Le monde chamboulé selon Trump

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2020-10-21T05:10:00Z
2020-10-21T10:29:11Z

Avec sa diplomatie déroutante, Donald Trump a sacrifié les alliés traditionnels des États-Unis et les accords internationaux sur l’autel de «l’Amérique d’abord», durablement engagée dans une confrontation sans merci avec la Chine.

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Sans changer de style, le président de la première puissance mondiale, novice en politique, a confirmé son tournant protectionniste et souverainiste, qui rebat les cartes des relations internationales.

«Trump a souvent choqué le monde», «il y a eu beaucoup d’incohérences sur des sujets précis, mais ses intuitions et sa vision du monde et des États-Unis ont toujours été assez claires», dit à l’AFP Thomas Wright, du cercle de réflexion Brookings Institution.

Au terme du premier mandat du milliardaire, qui en brigue un second, «il y a une incertitude nouvelle sur le rôle de l’Amérique», ajoute-t-il. Et le monde «a beaucoup changé».

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La planète a basculé dans ce qui ressemble à une nouvelle Guerre froide entre ses deux superpuissances.

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La pandémie a précipité ce bouleversement. Critiqué pour sa propre gestion de la COVID-19, le président s’en prend désormais à la Chine au-delà de sa seule guerre commerciale. Il épouse l’attaque frontale tous azimuts déjà lancée contre Pékin par les faucons de son camp.

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Il s’agit en réalité d’une tendance de fond, devenue assez consensuelle à Washington, née de l’espoir déçu de voir le géant asiatique se libéraliser à mesure qu’il s’inscrit dans la mondialisation.

Une compétition stratégique faite pour durer, quel que soit l’élu du 3 novembre, même si Donald Trump a longtemps brouillé les cartes en ménageant son ancien «ami» Xi Jinping.

Coups de boutoir

Car les conventions, Donald Trump s’en joue.

Rarement dirigeant américain aura autant malmené les alliés de Washington. Il raille la «stupidité» du Français Emmanuel Macron, taxe le Canadien Justin Trudeau de «malhonnête», affiche son dédain pour l’Allemande Angela Merkel.

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Par contraste, il vante son «alchimie» avec le Nord-Coréen Kim Jong-un et choque son propre camp en se montrant conciliant avec le Russe Vladimir Poutine.

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Surtout, il remet en cause l’Otan de manière inédite.

S’il n’a jamais mis à exécution sa menace voilée de se désengager de cette sacro-sainte alliance occidentale, les exemples de retrait américain sont légion. L’ex-homme d’affaires a quitté l’accord de Paris sur le climat, celui sur le nucléaire iranien, le traité de libre-échange transpacifique et, en pleine pandémie, l’Organisation mondiale de la santé.

Derrière ces coups de boutoir au multilatéralisme, une idée fixe: les États-Unis ne veulent plus dépenser d’argent pour tous ces «mauvais payeurs» incapables de défendre seuls leurs intérêts.

Ce leitmotiv se retrouve sur la scène militaire.

De longue date, Donald Trump prône la fin des «guerres sans fin», à l’unisson d’une opinion américaine fatiguée et d’une part croissante du monde politique.

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Tout en menaçant de «détruire» plusieurs pays, il n’a engagé aucun nouveau conflit.

Mais les retraits de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan sont annoncés à coups de tweets, de manière brouillonne. Le président recule face aux résistances de l’establishment et des pays amis, puis revient à la charge.

Après l’interventionnisme néoconservateur de George W. Bush, Barack Obama avait déjà entamé une phase de «retenue militaire», doublée toutefois «d’une diplomatie active et d’une ouverture économique», relève Célia Belin, de la Brookings Institution. «Trump est allé plus loin: sa retenue militaire se conjugue avec un protectionnisme économique, tandis que sa diplomatie est uniquement nationaliste et unilatéraliste».

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Israël, allié choyé

Cette «doctrine du retrait», comme l’a baptisée l’ex-diplomate Richard Haass, s’accompagne de guerres commerciales et de sanctions unilatérales au nom de son slogan souverainiste «America First».

«L’Amérique d’abord a laissé l’Amérique toute seule», a attaqué son adversaire démocrate Joe Biden, dénonçant le cavalier seul de Donald Trump sur l’Iran face aux Européens, qui contestent encore son abandon sur le nucléaire.

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Pourtant, le 45e président des États-Unis est ouvert au dialogue. Pour éviter des conflits coûteux, et entrer dans l’Histoire.

«Il est prêt à négocier avec pratiquement tout le monde, hormis le groupe État islamique (EI)», estime Colin Dueck, du think tank conservateur American Entreprise Institute, parlant d’une «doctrine Trump» qui s’apparente à «une montagne russe d’escalades» et «désescalades».

Il rencontre Kim Jong-un pour une poignée de main historique, sans obtenir son désarmement nucléaire. Il pactise avec les talibans pour hâter le départ d’Afghanistan, mais la violence perdure. Il lance des appels du pied infructueux à l’Iran tout en l’assommant de sanctions.

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Au final, des impasses, et quelques succès, comme la mort du chef de l’EI Abou Bakr al-Baghdadi, et surtout la normalisation des relations d’Israël, seul allié vraiment choyé, avec les Emirats arabes unis et Bahreïn.

Ces accords contribuent à redéfinir les équilibres au Moyen-Orient en brisant le consensus arabe selon lequel aucune entente n’est possible avec l’État hébreu sans résolution du conflit israélo-palestinien.

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C’est d’ailleurs une constante de la politique étrangère du président-candidat: un alignement sans précédent sur les intérêts israéliens, de la stratégie anti-Iran au travail de sape contre les Palestiniens, avec la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Une constance qui lui vaut la reconnaissance de la droite religieuse, électorat-clé de sa victoire de 2016.

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