L'éloge de Janette Bertrand à nos aînés
Daniel Daignault
Il y a tant à dire au sujet de Janette Bertrand, et elle a encore tant de choses à nous raconter, à écrire, tant de projets en tête qu’on ne voit pas la fin de cette grande histoire d’amour avec le public. À l’occasion de la sortie de son livre Cent ans d’histoire: Vous m’avez raconté le Québec, le moment était bien choisi pour revenir sur l’année 2025, pour savoir comment la centenaire la plus célèbre et la plus célébrée du Québec a vécu tous ces hommages qu’on lui a rendus.
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«C’est un privilège de vieillir», lance Janette lorsque je la rencontre dans une salle de conférence située au 30e étage de la tour de condos où elle habite depuis de nombreuses années, au centre-ville de Montréal. Assise derrière une table, élégante et bien coiffée, elle enchaîne les entrevues sans sourciller et ne démontre pas de signes de fatigue au cours de cette matinée. Fait remarquable, elle a la même voix qu’elle avait il y a 20, 30 ans. «C’est bizarre, parce qu’elle n’a pas changé. Il arrive que je réponde au téléphone et qu’on me demande: “C’est Isabelle (sa fille) qui parle?” Je ne sais pas à quoi c’est dû, mais je n’ai jamais fumé de ma vie et un gériatre m’a dit que j’avais une bonne génétique.»
En entrevue, son regard est perçant, chaleureux, attendrissant aussi. Janette est égale à elle-même: elle s’emballe, elle est enthousiaste et parle beaucoup, baissant parfois la voix pour faire une confidence.
L’année de ses 100 ans a été, à ses dires, une année complètement irréaliste et inattendue. «Je ne m’attendais pas du tout à ce qu’on fasse une pièce pour moi, dit-elle au sujet de Janette, l’œuvre de Rébecca Déraspe racontant sa vie qui mettait en vedette Guylaine Tremblay. Mais vraiment pas du tout, et c’est arrivé, et ç'a été bien l’fun. Là, j’ai recommencé “ma vie ordinaire”, c'est-à-dire à publier des livres et faire de la télévision. Moi, je suis quelqu’un qui travaille et qui aime avoir beaucoup de projets», dit-elle. On n’en doute pas une seconde!
Cela dit, lorsque je lui demande ce qu’elle retient de cette année pour le moins mouvementée pour elle, elle revient sur cette pièce de théâtre qui portait son prénom. «Je suis particulièrement fière de la pièce. C’est tellement extraordinaire, je n’en revenais pas. Guylaine (Tremblay), qui me joue sur scène, me disait: “Les gens sont tellement sûrs que c’est toi, qu’après, ils viennent me voir et me demandent conseil!”» Et Janette de s’esclaffer en ajoutant que Guylaine leur dit: «Hé, je ne suis pas Janette, moi!» Ç'a été tout le temps plein, la pièce a connu beaucoup de succès.»
Besoin d’amour
Janette confie avoir rencontré énormément de gens au cours de l’année 2025. Elle a eu droit à son En direct de l’univers, en mars dernier, trois jours avant son 100e anniversaire de naissance, et a notamment été l’invitée d’honneur du Salon international du livre de Québec, en avril. Et c’est sans compter sa récente participation au Salon du livre de Montréal. Des apparitions publiques qui ont fait courir les foules et, avec tous les témoignages reçus, les entrevues accordées, les rencontres avec les gens du public qui l’aiment, Janette avoue avoir vécu tout ça véritablement comme une grosse vague d’amour.
«Je l’ai pris personnel, dit-elle. Je n’ai pas pris ça comme si j’avais fait beaucoup de choses pour les autres dans la vie, ajoute-t-elle humblement, mais je me suis dit: “Enfin, ils m’aiment!” Parce que j’ai beaucoup été critiquée, et dès que je faisais quelque chose d’un peu pas correct, c’était épouvantable. Alors, tout ça, pour moi qui ai besoin d’amour, comme tout le monde, et je le dis que j’ai besoin d’amour, c’était très marquant. Ce n’était pas trop, mais c’était beaucoup. Mais la vie m’a ramenée sur terre, parce que j’ai eu des problèmes avec mes yeux», confie-t-elle avec une certaine tristesse.
Des mois difficiles
On dit que lorsqu’on a la santé, tout va, et Janette l’a réalisé cette année. Si la centenaire est rayonnante quand elle se prête à cette entrevue, il demeure qu’elle a traversé une épreuve difficile et revient de loin, parce que lorsqu’on a 100 ans, on ne subit pas des interventions aux yeux sans avoir des inquiétudes légitimes
«Je n’ai pas pu lire, je n’ai pas pu travailler non plus, confie-t-elle. Imagine: j’ai corrigé le texte de mon livre (Cent ans d'histoire, paru en octobre dernier) avec une loupe grande comme ça, dit-elle en ouvrant grand ses bras, et une autre plus petite. Et j’avais mon ordi collé sur le nez pour essayer de bien voir. Ç'a été l’enfer, parce que je ne voyais plus clair. Une chance que j’ai eu l’aide inestimable de ma fidèle éditrice et amie Johanne Guay. Mais ça va mieux. J’ai été opérée et j’ai eu des greffes. Il y a une greffe que j’ai rejetée, puis j’en ai eu une autre, et celle-là fonctionne. Alors je peux dire que ça va vraiment mieux. Mais l’été dernier, Daniel, je tournais en rond. C’est drôle, ajoute Janette, être montée si haut, avoir reçu tant d’amour, les hommages et tout ça, et là, j’étais seule avec mon chum. Ma famille était aussi là pour m’appuyer, mais je ne savais pas quoi faire de mon corps. Moi qui ai travaillé toute ma vie à lire et à écrire, je me sentais vraiment comme un lion en cage. Ça n’a pas été drôle», dit-elle.
Une nouvelle vie commence
À 100 ans, Janette continue de marteler un message qu’elle juge bien important pour les aînés, soit celui qu’ils doivent trouver des façons de s’occuper, qu’ils doivent s’inventer des loisirs, des activités, pour les tenir éveillés.
«Le message passe difficilement, mais c’est LE secret. Ça vient contrer la retraite, dit-elle. C’est quand même épouvantable, parce que, prends quelqu’un, un homme ou une femme qui aime son travail, c’est là que tu es valorisé. Et si tu n’aimes pas ton travail, prends ta retraite, lance-t-elle d’un ton convaincant. Donc, quand tu arrêtes de travailler, c’est un changement drastique. Je te donne l’exemple d’un gars qui travaille dans un garage et qui est habitué à avoir sa gang de gars et d’amis tous les jours, et qui est valorisé par son employeur et ses collègues. Et comme il est le plus vieux, on lui demande conseil, ça le valorise encore plus. Quand la retraite arrive, il s’en vient à la maison et il s’assoit. D’accord, il va faire un voyage de deux, trois semaines peut-être. Ce n’est pas un voyage de deux ans! Et après, qu’est-ce qu'on fait? On se tourne les pouces et c’est là, quand on n’a pas de projets, que tous tes petits bobos prennent toute la place. On devient une maladie», confie Janette qui revient sur l’importance d’être tous valorisés par nos proches et nos collègues. «Je te dirais qu’on ne parle pas assez de la valorisation. On est tous des êtres humains, on veut que notre père, notre mère, nous regarde, nous préfère, qu’il ou elle soit fier de nous. On veut tous être valorisés et aimés. Ça ne se dit pas tellement, mais on fait tout pour ça, pour se sentir appréciés. Et plutôt que de dire: “Je tombe à la retraite”, on devrait plutôt dire: “Je commence une nouvelle vie.” C’est une autre façon de voir la retraite.»
À force de passer sur toutes les tribunes le message que les aînés doivent s’occuper, se trouver des passions, Janette dit avoir reçu de nombreux témoignages de personnes qui ont suivi ses conseils, qui ont été inspirés par ses propos. «Ça arrive tout le temps! Avant, il y a 10 ans, les hommes ne me parlaient pas, mais il y en a souvent, maintenant, qui me disent qu’ils se sont trouvé un emploi à temps partiel pour s’occuper. Je trouve ça vraiment bon, et puis on peut se trouver une job dans un autre domaine que celui dans lequel on travaillait ou faire du bénévolat, parce qu'on a l’occasion de rencontrer du nouveau monde. Au fond, ce n’est pas que travailler et s’occuper, ce sont les amitiés qui naissent, et même si ce ne sont pas des amis intimes, on rejoint une nouvelle gang, on a des collègues autour de soi. Moi, j’ai une gang, j’ai l'agence Jacques K. Primeau avec qui je suis, c’est une autre famille à laquelle tu ne dis pas les mêmes affaires qu’à tes proches et aux membres de ta famille. C’est important de continuer à faire quelque chose, d’autant plus que si tu veux que ta tête reste alerte, il faut que tu lui donnes des challenges. Il faut que tu retiennes des choses; si jamais tu ne retiens rien, tu n’auras pas de mémoire.»

Faire œuvre utile
Enfin, venons-en à ce livre qu’elle a lancé cet automne, écrit avec la collaboration de Laurent Turcot. Durant la pandémie, Janette s’est mise en tête d’apprendre à des gens âgés comment écrire leur biographie en apparaissant dans des capsules vidéos qui ont connu un succès bœuf. «Tellement! J’ai reçu plus de 2400 biographies, des manuscrits passionnants. Il y en avait des piles! Durant un été, je n’ai fait que ça: lire chacune des biographies, qui comptaient en moyenne 75 pages, et chaque fois, je me disais: “C’est nous autres, ça! Tous ces textes racontent notre histoire.” Et je me reconnaissais là-dedans. Alors je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose de plus avec ça. J’ai quand même beaucoup réfléchi avant de me lancer dans ce projet. Je ne savais pas comment faire et j’avais besoin de mettre des dates, des chiffres sur toutes ces histoires. C’est la raison pour laquelle j’ai fait appel à l’historien Laurent Turcot qui a fait un travail formidable en rappelant le contexte historique. »
Janette a donc utilisé ces récits, ces biographies qu’on lui a fait parvenir, en plus de pans de sa vie, pour bâtir ce livre, Cent ans d’histoire: Vous m’avez raconté le Québec, qui nous fait découvrir le Québec de 1900 à la Révolution tranquille. «Alors c’est tout ça, le livre. J’aimerais ça qu’il soit dans les écoles, que ce soient les 15-20 ans qui le lisent, parce que c’est un document historique.»
Des choses en tête
Vous vous en doutez peut-être: Janette planche sur d’autres projets. «J’ai beaucoup de choses en tête, et j’espère que la vie va me prêter encore quelques années, parce que forcer ma tête à comprendre des choses, c’est ça qui la garde active», ajoute-t-elle.
Le 25 mars 2026, ce qui n’est pas si lointain, Janette Bertrand célébrera son 101e anniversaire de naissance. Y pense-t-elle? Si oui, comment se sent-elle d’atteindre ce chiffre? «Je te dirais que quand tu es dans la cinquantaine et que tu arrives à 60, ça commence à être gros. Après ça, c’est 70, puis 80, et là, c’est pas mal gros. Mais 101 ans, y'a rien là!», s’exclame-t-elle.
Dans son livre Cent ans d’histoire, Janette écrit: «Ça ne me fait pas peur, de mourir. J’aimerais mieux que ça n’arrive pas tout de suite, je ne suis pas prête. Mais il va venir un moment où je vais me dire: “Je ne fais plus rien, là, je ne sers plus à rien.” Voyez-vous, servir à quelque chose ou à quelqu’un, c’est très important pour moi.»
Pour vous procurer Cent ans d'histoire : Vous m’avez raconté le Québec

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