Le civisme commence par un ventre plein

Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, députée de Mercier et responsable solidaire en éducation
Quelle est la priorité de Bernard Drainville? Pour l'aile jeunesse de la CAQ, la priorité, c'est le retour d'une «culture du civisme» en imposant le vouvoiement des profs et le port de l'uniforme.
On ne peut que se réjouir de l'intérêt des jeunes caquistes pour l'école québécoise. Ce qui est plus étonnant, c'est leur silence sur l'éléphant dans la pièce.
Six ans après la promesse de François Legault d'un «redressement national en éducation», nos écoles ne sont toujours pas capables de donner les mêmes opportunités de réussite à tous. Puisque les caquistes se préoccupent de civisme, disons-le franchement: une société qui échoue à garantir l’égalité des chances est une société qui manque de civisme envers ses propres enfants.
Le privé
Le Québec a le système d'éducation le plus inégalitaire au Canada. C'est au Québec qu'on finance le plus les écoles privées avec de l'argent public. C'est aussi le Québec qui remporte la palme du décrochage scolaire. Dans notre système, les élèves qui fréquentent une école privée ou un programme particulier ont plus de chances de réussir que ceux au «régulier».
Les défenseurs de cette école à trois vitesses nous disent que c'est un choix des parents. Dans les faits, c'est le privé et les programmes qui sélectionnent. Il n'y a pas d'école privée dans votre région ou vous n’avez pas les moyens? Votre enfant n'est pas repêché par le programme particulier de son école? Vous ne pouvez rien y faire, vous n’avez pas de «choix».
Le choix d'une éducation de qualité ne devrait pas relever du portefeuille des parents ou du bulletin des enfants. Le choix d'une éducation de qualité est un choix collectif, le choix courageux proposé par le mouvement École ensemble et plusieurs autres: offrir ce qu'il y a de mieux à tous, permettre d'apprendre ensemble, étendre les opportunités.
Faim
Ce n’est pas tout, à l’école, un enfant sur cinq a faim. Espérer que ces enfants réussissent aussi bien que leurs pairs, ou qu’ils soient des modèles de civisme et de discipline, c'est de la pensée magique. Là encore, l'école doit jouer son rôle.
Huit États américains servent des repas gratuits dans les écoles. Pourquoi pas le Québec? Tout le monde gagne quand l'école prend les lunchs en charge. C'est une bouffée d'oxygène pour les familles prises à la gorge par les prix à l'épicerie. C'est une belle façon de mettre en valeur les bons produits de l'agriculture québécoise. Dans les pays qui le font déjà, chaque dollar investi est multiplié en retombées pour la santé et l'économie.
Les gens qui travaillent déjà à nourrir les élèves les plus démunis, dont La Cantine pour tous et le Club des petits déjeuners, réclament un programme universel d'alimentation scolaire au Québec. Nous avons les moyens de le faire. Avons-nous les moyens de ne pas le faire?
Monsieur Drainville, si le respect vous préoccupe, travaillons ensemble à ce que le Québec respecte la plus belle promesse de la Révolution tranquille: que chaque enfant ait les mêmes chances de réussir sa vie. Monsieur Legault, si l’éducation est votre priorité, vous ne ne pouvez pas accepter que des dizaines de milliers d’élèves apprennent la faim au ventre.
Au printemps dernier, en élargissant la loi Françoise David, tous les partis politiques ont mis leurs différends de côté pour s'attaquer au fléau des aînés évincés. Cet automne, nos enfants ont besoin que nous travaillions à nouveau ensemble. L'égalité des chances doit redevenir la grande priorité de l'école québécoise.
Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de Québec solidaire
Ruba Ghazal, députée de Mercier et responsable solidaire en éducation