Le crime organisé utilise plus de 600 entreprises québécoises pour infiltrer l’économie légale
C'est le constat préoccupant d'une étude des forces policières québécoises
Félix Séguin, Eric Thibault, Marc Sandreschi et Jean-Louis Fortin
Fentanyl, cocaïne, méthamphétamine: le fléau du trafic de stupéfiants est revenu au cœur de l’actualité depuis l’élection du président américain Donald Trump. Notre Bureau d’enquête s’est rendu au Mexique, dans le fief des plus gros cartels de drogue au monde. Nous avons aussi découvert à quel point ces organisations étaient désormais bien implantées au Québec.
Le crime organisé a infiltré la quasi-totalité des secteurs de l’économie légale au Québec, en y tissant une vaste toile où les forces policières dénombrent plus de 600 entreprises.
C’est le constat préoccupant d’un rapport interne du Service du renseignement criminel du Québec (SRCQ), réalisé en 2020 à partir de données recueillies par l’ensemble des corps de police de la province et que notre Bureau d’enquête a pu consulter.
Motards, mafieux et gangsters brassent maintenant des affaires légitimes dans presque toutes les régions et dans la majorité des secteurs industriels, plus d’une décennie après la commission Charbonneau, qui a démontré l’infiltration du crime organisé dans l’industrie de la construction.
Outre la construction, on les retrouve principalement dans les bars, les restaurants, l’hébergement, l’immobilier et le transport.
| Secteur industriel | Nombre d'entreprises | Part |
|---|---|---|
| Services d'hébergement et de restauration | 162 | 27% |
| Commerce de détail | 60 | 10% |
| Construction | 48 | 8% |
| Services immobiliers et de location | 48 | 8% |
| Gestion de sociétés et d'entreprises | 42 | 7% |
| Transport et entreposage | 41 | 7% |
| Autres services (sauf les administrations publiques) | 39 | 6% |
| Commerce de gros | 36 | 6% |
| Services professionnels, scientifiques et techniques | 30 | 5% |
| Finance et assurances | 25 | 4% |
Ce sont les Hells Angels et leurs clubs affiliés qui sont associés à la plupart (227) des 605 entreprises que le SRCQ a pu relier au crime organisé.
Les motards sont suivis par la mafia italienne (134), les gangs de rue (75) et la pègre du Moyen-Orient (47).
| Affiliation | Nombre d'entreprises | Part |
|---|---|---|
| Bandes de motards hors-la-loi | 227 | 38% |
| Mafia italienne | 134 | 22% |
| Gangs de rue | 75 | 12% |
| Pègre du Moyen-Orient | 47 | 8% |
Phénomène d’une ampleur importante
«Les données démontrent que l’infiltration du crime organisé dans l’économie légale est importante et pourrait même être nécessaire pour le bon fonctionnement des activités criminelles», écrit le SRCQ dans son étude, en ajoutant que 45% des entreprises sont infiltrées ou exploitées pour faciliter la perpétration d’activités criminelles.
Près d’une centaine d’entreprises servent plutôt au blanchiment d’argent sale provenant du crime.

L’étude du SRCQ montre que des groupes criminels sont liés à une bonne soixantaine de commerces de détail offrant des produits et services variés, dont plusieurs garages et concessionnaires de véhicules.
Ils sont également présents dans la finance, l’assurance, la gestion des déchets, les arts, les soins de santé et l’agriculture.
On en trouve même dans le domaine juridique, en publicité, dans les télécommunications ou les services de sécurité privée.