Le prochain fleuron du Québec inc. à tomber?

Le premier ministre du Québec, François Legault, lors d’une conférence de presse, à Montréal, plus tôt cette semaine.
Le premier ministre du Québec, François Legault, lors d’une conférence de presse, à Montréal, plus tôt cette semaine. Photo d’archives
Photo portrait de Michel Girard

Michel Girard

2021-01-23T10:00:00Z

Nos Couche-Tard, Bombardier, BRP, Power Corp., Cascades, Groupe CGI, Cogeco, Industries Lassonde, Metro, Dollarama, Saputo, Transcontinental, Cogeco, CAE, Héroux-Devtek, SNC-Lavalin, WSP Global... sont-elles à l’abri d’une mainmise étrangère ?

J’ai le pressentiment que la plupart des grandes sociétés québécoises inscrites en Bourse, même celles appartenant à des actionnaires de contrôle, pourraient, un de ces jours, céder à l’appât d’une alléchante offre d’achat provenant d’une société hors Québec.

On ne se le cachera pas : rares sont les actionnaires de contrôle qui ont le Québec tatoué sur le cœur, comme c’est le cas avec Pierre Karl Péladeau, qui tient mordicus à la protection de nos sièges sociaux.

C’est plate à dire, mais tout actionnaire de contrôle a son prix. Ou presque...

Qui avait prédit que Jean Coutu, qui contrôlait la quasi-totalité des droits de vote de Groupe Jean Coutu, allait décider de vendre son empire ? On a été chanceux de voir Metro mettre le grappin sur ce fleuron québécois.

Qui avait prédit que la famille d’André Chagnon s’apprêtait à céder son empire Vidéotron (incluant TVA) à la famille torontoise de Ted Rogers ? Encore là, coup de chance pour le Québec, c’est finalement la famille Péladeau, avec l’appui financier de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui a acquis Vidéotron.

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Malheureusement, on a perdu plusieurs fleurons québécois aux mains de sociétés étrangères, fussent-elles des canadiennes hors Québec, des américaines, des européennes, etc.

  • Écoutez la chronique économique de Michel Girard sur QUB radio:

LA PROTECTION ?

Peut-on compter sur le gouvernement de François Legault pour protéger nos entreprises contre la mainmise étrangère ?

Pas sûr ! Regardez ce qui vient de se passer avec Bombardier Transport. La multinationale française Alstom vient de l’acquérir, et ce, avec la bénédiction de la Caisse de dépôt et placement du Québec qui détenait 32,5 % de la compagnie.

Que dire du Cirque du Soleil qui, après avoir vu son fondateur Guy Laliberté vendre son dernier bloc d’actions à la Caisse pour la rondelette somme de 100 millions $, est aujourd’hui entièrement propriété d’étrangers.

Que dire maintenant de l’étonnante déclaration de Pierre Fitzgibbon, l’homme fort du gouvernement Legault en matière de « protection » de nos sièges sociaux.

À la suite de la décision du gouvernement d’Emmanuel Macron de bloquer la vente du géant français de l’alimentation Carrefour à notre multinationale Couche-Tard, Fitzgibbon a déclaré que le Québec ne doit pas nécessairement imiter la France et bloquer les prises de contrôle étrangères.

« Il faut faire attention : des fois, on a tendance à voir des étrangers arriver ici, prendre des compagnies québécoises, et c’est la fin du monde », a-t-il dit. Selon lui, il y a plus d’entreprises québécoises qui réalisent des acquisitions à l’extérieur que d’étrangers qui en font ici.

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Ben oui ! C’est avec ce genre de raisonnement à la Fitzgibbon qu’on a précédemment cédé : 

  • La C Series à la multinationale française Airbus ; 
  • CAMSO au géant français Michelin ; 
  • RONA à l’américaine Lowe’s ; 
  • Les rôtisseries St-Hubert à l’ontarienne Cara Operations (devenue Recipe Unlimited) ; 
  • Atrium Innovations (dont le PDG était Pierre Fitzgibbon) au fonds européen Permira ; 
  • Laboratoires Paladin à l’américaine Endo Health Solutions ; 
  • Alcan à l’anglo-australienne Rio Tinto ; 
  • Provigo à l’ontarienne Loblaws ; 
  • Etc.  

Le premier ministre François Legault a affirmé jeudi qu’il n’était pas question, pour lui, de voir tomber Metro entre les mains des étrangers.

Permettez-moi un petit conseil, M. Legault. Vous savez que la meilleure façon de se protéger contre les prédateurs étrangers, c’est de détenir d’importants blocs d’actions. Il serait peut-être temps que « notre » Caisse de dépôt et placement achète justement des actions de Metro, notre seule grande chaîne d’alimentation !

Au 31 décembre 2019, la Caisse ne détenait aucune action de Metro. Mais elle jugeait pertinent de détenir des actions de la française Carrefour, dont la vente à Couche-Tard a été bloquée par le gouvernement Macron.

La réglementation des offres publiques d’achat 

J’ai demandé à l’Autorité des marchés financiers (AMF) d’expliquer la réglementation qui régit les offres publiques d’achat. Voici la réponse de Sylvain Théberge, directeur des relations médias de l’AMF.

Les deux scénarios qu’on voit le plus souvent dans le cas de la vente d’une entreprise québécoise cotée dont les titres sont inscrits sur une bourse sont les suivants :

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1er scénario

Un initiateur peut décider de lancer une offre publique d’achat visant les actions en circulation d’une société (c’est ce qu’on appelle généralement une offre publique d’achat hostile, mais elle pourrait aussi être considérée comme amicale). Il s’adresse alors directement à chaque actionnaire qui doit décider de déposer ou non ses actions en réponse à l’offre. L’initiateur doit dans un tel scénario se conformer aux exigences du Règlement 62-104 qui prévoit notamment qu’au moins 50 % des actions (de toutes catégories) soient déposées en réponse à l’offre pour que celle-ci puisse aller de l’avant. 

Dans un tel scénario, aucune assemblée des actionnaires n’est tenue. Le concept du droit de vote ne s’applique pas. Chaque actionnaire décide individuellement de déposer ou non ses actions.

2e scénario

Si l’acquisition projetée se fait par voie d’une fusion ou d’un plan d’arrangement, alors dans un tel cas la société visée doit convoquer une assemblée de ses actionnaires pour que ceux-ci approuvent la transaction. Dans ces cas, de façon générale, la transaction doit être approuvée par voie de résolution spéciale (66,67 % des votes exprimés). Si le chiffre de 66,67 % n’est pas obtenu, la résolution ne pourra pas être approuvée et la transaction ne pourra pas aller de l’avant. Ce sont dans les lois corporatives qu’on retrouve les exigences en lien avec les approbations de ces opérations.

Les règles de la bourse sur laquelle les titres de la société visée sont inscrits s’appliquent également.

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