Tous les vols civils et militaires suspendus à l'aéroport de Kaboul

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2021-08-16T01:44:34Z
2021-08-16T15:56:12Z

Tous les vols civils et militaires ont été suspendus à l'aéroport de Kaboul en raison de l'irruption sur le tarmac d'une foule d'Afghans tentant désespérément de quitter le pays après le retour des talibans, a dit lundi le porte-parole du Pentagone.

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«Les forces militaires américaines sont sur place et travaillent avec d'autres militaires, turcs et internationaux, pour disperser les gens. Nous ne savons pas combien de temps cela va prendre», a affirmé John Kirby.

L’armée américaine a «sécurisé» lundi l’aéroport de la capitale afghane, où a été regroupé le personnel de l’ambassade des États-Unis dans l’attente d’être évacué, a annoncé le département d’État.

Mais les vols commerciaux ont été annulés et des milliers d’Afghans, n’ayant même jamais travaillé pour les Américains et n’ayant aucune chance d’obtenir un visa, se sont rués vers l’aéroport, théâtre de scènes stupéfiantes.

Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre des centaines de personnes courant près d’un avion de transport militaire américain, qui roule pour aller se mettre en position de décollage, pendant que d'autres tentent de s’accrocher à ses flancs ou à ses roues.

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Les forces américaines demandent aux talibans de ne pas intervenir

Le chef des forces américaines à Kaboul, le général Kenneth McKenzie, a demandé aux talibans de ne pas entraver les opérations d’évacuation à l’aéroport de la capitale afghane, qui ont provoqué des scènes de panique, au cours desquelles au moins 2 personnes ont été tuées.

Le général McKenzie, à la tête du commandement central de l’armée américaine, a rencontré des dirigeants talibans dimanche à Doha, selon un responsable du Pentagone qui a refusé de donner plus de détails sur d’éventuels engagements obtenus des talibans.

Les États-Unis ont déployé quelque 6 000 soldats pour sécuriser l’évacuation de dizaines de milliers d’Américains et d’Afghans ayant aidé les États-Unis et craignant désormais pour leur vie, et assurer la sécurité de l’aéroport de Kaboul.

Les soldats américains ont tué deux hommes armés sur le tarmac de l'aéroport, selon un responsable du Pentagone.

« Au milieu des milliers de personnes qui se trouvaient là pacifiquement, deux types ont brandi leurs armes d’un air menaçant », a raconté à l’AFP ce responsable ayant requis l’anonymat. « Ils ont été tués tous les deux. »

  • Écoutez l'entrevue avec Jocelyn Démétré, ancien militaire canadien qui a fait deux missions en Afghanistan comme capitaine de bataille en 2007, sur QUB radio:    

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De nombreux autres pays ont aussi transféré des membres de leur personnel diplomatique à l’aéroport avant une évacuation.

De Madrid à La Haye, en passant par Paris, Bucarest, Londres, etc. Partout, les chancelleries s’activent pour organiser leur départ.

Un avion militaire est «actuellement en route pour évacuer en premier les interprètes à Kaboul, le personnel local de l’ambassade et les familles. En partie à cause de la situation incertaine, plusieurs vols sont prévus», a déclaré lundi sur Twitter la ministre néerlandaise de la Défense, Ank Bijleveld.

L’Allemagne veut, de son côté, déployer des soldats en Afghanistan pour évacuer ses derniers ressortissants et des Afghans menacés, selon des sources parlementaires allemandes lundi.

Berlin a identifié 2500 personnes sur les lieux qui pourraient être évacuées, essentiellement des Afghans et leurs familles ayant travaillé avec l’armée allemande.

À ce chiffre s’ajoute une liste de 2000 autres personnes, comptant aussi des avocats et des défenseurs des droits de la personne. En comptabilisant les familles, leur nombre grimpe à 10 000, a dit Angela Merkel.

L’Espagne a de son côté annoncé l’envoi, lundi, de deux avions militaires à Dubaï pour «la première phase» d’évacuation de son personnel diplomatique, d’Afghans et de leurs familles.

L’ensemble du personnel suédois déployé en Afghanistan (19 personnes au total) a par ailleurs été évacué la nuit dernière vers une base militaire américaine à Doha. La Finlande doit, pour sa part, évacuer son personnel diplomatique lundi.

À Prague, c’est un avion militaire transportant 46 Tchèques et Afghans, dont des femmes et des enfants, qui a atterri lundi matin. À Rome, quelque 50 diplomates italiens et 20 Afghans sont arrivés à la mi-journée.

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Paris a pour sa part déployé des renforts militaires aux Émirats arabes unis pour faciliter l’évacuation des ressortissants français à Kaboul.

La première rotation d’évacuation organisée par l’armée française entre sa base aux Émirats et la capitale afghane est prévue d’ici à «la fin de ce lundi», selon la ministre des Armées, Florence Parly, précisant qu’il y avait «plusieurs dizaines» de Français à évacuer ainsi que des «personnes qui sont sous notre protection».

Situation «catastrophique»

Le Royaume-Uni a déployé 600 soldats pour assurer l’évacuation de ses ressortissants et de son personnel local. Un premier avion est arrivé dans la nuit sur la base de Brize Norton, dans le centre de l’Angleterre.

«Nous avons évacué 370 employés et citoyens britanniques hier et avant-hier», a fait savoir le ministre de la Défense, Ben Wallace, ajoutant qu’un groupe de 782 Afghans sera évacué «dans les prochaines 24 à 36 h». «Notre objectif est d’atteindre 1200 à 1500» personnes évacuées par jour, a-t-il affirmé.

L’Irlande est par ailleurs en contact avec 23 de ses ressortissants, dont 15 «pensent à partir», selon le ministre des Affaires étrangères, Simon Coveney. Des visas ont été délivrés pour 45 Afghans ayant travaillé pour eux, et d’autres suivront, a-t-il dit.

L’évacuation de Danois et de Norvégiens était en cours. «Dimanche soir, dans des conditions très difficiles, la Défense danoise a réussi à évacuer un groupe de Danois et de Norvégiens d’Afghanistan», a déclaré la ministre des Forces armées danoises, Trine Bramsen. Et il reste encore à évacuer un «grand groupe».

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Selon le ministre danois des Affaires étrangères, Jeppe Kofod, «le Danemark est l’un des rares pays à avoir réussi à obtenir une capacité aérienne dans cette région». 

La Roumanie cherche aussi à évacuer ses 35 citoyens encore présents. «Nous avons deux options: un avion de l’OTAN qui doit aller sur place sous peu ou un de nos propres avions. [...] Le plus rapide serait d’utiliser celui de l’OTAN, qui les conduira en Géorgie, où nous irions les chercher. L’autre option est d’envoyer un appareil directement en Afghanistan», a déclaré le premier ministre Florin Citu.  

  • Écoutez la chronique du politologue Loïc Tassé sur QUB radio:    

Les exceptions russe et chinoise

Le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a pour sa part déclaré lundi que son gouvernement avait délivré 45 visas humanitaires à des Afghans et à leurs familles coincés à Kaboul, qui ont travaillé pour la Pologne ou une délégation européenne.

Trois expatriés suisses ont été évacués de Kaboul et des efforts sont en cours pour faire partir une quarantaine de leurs collègues afghans et leurs familles, selon le ministre suisse des Affaires étrangères.

Le drapeau américain a été retiré lundi de l’ambassade des États-Unis à Kaboul, dont «presque tout» le personnel se trouve à l’aéroport dans l’attente d’être évacué, a annoncé le département d’État. Le chargé d’affaires américain en Afghanistan Ross Wilson s’y trouve également, a-t-on précisé.

Pour sa part, la Russie ne prévoyait pas évacuer son ambassade.

«Aucune évacuation n’est prévue», a affirmé dimanche Zamir Kaboulov, l’émissaire du Kremlin pour l’Afghanistan.

La Russie fait partie des pays ayant reçu des garanties de la part des talibans quant à la sécurité de leurs ambassades, a expliqué M. Kaboulov. 

Quant à la Chine, qui a rapatrié début juillet 210 de ses ressortissants d’Afghanistan, elle a appelé les nouvelles autorités à assurer la sécurité de ceux restés sur les lieux.

L’ambassade de Chine à Kaboul «continue de fonctionner normalement», a précisé lundi une porte-parole de la diplomatie chinoise, Hua Chunying. 

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