Le racisme systémique «a tué» Joyce
Le conjoint de la femme attikamek décédée à l’hôpital de Joliette et sa famille veulent que justice soit rendue

Anne-Sophie Poiré
La famille toujours dévastée de la femme attikamek décédée dans « l’humiliation » à l’hôpital de Joliette se lance dans une bataille juridique pour lui rendre justice.
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« Ma conjointe a vécu ses derniers jours dans l’agonie entourée de gens méprisants. Les derniers mots qu’elle a entendus avant de mourir, de ceux qui étaient supposés la protéger : des insultes, l’humiliation », a laissé tomber le veuf de Joyce Echaquan, Carol Dubé, la voix étranglée par les larmes.
Lors d’une conférence de presse à Joliette vendredi, il s’est adressé pour la première fois aux médias depuis les événements de lundi dernier.

« On a enlevé la vie de ma femme, de la mère de mes sept enfants. On a enlevé la vie de ma conjointe Joyce. Elle n’est plus ici, avec nous, a-t-il soufflé. [...] Je ne peux pas être colère présentement parce que je ne veux pas devenir comme ceux... je ne suis pas comme eux autres qui l’ont... j’ai juste de la tristesse. »
La femme hospitalisée à Joliette, en proie à de vives douleurs, a diffusé lundi une vidéo en direct sur Facebook depuis son lit d’hôpital. On peut y entendre des propos discriminatoires, racistes et d’une rare violence à son endroit.
« Esti d’épaisse de tabarnouche... C’est mieux mort, ça. As-tu fini de niaiser... câlisse ? » ont notamment maugréé une infirmière et une préposée, qui ont ensuite été congédiées.
« Faire la lumière »
Jean-François Bertrand, l’avocat qui représente la famille, entend utiliser « tous les recours » que la loi met à sa disposition « pour faire toute la lumière » sur la mort de la femme de 37 ans.
« On va frapper fort », a-t-il lancé.
Un recours en dommages et intérêts sera entre autres intenté contre le Centre hospitalier régional de Lanaudière et les membres du personnel impliqués, mais aussi, « ceux qui étaient complices par leur silence ».
« Justice pour Joyce ! Justice pour mes enfants ! Justice pour ma nation attikamek ! » a réclamé M. Dubé, dans un cri de colère.
Une plainte aux autorités policières, que l’avocat et le chef de la communauté attikamek de Manawan, Paul-Émile Ottawa, espèrent voir aboutir à des accusations criminelles, sera également déposée.
« Je suis ici pour ma femme Joyce et ses sept enfants, qui ne la reverront plus jamais. Car ce sont eux les plus grands perdants », a déploré le père endeuillé.
Un traitement différent ?
Me Bertrand demandera aussi la tenue d’une enquête publique entourant le traitement réservé aux membres de la communauté autochtone à ce centre hospitalier.
« C’est quoi le problème à l’hôpital de Joliette ? » a-t-il demandé.
« Je suis convaincu que ma conjointe est décédée parce que le racisme systémique a contaminé l’hôpital de Joliette. Il a tué ma conjointe, a fait valoir M. Dubé. Elle a eu droit à des commentaires dénigrants qui démontrent encore une fois que nous sommes traités différemment, nous, les Autochtones. »