Le Québec retire le téléphone, l'Australie coupe l'algorithme
Mathieu Roy
L’Australie doit se sentir observée par la planète: son gouvernement vient de légiférer pour interdire l’accès aux médias sociaux aux moins de 16 ans.
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Cette mesure est historique, elle place maintenant le fardeau de la vérification sur les géants technologiques plutôt que sur les parents. Ce que fait l’Australie, c’est en quelque sorte d’admettre que les plateformes sont des produits dangereux – un peu comme l'alcool ou le tabac?
Tenir tête aux plateformes
Pour un pays comme le Canada, et pour beaucoup d'autres pays, cette initiative sert de laboratoire. On a bien réalisé que l'époque de l'autorégulation est révolue et que ça ne fonctionne pas. La réglementation australienne nous prouve peut-être qu'un gouvernement moyen peut tenir tête aux plus grandes plateformes pour protéger la santé mentale.
Au Québec, cette mesure trouve un écho particulier, car on a déjà agi avec l'interdiction du cellulaire dans les établissements scolaires. Le parallèle est frappant: la logique qui a motivé le bannissement du téléphone à l'école visait à réduire l'anxiété et l’anxiété de performance, favoriser la socialisation réelle, améliorer la concentration... C’est très semblable à la position défendue par l’Australie.
Le Québec a réussi à retirer l'objet et l'Australie tente désormais de couper l'algorithme. On souligne d’ailleurs la nature insidieuse de la technologie. Les plateformes ne sont pas neutres; elles sont propulsées par des algorithmes conçus pour exploiter nos vulnérabilités. Elles créent des boucles de dopamine très semblables aux jeux de hasard, on enferme les jeunes dans une quête sans fin de validation, on augmente l’anxiété, la comparaison sociale et les troubles de l'image.
Déconnecter nos ados
Copier ce modèle serait la suite logique de la politique québécoise actuelle. Chez les adultes, on a parlé du droit à la déconnexion. N’est-il pas logique d’offrir la même liberté à nos adolescents? Est-ce qu’une simple limite d'âge est suffisante? Non, il faut aussi miser sur l’éducation, les conversations et surtout le développement d’un esprit fort, d’un esprit critique.
Pour l'application de la loi, le défi technique est de taille. Il faut interdire, mais sans compromettre la vie privée des utilisateurs. En posant cette limite, l'Australie a brisé un tabou. La protection de l'enfance en ligne n'est plus une simple discussion parentale, c'est devenu une préoccupation mondiale.
Les adolescents australiens ne le savent pas encore, mais ils ont reçu leur cadeau de Noël en avance.