Le détecteur de mensonges: aucun conflit d'intérêts à recevoir un avion en cadeau du Qatar, dit Donald Trump

AFP
Photo portrait de Gabriel  Ouimet

Gabriel Ouimet

2025-05-15T13:03:36Z

VÉRIF Donald Trump a déclaré qu’il prévoyait accepter un avion d'une valeur estimée à 400 millions de dollars du Qatar, un cadeau qu’il a qualifié de «grand geste» qu'il serait «stupide» de refuser. Le président, appuyé par des membres de son entourage, assure que le don est légal et rejette les accusations de conflit d’intérêts.

Un peu de contexte

Donald Trump réalise cette semaine le premier voyage officiel à l’étranger de son deuxième mandat. Pour l’occasion, il se rend en Arabie Saoudite, au Qatar et aux Émirats arabes unis, de riches monarchies du Moyen-Orient.

Le voyage du président suscite la controverse depuis que le réseau ABC News a révélé dimanche son intention d’accepter un luxueux avion en cadeau du Qatar.

Surnommé le «palace volant» par les médias américains, l’appareil, qui est évalué à 400 millions de dollars, pourrait remplacer Air Force One et servir d’avion présidentiel à Donald Trump pour le reste de son mandat.

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Il s’agirait d’un des plus gros cadeaux jamais offerts aux États-Unis par un gouvernement étranger.

Le mensonge: le président peut sans problème accepter un avion en cadeau au nom des États-Unis

Donald Trump et son équipe soutiennent que l’avion du Qatar n’est pas un cadeau pour le président, mais pour le département de la Défense des États-Unis.

Puisque le cadeau n’est pas conditionnel à un acte officiel, il serait «légalement admissible» pour le président de l’accepter au nom des États-Unis, selon la procureure générale nommée par Donald Trump, Pam Bondi. L'équipe légale du président martèle qu'il ne se servira pas de l'avion par la suite puisque l'appareil serait transféré à la bibliothèque présidentielle du républicain à la fin de son mandat.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a pour sa part nié que le «cadeau» pourrait un jour inciter le président à faire une faveur aux dirigeants du Qatar. «Absolument pas. Ils connaissent le président Trump et ils savent qu'il ne travaille qu'avec les intérêts du public américain en tête», a-t-elle martelé.

Elle a ajouté qu’il était «franchement ridicule» de penser que son patron puisse faire quoique ce soit pour son propre bénéfice, alors qu’«il a quitté une vie de luxe et une vie à la tête d'un empire immobilier très prospère pour le service public».

Les faits

Un contournement de la Constitution

Aucun titulaire d’une charge publique ne peut accepter de cadeau d’un roi, d’un prince ou d’un État étranger sans le consentement du Congrès, stipule la Constitution américaine.

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Le document limite également à 480$ la valeur des cadeaux qu’un président peut accepter d’un gouvernement étranger, toujours avec l’aval du Congrès.

L’équipe de Donald Trump tente de contourner ces règles en affirmant que le cadeau ne lui serait pas destiné personnellement et qu’il arrêterait de l’utiliser après avoir quitté la Maison-Blanche.

Or, même si l’appareil est transféré à la bibliothèque présidentielle de Donald Trump à la fin de son mandat, le républicain pourrait continuer de s’en servir comme bon lui semble, avancent des experts. 

S’il finit par accepter le cadeau du Qatar, le président pourrait devoir aller se défendre sa cause devant les tribunaux. Il devrait ainsi convaincre un juge qu'il ne s’agit pas d’un cadeau personnel, mais au gouvernement américain.

Des liens avec le Qatar

L’offre du Qatar soulève également des questions en raison des liens qu’entretiennent Donald Trump et ses proches avec le pouvoir qatari.

Pas plus tard qu’il y a deux semaines, le fils du président, Eric Trump, a conclu un accord pour la construction du Trump International Golf Club au Qatar. 

Le complexe de 5 milliards de dollars, qui comprendra un terrain de golf et des villas de luxe à l’effigie du président, sera bâti par une compagnie contrôlée par le pouvoir royal qatari.

Ce n’est pas tout.

L’année dernière, un membre de la famille royale du Qatar a investi environ 50 millions de dollars dans Newsmax, un média ouvertement pro-Trump, a révélé le Washington Post.

La société d'investissement Affinity Partners, qui appartient à Jared Kushner, le gendre et ancien conseiller de Donald Trump, a pour sa part bénéficié d’un investissement de 1,5 milliard de dollars du fonds souverain qatari en 2021.

Finalement, la procureure générale Pam Bondi, qui a conclu que le don de l’avion à Donald Trump serait légal, a agi comme lobbyiste pour le compte du Qatar entre 2019 et 2022.

Ces liens peuvent soulever des inquiétudes quant aux réelles intentions du Qatar d’offrir un avion de luxe au président des États-Unis.


Donald Trump multiplie les mensonges à un rythme effréné depuis son retour à la Maison-Blanche. Pour vous aider à départager le vrai du faux, notre reporter Gabriel Ouimet décortique chaque semaine des affirmations trompeuses du président dans le cadre de sa série «Le détecteur de mensonges».

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