Le réveil tardif, brutal, mais essentiel du Canada

Josée Legault
Le Canada ne sera plus jamais le même. Son image tronquée de nation immaculée vole en éclats. Je le redis parce que le tournant est majeur. Le réveil est brutal, tardif, mais essentiel.
C’est le prix à payer pour l’horrible découverte de tombes anonymes où sont enterrés des milliers d’enfants autochtones jadis martyrisés dans plus d’une centaine de soi-disant « pensionnats » à travers le pays.
D’une mer à l’autre, le coup porte. Même la fête du Canada s’est déroulée sous le sceau du deuil et de la réflexion. Dans plusieurs villes, dont Montréal, Autochtones et Allochtones ont marché ensemble.
Ensemble par solidarité. Ensemble pour commémorer ce que l’on savait pourtant déjà. Soit que des gouvernements canadiens ont été les artisans de politiques racistes et génocidaires visant les Premières Nations.
Un de leurs principaux outils était ces mêmes 139 « pensionnats » de la mort. Financés par le fédéral et gérés en toute complicité jusqu’aux années 1990 par des ordres religieux, catholiques pour la plupart.
Avec ses 12 pensionnats, dont le dernier ferma ses portes en 1991, le Québec n’y a certes pas échappé. Ce qu’il faut savoir avant tout est ceci.
Prolongement de la loi raciste sur les Indiens
Au Canada et dans la société elle-même, ces « pensionnats » étaient le prolongement conséquent de la loi fédérale sur les Indiens de 1876. Laquelle était l’incarnation législative d’une longue histoire du colonialisme à travers les Amériques.
Tenter de le nier serait faire offense à une vérité historique. Dans tout ce qui s’en dit, la Société historique du Canada (SHC), dont 650 historiens sont membres, l’aura expliqué le plus clairement.
Dans un long communiqué, elle rappelle « la longue histoire de violence et de dépossession des peuples autochtones » qui « justifie pleinement l’emploi du mot génocide ».
Le génocide, note-t-elle, « a été désigné pour la première fois comme un crime de droit international en 1946 par les Nations unies, dans le sillage immédiat de l’Holocauste ». Je répète : « un crime de droit international ».
Selon la SHC, de ce crime lourdement documenté, il en ressort également ceci. Des pensionnats aux nombreuses « femmes et filles autochtones assassinées ou disparues », « le fardeau des politiques génocidaires du Canada est disproportionnellement tombé sur les femmes et les enfants autochtones ».
Briser le cycle historique
D’où sa conclusion chirurgicale : « Notre incapacité, en tant que société, à reconnaître cette histoire pour ce qu’elle est, et les façons dont elle se perpétue dans le présent, a servi à perpétuer la violence. Il est temps pour nous de briser ce cycle historique. Nous encourageons les Canadiens à reconnaître cette histoire pour ce qu’elle est : un génocide. »
Comme je l’écrivais mardi, seuls la vérité et des gestes réparateurs concrets posés par nos gouvernements pourront mener à une pleine réconciliation. Les Premières Nations la souhaitent et l’attendent encore.
Pour tous ses morts, ses survivants traumatisés et les politiques racistes qui, de toutes les manières inimaginables, ont cherché à les effacer, n’échouons pas cette fois-ci. La réflexion nationale est vitale, mais il nous faudra surtout agir dans un réel esprit de réparation. Le réveil actuel peut et doit se faire fertile pour l’avenir.