Pas de baby-boom: le nombre de naissances fléchit au Québec

Elsa Iskander
Un an après le début des restrictions sanitaires, on n’observe pas de «baby-boom» dans les hôpitaux québécois ; au contraire, le nombre de naissances fléchit.
En 2020, 81 850 bébés sont nés au Québec, soit le plus petit nombre depuis une décennie et 2700 enfants de moins que l’année précédente, d’après les chiffres de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). En décembre dernier, neuf mois après l’état d’urgence, 6350 bébés ont été mis au monde. Depuis 2010, ce nombre n’avait jamais été aussi bas pour un mois de décembre.
«Depuis mai on observe une diminution du nombre de naissances au Québec, soit en moyenne 400 de moins par mois comparativement à la même période en 2019», observe Anne Binette Charbonneau, démographe à l’ISQ.
Puisque l’immense majorité des naissances de 2020 découlent de conceptions précédant les restrictions sanitaires, comment expliquer cette situation ?
«Notre principale hypothèse c’est l’immigration», suggère Mme Binette Charbonneau, évoquant la réduction des niveaux d’immigration et la fermeture des frontières avec la pandémie, deux facteurs pouvant réduire l’arrivée de femmes en âge de procréer.
Période de crise
«Quand on était en pleine pandémie, en mars-avril, sur le terrain, on disait : “Oh mon Dieu que ça ne sera pas beau dans neuf mois, on va être débordés de partout !” Et ça n’a pas été le cas», relate Martine Bernard, secrétaire de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec.
«En zone de guerre, la natalité n’augmente pas, il y a une baisse de la fécondité. Quand on a comparé la pandémie à une guerre, je pense que c’est effectivement ça», illustre la Dre Bernard.
Toutefois, la baisse n’est pas «drastique», d’après celle qui s’attend à un éventuel rebond.
«Habituellement en période de crise, on va avoir une diminution du nombre de naissances», soutient aussi Mme Binette Charbonneau, évoquant le stress économique par exemple. Les experts estiment qu’il faudra patienter pour avoir des résultats plus clairs, puisque les «bébés COVID» naissent seulement depuis quelques mois.
Pas de «baby-boom», nous confirment aussi des hôpitaux. Le CHU de Québec prévoit entre 7187 et 7453 naissances d’avril 2020 à la fin mars 2021. Les trois années précédentes, on recensait 7451, 7396 et 7392 nouveau-nés.
L’Hôtel-Dieu de Lévis note une légère baisse des naissances. D’avril 2020 à la fin février 2021, 1831 bébés sont nés, près d’une cinquantaine de moins qu’à la même période en 2019-2020.
Sages-femmes recherchées
Présidente de l’Ordre des sages-femmes
La demande pour les services de sages-femmes s’est accrue alors même que la pénurie de personnel «est plus que criante» selon la présidente de leur ordre professionnel, Julie Pelletier.
«C’est préoccupant, on n’arrive pas à répondre à la demande. Les listes d’attente se rallongent considérablement. Il y a un engouement pour les services hors hospitaliers.»
Si les listes d’attente précédaient la pandémie, «la tendance se poursuit et la COVID est venue l’exacerber» dans les grands centres comme Québec et Montréal.
Les effets de la pandémie
Naissances
- 2019 : 84 200
- 2020 : 81 850
Décès
- 2019 : 67 800
- 2020 : 74 550
Mariages
- 2019 : 22 250
- 2020 : 11 350
Source : Institut de la statistique du Québec