Le TAL décrète une hausse moyenne de 5,9% pour 2025
La ministre suggère aux locataires en difficulté financière de... déménager

Martin Jolicoeur
Les locataires du Québec craignaient le pire et ils l’auront obtenu. Le Tribunal administratif du logement (TAL) vient de fixer à 5,9% le taux moyen d’augmentation suggéré pour les logements non chauffés au Québec, un record de plus de trente ans.
«Nous sommes consternés par l’ampleur des hausses suggérées», a réagi à chaud Jonathan Carmichael, du Bureau d’animation et information logement (BAIL) du Québec métropolitain.
L’an dernier, en 2024, le TAL (anciennement la Régie du logement) avait fixé ce taux à 4%, soit presque le double de l’année précédente (2,3%).
Extrêmement préoccupant
«Dans le contexte où les logements ont déjà fait l’objet d’augmentations records ces dernières années, on ne peut que s’inquiéter, poursuit M. Carmichael. Pour nous, comme pour des centaines de milliers de ménages partout au Québec, tout cela est extrêmement préoccupant.»
Suivant les nouvelles grilles de calculs diffusées lundi par le TAL, les locataires d’un logement non chauffé (par le propriétaire) de 1000$ par mois peuvent donc s’attendre à se voir imposer un nouveau loyer de 1059$ par mois, à compter de juillet. On parle d'une augmentation de 59$ par mois ou de 696$ pour l'année.

Cette augmentation, précise-t-on, ne tient pas compte des variations des taxes municipales et scolaires ou des travaux majeurs dont un logement a pu faire l’objet en cours d’année. Jugeant la situation «délicate», la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) conseille à ses membres d’engager une bonne communication avec leurs locataires.
«C’est vraiment catastrophique, en particulier dans un quartier d’immigration comme le nôtre où plus de 75% de la population [33 000 habitants] est locataire, a réagi Amy Darwish, du Comité d’action de Parc-Extension, à Montréal. Malheureusement, ces taux vont assurément continuer de précariser les locataires et fragiliser leur maintien dans leur logement.»
La CAQ suggère de déménager
À l’avant-scène de la lutte pour des logements abordables au Québec, le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ) réclame du gouvernement de François Legault qu’il décrète au plus vite un gel des loyers. Une suggestion qu’a rejetée le gouvernement.

Interpellée, la ministre de l’Habitation, France-Élaine Duranceau, a reconnu qu’il s’agissait d’une situation «difficile» pour plusieurs locataires.
Pour autant, Québec n’entend pas leur venir en aide ni demander au TAL de revoir son évaluation. «La vraie solution à toute cette crise-là d’"inabordabilité", c’est d’augmenter l’offre de logements», a-t-elle répété, comme elle le fait depuis deux ans.
À défaut de mieux, la ministre leur suggère entre-temps de se tourner vers leurs offices d’habitation locaux pour les «aider à trouver des logements qui sont plus abordables».
Fait saillant: Au Québec, le locataire a le droit de refuser l’augmentation de loyer soumise par le propriétaire (locateur). Lorsque les deux parties n’arrivent pas à s’entendre, le locateur doit, dans le mois qui suit le refus du locataire, s’adresser au Tribunal pour faire une demande de modification du bail.
– Avec Patrick Bellerose, Bureau parlementaire
Hausse des loyers (augmentation de base pour logement non chauffé)
2020 +1,20%
2021 +0,80%
2022 +1,28%
2023 +2,30%
2024 +4,00%
2025 +5,90%
Source: Tribunal administratif du logement (TAL)
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