y aura un million de patriotes dans les rues», écrivait-il sur Facebook. «Ça va chauffer.»
«Il faut les frapper et les écraser», ajoutait-il.
Attaquer le Capitole
À Bridgeville, en Pennsylvanie, le conspirationniste pro-QAnon et membre des Proud Boys Kenneth Grayson, 51 ans, se préparait lui aussi.
Le 23 décembre, selon des documents légaux, il annonçait dans un texto à sa famille et à ses amis: «Je suis là si Trump nous dit d’attaquer cette saloperie de Capitole. [...] Ils ne voleront pas cette élection.»
Le 29 décembre, William Calhoun, un avocat de Géorgie, affirmait sur Facebook qu’être «physiquement présent à Washington le 6 janvier» était «d’une importance cruciale».
«Nous, le peuple, n’avons pas d’autres options réalistes pour communiquer notre intention d’exiger des élections justes aujourd’hui et à l’avenir. Sinon...» prévenait-il.
Une semaine plus tard, il annonçait être en route pour Washington, «pour leur faire savoir que c’est leur dernière chance» de rectifier la fraude. «Sinon, ils auront de plus gros problèmes.»
«On l’a fait!»
Le matin du 6 janvier, Ronnie Sandlin, de Memphis, dans le Tennessee (sud), et Nathan Degrave, de Las Vegas (ouest), ont fait une vidéo de leurs projets.
«Je pense qu’il est temps de prendre le Capitole, et je ne dis pas ça à la légère», a lancé M. Sandlin. «S’il faut occuper le Capitole, nous occuperons le Capitole. C’est à 13h que tout va se jouer.»
Après l’attaque, les émeutiers se sont filmés clamant victoire et ont publié les vidéos sur Facebook.
«Aujourd’hui, nous, le peuple américain, avons prouvé que nous avons le pouvoir», a affirmé l’avocat William Calhoun.
Deux Proud Boys, Nicholas Ochs, venu d’Hawaï, et Nicholas DeCarlo, du Texas, ont diffusé en direct une vidéo depuis le Capitole.
«On est venus empêcher le vol» de l’élection, a dit M. Ochs.
«C’est pour ça que j’étais venu. Et on l’a fait!» a ajouté Nicholas DeCarlo.