Le maudit mur

Antoine Cyr a manqué de ressources sur le 15 km classique

Antoine Cyr a été confronté à plusieurs difficultés, vendredi.
Antoine Cyr a été confronté à plusieurs difficultés, vendredi. Photo Didier Debusschère
Photo portrait de Richard Boutin

Richard Boutin

2022-02-12T02:59:23Z
2022-02-12T05:02:40Z

ZHANGJIAKOU | Le fondeur Antoine Cyr a frappé le mur en arrivant à Pékin pour ses premiers Jeux olympiques.

Débarqué en Chine avec de grands espoirs, notamment à l’épreuve du 15 km classique qu’il a terminé au 37e rang dans la nuit de jeudi, Cyr est très déçu de la tournure des événements.

« Ce n’est vraiment pas la course à laquelle je m’attendais et il s’agit d’une troisième contre-performance [42e au skiathlon et 56e au sprint style libre] depuis le début des Jeux, a débité Cyr. Le sport, c’est merveilleux et tu vis de belles émotions quand tu es au sommet, mais ça fait mal en estie quand tu es en bas. »

« Je ne dois pas sauter aux conclusions trop vite parce que la saison est encore longue, mais j’ai raté quelque chose dans la préparation, de poursuivre le fondeur de Gatineau. J’en ai trop fait ou pas assez, c’est encore incertain. Je suis habituellement capable de bien performer en altitude, mais j’ai eu bien de la misère cette fois-ci. Ça va bien jusqu’au moment de frapper le mur. J’ai de la difficulté à récupérer dans les descentes et je n’ai pas vraiment de punch. »

Gonflé à bloc

Parce qu’il n’avait pas atteint les standards de Nordiq Canada, Cyr est arrivé gonflé à bloc lors de la première étape de la Coupe du monde à Ruka, en Finlande, en novembre dernier, dans l’espoir de se préqualifier pour les Jeux.

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« Parce que je ne voulais pas attendre au début janvier à Canmore aux Essais olympiques pour me qualifier, il s’agissait d’un gros objectif de répondre aux standards [Top 20] en Coupe du monde, et j’ai confirmé ma place en novembre, a-t-il raconté. J’étais confiant de pouvoir faire un autre gros bloc d’entraînement afin d’arriver en Chine encore plus prêt qu’en début de saison. Est-ce que la préparation est le problème ou je souffre d’une petite maladie, je ne le sais pas. J’avais fait de bonnes courses à Canmore. Le sport n’est pas une science infuse. »

Objectifs élevés

Cyr disait vouloir terminer dans le Top 20 au 15 km classique et visait à l’intérieur de lui une place dans le Top 12. « Les Jeux arrivent une fois aux quatre ans et c’est vraiment décevant de rater son opportunité, a-t-il résumé. Comme ce fut le cas en Coupe du monde où un Top 20 m’a permis de me préqualifier, j’ai visé plus haut et terminé en 11e place à Ruka. J’avais déjà réussi de bonnes performances. C’est la même chose aux Jeux. Pourquoi se contenter d’un Top 20 alors que tu penses être capable de mieux faire ? Tu dois y croire et viser le ciel. »

S’il ne sait pas si l’entraîneur de Nordiq Canada retiendra ses services pour le relais par équipe, Cyr n’entend pas faire une croix sur sa saison. « La saison est encore trop longue pour que je baisse la tête en février. On a bien fait au mondial (7e position) l’an dernier, moi et Gordon Ritchie, mais après la performance d’aujourd’hui [vendredi] on me laissera peut être de côté. » 

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Harvard et le ski de fond  

Photo Didier Debusschère
Photo Didier Debusschère

S’il a pris une année sabbatique en prévision des Olympiques, Rémi Drolet doit habituellement jongler avec ses études en mathématiques et en physique à Harvard et sa carrière de fondeur.

Drolet s’est accordé une pause académique afin de maximiser ses chances d’être sélectionné au sein de l’équipe olympique. « L’année passée, c’était vraiment très difficile pour moi », a-t-il révélé après avoir terminé en 33e position du 15 km classique, vendredi.

Pause académique

« Cette année, je prends une année sabbatique pour essayer de mieux me préparer. Si j’essayais d’aller à l’école en ce moment, ce serait difficile. Je ne pense pas que j’aurais été capable de me qualifier. »

Drolet n’a pas choisi le cursus académique le plus facile. « J’ai travaillé pas mal fort pour essayer d’avoir un bon dossier pour me rendre là, a-t-il souligné. Je suis vraiment content de pouvoir mélanger l’éducation et une carrière de ski de fond de haut niveau. C’était plus ou moins un rêve d’aller à Harvard, mais j’ai toujours mis beaucoup d’efforts sur mes études académiques. » 

« C’est juste quand je cherchais des écoles qui avaient des équipes de ski de fond », de poursuivre Drolet qui est né en Colombie-Britannique, mais dont une partie de la famille réside au Québec. « Pour moi, c’était important d’avoir une école où je pourrais poursuivre des études à un haut niveau et avoir une bonne éducation. C’était quand même important d’avoir une bonne équipe de ski pendant que j’étudiais. » 

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Quel avenir Drolet envisage-t-il avec un prestigieux diplôme de Harvard en poches ? « Je n’ai pas un plan arrêté en ce moment, a-t-il indiqué. Ce serait peut-être le fun de faire un doctorat. Je pense que j’aurai besoin d’attendre après ma carrière de ski. Ça m’intéresse un peu l’industrie et la fabrication de technologie avancée. Les technologies en développement comme les ordinateurs avancés, peut-être de nouveaux avions. »

Et l’an prochain ?

Drolet pense-t-il être en mesure de concilier ses études universitaires et sa carrière de skieur l’an prochain ? « C’est difficile de participer à des compétitions tout en allant à l’école. L’an passé, c’était un peu plus facile parce que la plupart de mes cours étaient en ligne. J’ai quand même été capable d’aller aux Championnats mondiaux et à quelques Coupes du monde. »

« C’était quand même pas mal difficile de finir des courses de ski de fond et d’aller directement dans la chambre d’hôtel faire du travail scolaire, d’ajouter le fondeur de 21 ans. L’année prochaine, j’espère quand même faire un bon nombre de courses, mais ça va certainement être plus difficile et ça va dépendre un peu de ce que mes professeurs disent. » 

L’équipe de ski de fond de Harvard s’entraîne sur un terrain de golf sur lequel une piste de neige artificielle a été aménagée. « Le New Hampshire et le Vermont ne sont pas trop loin et ça nous permet de skier sur de bonnes pistes. » 

Objectif atteint  

Olivier Léveillé visait une place dans le top 30 sur le 15 km classique

Le fondeur Olivier Léveillé a eu à composer avec l’altitude, vendredi.
Le fondeur Olivier Léveillé a eu à composer avec l’altitude, vendredi. Photo Didier Debusschère

Olivier Léveillé a été le meilleur Canadien du 15 km classique en perçant le Top 30.

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Le fondeur de 20 ans était satisfait de sa performance. « Je suis dans le Top 30 et c’était ça mon objectif, a souligné Léveillé qui a franchi le fil d’arrivée en 40 min 52 s. Ce n’est pas si pire. Je suis encore à 2 min 15 s de Klaebo (Johannes Hoesflot). Dans un 15 km aussi difficile, c’est quand même respectable. C’est certain qu’en raison de l’altitude, on sent qu’on est pris dans la même vitesse tout le temps, on n’est pas capable d’aller plus vite. Mais je pense que j’étais coincé dans une bonne vitesse. »

Les méfaits de l’altitude

Léveillé expérimente l’altitude. « C’est toujours dur de skier en altitude comme ça, les sensations sont différentes, a souligné celui qui avait pris le 31e rang au skiathlon. Surtout qu’au skiathlon, ce n’est pas pareil. Un départ de masse, on donne des coups, ça ralentit. On a plus le temps d’expérimenter et de trouver son rythme. Je ne voulais pas partir trop fort, mais pas trop lent non plus, car chaque fois que je pars mes courses trop lentement, je finis avec un mauvais résultat. »

Le fondeur de Sherbrooke a bien récupéré après une performance plus ardue au sprint. « Ça taxe un peu moins un sprint qu’un 30 km. Un 30 km, ça vide les réserves assez vite. On a eu deux jours de congé. Je pense que j’ai pu bien me rétablir. Ça a bien été dans la préparation de course. Je me sentais quand même bien et il faisait beau soleil. C’est bon pour le moral aussi. » 

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Drolet pas trop satisfait

Rémi Drolet a conclu l’épreuve au 33e rang en vertu d’un temps de 41 min 07 s 7. « C’était assurément une amélioration par rapport à la dernière course. En partie parce que j’ai pu faire ma propre course et ne pas trop essayer de suivre un gros peloton de départ groupé. Je pense que je suis en train de combattre un haut niveau de fatigue. Je ne suis pas dans la meilleure forme que je pourrais être. Tout ça pris en compte, j’ai aussi bien performé que ma forme le permettait. » 

Drolet estime que sa préparation n’est pas idéale. « Je me sens juste vraiment fatigué et j’ai de la misère à me rétablir. C’est sûr que l’altitude, ça fait juste rendre ça encore pire. »

Le fondeur de 21 ans a été retenu par Nordiq Canada lors de la deuxième vague de sélection. « J’ai vécu vraiment beaucoup de stress d’essayer de me qualifier plus tard. Peut-être que ça m’a enlevé pas mal d’énergie. »

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