Le rachat du pont de Québec par le fédéral recommandé

Le coût de peinture et d’entretien de la structure centenaire est passé à 784 millions $ sur 25 ans

En 2019, le coût de la peinture du pont de Québec était évalué à 559 millions $. On voit la structure centenaire, hier.
En 2019, le coût de la peinture du pont de Québec était évalué à 559 millions $. On voit la structure centenaire, hier. Photo Agence QMI, Simon Clark
Photo portrait de Taïeb Moalla

Taïeb Moalla

2020-09-04T04:00:00Z

Nommé il y a un an par Ottawa comme négociateur, l’homme d’affaires Yvon Charest recommande au gouvernement fédéral de racheter le pont de Québec. Aux dernières nouvelles, la peinture et l’entretien de l’infrastructure coûteraient 784 millions$ sur 25 ans. 

C’est ce qu’on peut lire dans le rapport que M. Charest a remis au gouvernement à la fin juin et que Le Journal a pu obtenir tard hier soir. 

L’option de l’acquisition par le fédéral est vite apparue comme la seule «viable» dans les circonstances. «Le propriétaire actuel du Pont (le Canadien National) adopte une stratégie de gestion des risques cherchant à réaliser un retour sur ses investissements, alors que le gouvernement fédéral, en tant que propriétaire, chercherait plutôt à minimiser et prévenir les risques liés au Pont grâce à un programme d’entretien plus proactif, visant à assurer la pérennité de la structure», écrit M. Charest. 

Selon lui, «la rétrocession du pont de Québec permettrait au gouvernement fédéral de prendre toutes les décisions quant au programme d’entretien qui serait appliqué au Pont». 

Cela dit, le contexte singulier de la COVID-19 et le récent changement à la tête du ministère des Finances compliquent passablement la situation et retardent la prise de décision du palier fédéral, nous dit-on. 

Publicité
Yvon Charest, nommé négociateur par Ottawa.
Yvon Charest, nommé négociateur par Ottawa. Photo d’archives, Jean-François Desgagnés

Aspects financiers 

Dans son rapport, M. Charest estime que «le Canada ne peut pas entreprendre la remise en état du Pont sans l’appui et les contributions financières du Québec et du CN». 

L’ampleur des investissements n’est pas précisée, car «elle dépendra du scénario retenu pour procéder à la remise en état du Pont et minimiser les risques de détérioration de la structure». M. Charest dit avoir eu accès à la dernière étude de la firme Norda Stelo qui a étudié six différents scénarios pour la peinture et l’entretien du pont. Le coût de ces scénarios varie de 694 millions$ à 1,16 G$. 

Le négociateur privilégie le scénario numéro 2, au coût de 784 millions $, qu’il décrit comme «un programme d’entretien qui comprend des travaux d’acier proactifs, une peinture sélective de ses composantes critiques et un programme de peinture progressive de la structure». Cela permettrait de peindre 80% de la surface totale du Pont. 

Le Québec discret 

D’après nos informations, le gouvernement du Québec s’est tenu bien loin des discussions de la dernière année pour éviter au maximum de devoir mettre la main à la poche. Le provincial fait valoir qu’il paie déjà «plusieurs dizaines de millions de dollars» pour l’entretien du tablier du pont qui est sous sa responsabilité. 

Publicité

Le gouvernement Legault verrait d’ailleurs d’un très bon œil que le pont de Québec redevienne propriété fédérale. «C’est sûr que le Québec préfère que le propriétaire soit un gouvernement aux poches profondes plutôt qu’une entreprise privée», glisse une source bien informée. 

Idée écartée 

Même s’il n’en fait pas mention dans son rapport, Yvon Charest tenait par ailleurs à écarter un scénario sur lequel le ministre libéral François-Philippe Champagne a longtemps travaillé lorsqu’il était responsable de cet épineux dossier. 

L’idée de M. Champagne, qui n’a jamais été rendue publique jusqu’à maintenant, était que le fédéral devienne temporairement propriétaire du pont, qu’il le peinture pendant 25 ans et qu’il le remette par la suite au CN. 

LE PONT DE QUÉBEC AU FIL DES ANS  

1917

Après deux effondrements tragiques, fin de la construction du pont, que plusieurs surnomment « la 8e merveille du monde ».  

1923

Ottawa crée le CN et lui confie l’entretien et la gestion du pont.  

1929

Les voies de tramway cèdent leur place à l’automobile.  

1947

Le tablier routier est élargi par Québec.  

1993

Le CN est privatisé par Ottawa, qui lui confie le pont.  

1995

Le pont est désigné lieu historique national du Canada.  

2005

Des travaux de réfection réalisés à 40 % sont stoppés par le CN : s’ensuit une longue bataille judiciaire avec le fédéral.

2014

Ottawa s’engage à débourser 75 M$ pour repeindre le pont, Québec 23,5 M$, les villes de Québec et de Lévis 1,5 M$. Le CN est invité à débourser 100 M$.  

2019

Québec confirme que ses 23,5 M$ ne sont plus sur la table en raison des 200 M$ à investir sur le tablier routier. Ottawa mandate Yvon Charest à titre de négociateur. La peinture du pont est évaluée à 559 M$.

Publicité

Sur le même sujet