Le chef conservateur rate déjà le bateau

Josée Legault
Avec le déclenchement d’une élection en pleine quatrième vague d’une pandémie qui n’en finit plus, Justin Trudeau mise gros. D’autant plus que son argument de vente aux électeurs pour une décision aussi aventureuse sonnait creux.
Par un beau dimanche estival, lequel n’allait pas sans rappeler les « voies ensoleillées » de sa première victoire en 2015, le premier ministre sortant versait en effet dans une grandiloquence presque gênante.
Cette élection, lançait-il, est « historique » et déterminante pour les décennies à venir. Rien de moins. Les Canadiens, selon lui, doivent donc choisir quel parti devra « finir le combat contre la pandémie et rebâtir le pays en mieux ».
S’il est vrai que le caractère « historique » du scrutin est loin de sauter aux yeux, l’objectif réel du chef libéral est nettement plus évident.
Comme tout chef de gouvernement minoritaire, son véritable objectif est une victoire majoritaire. C’est dans la nature même de notre système parlementaire de type britannique.
Question surtout pour Justin Trudeau d’enclencher un troisième mandat les deux mains bien rivées au volant du pouvoir. La campagne saura dire plus en détail ce qu’il en fera s’il remporte son pari le 20 septembre prochain.
Tout, sauf une science exacte
En situation multipartite, les campagnes électorales ont néanmoins le don d’être tout sauf une science exacte. Malgré cela, pour Justin Trudeau, à 15 sièges à peine d’une majorité, le pari est-il vraiment aussi risqué que plusieurs semblent le croire ?
À voir aller le départ chaotique de son rival conservateur, Erin O’Toole, force est d’en douter. Du moins, la campagne étant toute jeune, pour le moment.
Face à la quatrième vague de la Covid-19, le chef conservateur rate déjà le bateau. Parce que son parti est divisé sur cet enjeu, au lieu d’exercer un leadership responsable, il s’oppose à la vaccination obligatoire des fonctionnaires fédéraux proposée par Justin Trudeau.
Il refuse même d’exiger de ses propres candidats qu’ils soient vaccinés. Pour le devoir d’exemplarité d’un chef se disant prêt à gouverner, on repassera. Le faux pas est majeur.
Il est vrai qu’au sein de la population, certains sont capables de débattre de ce sujet sans verser pour autant dans les élucubrations complotistes des antivax.
Responsabilité éthique
La responsabilité éthique des leaders politiques est cependant d’un tout autre ordre. Après un an et demi d’une pandémie tenace qui, au Canada, a déjà fait près de 27 000 morts, ils doivent prendre position pour une protection optimale des citoyens.
En s’y refusant et en se contentant, comme le fait M. O’Toole, de proposer des dépistages quotidiens, il fait fi de l’urgence concrète qu’est l’atteinte rapide d’un taux maximal de vaccination. Point.
Bien sûr, la sortie de Justin Trudeau sur la vaccination obligatoire des fonctionnaires est électoraliste en partie. Elle cherche — et réussit — à coincer Erin O’Toole dans le coin des individualistes irresponsables.
Réglons toutefois cette question dès maintenant. Par définition, en campagne, TOUS les engagements des chefs sont électoralistes. La vraie question est de savoir lesquels contribueraient en même temps au bien commun.
Malheureusement pour Erin O’Toole, en s’opposant à des mesures plus contraignantes aptes à accélérer la vaccination au pays, il s’embourbe aux antipodes du bien commun.
- Écoutez l'entrevue de Philippe-Vincent Foisy avec Erin O'Toole sur QUB radio: