Le trophée de la résilience

Leylah Fernandez remporte le deuxième titre de sa carrière après avoir sauvé cinq balles de match en finale

Trophée en mains, Leylah Fernandez célèbre son deuxième titre en deux ans au tournoi de Monterrey, remporté dimanche soir.
Trophée en mains, Leylah Fernandez célèbre son deuxième titre en deux ans au tournoi de Monterrey, remporté dimanche soir. Photo courtoisie, Tournoi de Monterrey / Rolando Castillo
Photo portrait de Jessica Lapinski

Jessica Lapinski

2022-03-07T01:45:36Z
2022-03-07T05:37:01Z

C’est grâce à la force de caractère qui la caractérise depuis le début de sa carrière que Leylah Fernandez a remporté son deuxième titre de la WTA, dimanche. La Québécoise a dû effacer pas moins de cinq balles de championnat avant de pouvoir soulever à nouveau le trophée à Monterrey. 

• À lire aussi: Tennis: le Canada ne sera pas des finales de la Coupe Davis

Cette victoire de 6-7 (5), 6-4 et 7-6 (3) aux dépens de la Colombienne Camila Osorio permet à la Québécoise de défendre ce titre acquis il y a un an et les précieux points au classement qui l’accompagnent.

Mais comme l’indique le pointage, cette finale, disputée en près de trois heures, fut loin d’être une ballade dans le parc pour la championne défendante. À 6-5, manche ultime, Osorio a eu quatre occasions de mettre un terme à la rencontre. Elle en avait eu une autre un peu plus tôt, au neuvième jeu. 

Cette cinquième balle de match, Leylah l’a d’ailleurs effacée dans d’étranges circonstances. L’intensité des lumières dans le stade mexicain avait subitement baissé au plein milieu de l’échange précédent. 

La deuxième favorite a perdu le point, mais a plaidé sa cause à l’arbitre, demandant même à voir le responsable des officiels. Elle jugeait que ce changement de luminosité l’avait embêtée. 

Publicité

Sa requête fut veine et Osorio, classée cinquième favorite et 44e mondiale, a encore une fois eu le titre au bout de sa raquette. Il a fallu que Fernandez attende une vingtaine de minutes, le temps que l’éclairage revienne totalement, pour servir à nouveau.

Malgré l’attente, la joueuse de 19 ans n’a pas tremblé. Elle a remporté ce point, puis le suivant, transportant les deux joueuses dans un bris d’égalité qu’elle a dominé. 

Une longue accolade 

Très émue, la championne du jour a brandi le poing à plusieurs reprises une fois son sacre confirmé. Il y a un an, lors de son premier couronnement, la gauchère s’était dite attristée d’avoir gagné en l’absence de sa famille.

Leylah Fernandez célèbre un point remporté en finale à Monterrey.
Leylah Fernandez célèbre un point remporté en finale à Monterrey. Photo courtoisie, Tournoi de Monterrey / Rolando Castillo

Mais cette fois, elle a pu grimper dans les estrades afin de retrouver son papa, Jorge, qu’elle a étreint longuement. 

Leylah a d’ailleurs ravalé ses larmes quand elle a remercié son père, « son entraîneur et son meilleur ami », pour son soutien tout au long de la dernière semaine, lors de son discours sur le terrain. 

Une allocution que la Québécoise a faite entièrement en espagnol, l’une des trois langues qu’elle maîtrise, avec le français et l’anglais. 

Elle tirait de l’arrière

Ces cinq balles de championnat effacées n’ont pas été l’unique démonstration de la force de caractère de Fernandez dans cette confrontation. Une volonté de gagner que plusieurs ont découvert lors des derniers Internationaux des États-Unis, lorsque la Lavalloise d’origine a éliminé quatre favorites avant de s’incliner en finale. 

Publicité

Après avoir perdu une première manche qu’elle menait pourtant 4-1, la petite joueuse a rebondi au deuxième set. Elle a bien laissé filer un de ses deux bris d’avance, mais est cette fois parvenue à stopper l’hémorragie pour créer l’égalité dans le match. 

Leylah a ensuite tiré de l’arrière 3-1, puis 4-2 dans cette manche ultime. Il faut dire qu’à l’instar de sa rivale du jour, Osorio, 20 ans, s’est aussi avérée être une tenace compétitrice. Elle s’est notamment offert 15 occasions de prendre le service de Fernandez et a réussi quatre fois. 

Leylah Fernandez salue au filet son adversaire en finale, la Colombienne Camila Osorio.
Leylah Fernandez salue au filet son adversaire en finale, la Colombienne Camila Osorio. Photo courtoisie, Tournoi de Monterrey, Rolando Castillo

Voilà donc Fernandez championne à nouveau, dans un tournoi qui, manifestement, lui sied bien. Ce titre lui permet de devenir la Québécoise la plus titrée dans l’histoire de la WTA. Aleksandra Wozniak (Stanford, 2008) et Eugenie Bouchard (Nuremberg, 2014) sont les deux autres joueuses de la province à y avoir été couronnées. 

Il lui permet aussi de s’enrichir de quelque 40 000 $ et de demeurer 21e au classement mondial, très près d’une place parmi les 20 meilleures. 

Mais surtout, il confirme que la bonne forme affichée pendant la quinzaine new-yorkaise, en septembre, n’était pas le fruit du hasard.  

Enfin une victoire devant son papa 

La diffusion télévisée de la finale de Monterrey a donné droit à un moment chargé en émotions, quand Leylah Fernandez est montée dans les estrades afin d’aller célébrer ce titre avec son père et entraîneur, Jorge. 

Publicité

Les deux complices se sont longuement étreints. Les mots n’étaient pas nécessaires. Enfin, ils pouvaient célébrer ensemble le fruit de leur travail et de leurs sacrifices des dernières années. 

Car il y a un an, quand la Québécoise a remporté le premier titre de sa carrière à ce même tournoi, ses proches n’y étaient pas. 

Son père, qui ne se déplace pas avec sa protégée à chaque tournoi, était aussi absent de la finale des Internationaux des États-Unis qu’elle a disputée en septembre dernier. 

« On s’est regardé les yeux dans les yeux. Je pense qu’à ce moment, on n’avait pas besoin de parler. On réalisait qu’on avait accompli ce que très peu de gens peuvent faire », a-t-elle expliqué après sa victoire. 

« J’étais triste de ne pas avoir ma famille avec moi l’an dernier, car j’aime célébrer avec mon entourage. D’avoir mon père ici, c’est très spécial. J’espère pouvoir gagner plusieurs autres titres devant lui », a poursuivi la championne. 

Sa raquette à une fan

La 21e mondiale s’est aussi dite heureuse d’avoir pu célébrer ce triomphe devant public, et non à huis clos en raison de la pandémie de COVID-19. Elle l’a dit à maintes reprises par le passé, elle carbure à l’énergie de la foule, comme ce fut le cas au dernier US Open. 

Fernandez s’est d’ailleurs montrée particulièrement généreuse envers les spectateurs hier, multipliant les « selfies » après le match et offrant sa raquette à une fan qui était émue aux larmes. 

Questionnée à savoir ce qui la rendait si à l’aise à ce tournoi où elle revendique maintenant deux titres, la Québécoise n’a pas hésité : « c’est la foule et son énergie ». 

Du Subway pour célébrer

Avant de prendre le chemin de la Californie pour disputer le tournoi d’Indian Wells à compter de mercredi, la joueuse de 20 ans n’avait qu’un souhait. Trouver un Subway à Monterrey, « son restaurant préféré, surtout après un dur match », pour célébrer avec son entourage. 

Mais le hic, c’est que la Lavalloise n’en a croisé aucun depuis son arrivée dans la ville mexicaine. Qu’importe, Leylah se disait déterminée à trouver un endroit pour fêter avec les siens cette victoire durement acquise.


Grâce à ce triomphe, Leylah Fernandez montre maintenant une fiche de 2-2 en finale sur le circuit de la WTA. Elle a échappé deux manches dans sa route vers le titre et son dossier en carrière à Monterrey est de 12 victoires contre un seul revers.

À VOIR AUSSI  

Publicité