Ukraine: l’avion-espion de Bombardier en action

Photo portrait de Normand Lester

Normand Lester

2022-02-04T18:27:04Z
2022-02-04T19:29:43Z

Des Challengers 650 de Bombardier, hérissés de capteurs et d’antennes, sans identification militaire, sont observés depuis quelques mois le long de la frontière de la Pologne avec la Biélorussie, au-dessus de la Baltique, à proximité de l’enclave russe de Kaliningrad et survolant la mer Noire près de la Crimée et de la Russie méridionale, jusqu'en Géorgie. Les tensions entre les États-Unis, l’OTAN et la Russie au sujet de l’Ukraine y sont pour quelque chose.

L’avion-espion désigné Artemis (abréviation, en anglais, de «système de renseignement multimission aéroporté de reconnaissance et de ciblage») peut écouter les communications radio, détecter des cibles au sol et suivre leurs mouvements. Il reconnaît également les systèmes de défense aérienne et détermine leur emplacement exact à des centaines de kilomètres de distance.

Basés en Roumanie, un pays membre de l'OTAN, les Bombardier Challenger 650 surveillent les mouvements des forces russes déployées en Crimée et dans le sud de la Russie, comme le révèle cette capture d’écran Twitter du 31 janvier dernier.

Le quotidien moscovite Izvestia, citant des sources du ministère russe de la Défense, a rapporté le 3 décembre dernier qu'un avion-espion Artemis avait évité de peu une collision avec un avion de ligne Airbus d’Aeroflot au-dessus de la mer Noire.

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L'équipage du Challenger Artemis aurait ignoré à plusieurs reprises les contrôleurs aériens russes qui tentaient d’entrer en contact avec l’avion-espion. Ils ont dû ordonner à l’Airbus A330-300 de changer de direction et d’altitude. L’avion, qui avait décollé de l'aéroport Ben Gourion en Israël, se dirigeait vers Moscou. Des intercepteurs Su-27 et Su-30 ont été dépêchés pour escorter l'avion-espion américain jusqu’à ce qu’il s’éloigne de l’espace aérien russe

Évidemment, c’était une excellente occasion de propagande pour le Kremlin. La Russie accuse l'US Air Force de constituer une menace pour l'aviation civile et a protesté auprès des États-Unis par voie diplomatique: «L'intensité accrue des vols d'avions de l'OTAN près des frontières de la Fédération de Russie crée des risques d'accident», a déclaré l'Agence fédérale russe du transport aérien. Selon des experts interrogés par Izvestia, les tensions actuelles au sujet de l’Ukraine pourraient amener Moscou à déclarer une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la mer Noire.

Les activités d’avions de l'OTAN autour de la Russie ont fortement augmenté. Chaque semaine, en novembre dernier, plus de 50 drones et avions de reconnaissance de l’OTAN ont été repérés près des limites territoriales de la Russie, selon des médias moscovites.

La crise ukrainienne actuelle permet aux Américains de parachever le développement de l’Artemis en l’utilisant dans des conditions opérationnelles. Il peut voler plus vite et plus haut – et à des distances de sécurité – que les anciennes plateformes de capteurs aéroportés à hélice, qu'il pourrait un jour remplacer, comme le Beechcraft RC-12 des années 70, beaucoup plus «poilu» que l’Artemis!

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Les avions-espions Challenger Artemis ne portent pas d’identification officielle des forces armées américaines. Ils relèvent de sociétés privées travaillant pour le Pentagone sous contrat. Les Russes ont identifié deux des appareils: l'un d'eux, immatriculé N488CR, appartiendrait à Lasai Aviation, et le second, le N9191, à Tenax Aerospace.

Des Artemis ont aussi été repérés à quelques kilomètres des côtes chinoises, dans le détroit de Taïwan, lorsque Pékin a menacé d’envahir l’île l’été dernier.

L’armée américaine se sert aussi des Artemis comme plateforme expérimentale d’acquisition d'objectifs dans le cadre du redéveloppement de la technologie des supercanons à ultra-longue portée développés ici, au Québec, par Gerald Bull il y a une quarantaine d’années. Mais c’est là une tout autre histoire.

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