Pire journée de la pandémie à Québec: le «virus est un peu partout maintenant»
La Santé publique demande aux citoyens d’être vigilants afin de réduire la propagation du virus

Jérémy Bernier
La deuxième vague de COVID-19 tant redoutée semble frapper à nos portes alors qu’on observe une flambée des cas au Québec, dont dans la région de la Capitale-Nationale qui a enregistré sa pire journée depuis le début de la crise sanitaire.
Depuis la fin du mois d’août, les cas positifs recensés du nouveau coronavirus n’ont cessé de grimper en flèche dans la province. Lundi, on dénombrait d’ailleurs plus de 200 cas (216) pour une deuxième journée consécutive, événement qui ne s’était pas reproduit depuis le 7 juin.
Si la région de Québec avait été relativement épargnée jusqu’à présent, la COVID-19 semble bien décidée à s’y installer pour lancer le deuxième round.
En trois jours, pas moins de 113 cas ont été observés sur le territoire, dont 51 dans les 24 dernières heures, une première depuis le début de la pandémie. Le précédent record s’élevait à 46 cas, le 9 mai dernier. Montréal, pour sa part, compte 63 nouveaux cas.
- Écoutez l'entrevue de Cécile Tremblay, microbiologiste et infectiologue au CHUM, au micro de Pierre Nantel à QUB radio:
«Nous en sommes maintenant convaincus, le virus circule plus qu’il ne le faisait il y a un mois. [...] C’est l’évidence même, il est un peu partout maintenant», affirme le Dr Jacques Girard, directeur intérimaire de santé publique de la Capitale-Nationale.
Le Dr Girard invite les citoyens à limiter leurs contacts dans les prochaines semaines «afin de limiter la contagion et les tristes conséquences».

Les aînés ciblés à nouveau
La fin des éclosions dans les milieux d’hébergement de Québec, qu’on a annoncée il y a moins d’une semaine, n’aura finalement pas duré bien longtemps.
La situation a empiré drastiquement à la résidence Place Alexandra de Beauport durant le week-end. Alors que la santé publique annonçait avoir décelé quatre cas samedi, ce sont désormais 25 aînés et un employé qui sont infectés.
- Écoutez la chronique de Rémi Nadeau, chef du Bureau parlementaire à Québec pour Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec, à QUB Radio:

Des éclosions ont également été observées dans les derniers jours à la résidence Clairière du Boisé (6), au centre d’hébergement Louis-Hébert (2) et à la résidence Kirouac (3).
En Beauce, la résidence Le Saint-Guillaume, située à Saint-Georges, compte à présent 14 individus déclarés positifs au nouveau coronavirus.
Tandis qu’à Montréal, une éclosion causée par un serveur malade a mené au décès d’une deuxième personne à la résidence Verger de Saint-Jérôme, où on dénombre maintenant 19 résidents et six membres du personnel atteints.
Propagation communautaire
Le bilan n’est guère plus reluisant dans les bars de la Vieille Capitale. La microbrasserie La Souche, à Limoilou, compte maintenant sept cas, tandis que Le Kirouac, dans Saint-Sauveur, est maintenant responsable de 63 cas directs et 18 autres secondaires, notamment dans quatre écoles.
D’ailleurs, treize établissements scolaires de la région sont à présent ciblés par des mesures d’isolement puisqu’au moins une personne ayant la COVID-19 a fréquenté ces milieux.
— Avec la collaboration de Dominique Lelièvre, Nora T.-Lamontagne et l’Agence QMI
Les rassemblements estivaux montrés du doigt

La Santé publique estime que «la hausse significative» des cas quotidiens à Québec est due aux rassemblements estivaux où les mesures sanitaires n’étaient pas nécessairement toujours respectées.
«Les gens se sont fréquentés autour du barbecue, il y a eu des retrouvailles, les chalets, etc. Est-ce qu’on respectait toujours le 2 mètres? Ça dépend de tout un chacun. Là, l’été se termine et on s’aperçoit qu’il y a une hausse de cas très significative. Cette hypothèse [voulant que les rassemblements aient causé une flambée des cas] tient la route», lance le directeur de santé publique par intérim de la Capitale-Nationale, le Dr Jacques Girard, dans une entrevue téléphonique accordée au Journal.
«On pense pouvoir contrôler la transmission. On s’attendait à ce qu’il y ait une augmentation des cas, mais on pensait que ça allait arriver plus vers la fin septembre. Mais, de manière générale, on est prêt», affirme-t-il, se voulant rassurant.
Pas la 2e vague
Par ailleurs, le Dr Girard assure qu’il ne s’agit «pas encore» de la deuxième vague puisqu’il n’y a pas assez de personnes infectées dans la communauté. Il explique que les éclosions font gonfler le nombre de cas «de façon temporaire».
«Si on se retrouvait avec des cas aussi nombreux, mais sans éclosion, là on serait inquiet. Pour le moment, ce n’est pas encore le cas. Tant que ça reste limité, on est capable de faire face à la musique.»
Appréhension
Toutefois, ce n’est pas pour autant qu’il faut se relâcher. Aux personnes qui prennent cette augmentation des cas à la légère en soulignant qu’il y a peu d’hospitalisations (7) dans la Capitale-Nationale, le Dr Girard lance une mise en garde.
«Les hospitalisations surviennent généralement 10 à 12 jours après le fait d’avoir contracté la COVID-19. Je ne veux pas être un prophète de malheur [...], mais on s’attend à ce qu’il y en ait plus dans les prochaines semaines avec les cas de personnes vulnérables, on appréhende ça», conclut-il.
Un nombre de cas clairement en hausse

Au cours de la dernière semaine, les nouveaux cas de COVID-19 ont grimpé en flèche, portant le total des individus infectés à 63 713 au Québec depuis le début de la pandémie. Le gouvernement du Québec a recensé un décès entre le 31 août et le 5 septembre, portant le total à 5770 décès.
Un gros manque de préparation
Des préposés qui voulaient prêter main-forte dans les CHSLD dénoncent le manque de préparation dans les formations. «Je suis quasiment en choc post-traumatique de ce que j’ai vu», s’exclame Anny Portelance. Après une formation théorique, elle a amorcé la pratique dans un CHSLD de Laval qu’elle préfère ne pas identifier.
Une préposée d’expérience lui a demandé de déplacer seule un résident paraplégique à l’aide d’un lève-personne. «La personne [...] était branchée de partout ! En plus de devoir [la] mettre dans le lit et de lui faire sa toilette... C’est paniquant, tu ne peux pas assimiler tout ça en l’espace de cinq minutes», explique-t-elle.
Selon Renzo Chero, formateur au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, plusieurs préposés doivent même s’improviser professeurs à cause des lacunes.
Une rentrée scolaire difficile
Treize établissements scolaires de la Capitale-Nationale sont ciblés par des mesures d’isolement puisqu’au moins une personne infectée à la COVID-19 a fréquenté ces milieux.
Toutefois, puisque ces écoles ne sont pas considérées comme étant en éclosion, elles demeureront ouvertes.
Des cas du nouveau coronavirus recensés dans quatre écoles sont directement liés à la soirée karaoké du 23 août au bar Le Kirouac, situé dans le quartier Saint-Sauveur.
Également, une vingtaine d’enfants fréquentant le CPE Seigneuriale sont actuellement en isolement puisque le parent d’un d’entre eux a contracté le virus.
5 M$ en contraventions

Les cinq millions de dollars générés depuis le début de la pandémie par les contraventions liées au non-respect des mesures sanitaires serviront à apporter un soutien supplémentaire aux organismes venant en aide aux victimes d’actes criminels.
Jusqu’à maintenant, plus de 3000 constats d’infraction de 1000 $ à 6000 $ ont été distribués aux citoyens au cours des derniers mois, notamment lors de rassemblements illégaux.
Si le tiers de ces amendes est déjà contesté, le ministre de la Justice assure que les montants seront disponibles et équivalents aux 5 M$.
Les écoles visées par des mesures d’isolement

- Polyvalente de Charlesbourg (Charlesbourg)
- École secondaire Jean-de-Brébeuf (Cité-Limoilou)
- École primaire Jules-Émond (Val-Bélair)
- École primaire Les Prés-Verts (Lebourgneuf)
- École secondaire de Neufchâtel (Neufchâtel)
- École primaire des Hauts-Clochers (L’Ancienne-Lorette)
- École primaire du Cap-Soleil (Charlesbourg)
- École primaire La Grande-Hermine (Cité-Limoilou)
- École primaire Dominique-Savio (Cité-Limoilou)
- École primaire Saint-Claude (Des Châtels)
- École primaire du Beauséjour (Saint-Émile)
- Centre de formation professionnelle Louis-Jolliet (Cité-Limoilou)
- École Jeunes-du-Monde (Cité-Limoilou)
Une hausse marquée depuis 10 jours dans la Capitale-nationale
- 253 nouveaux cas depuis le 29 août seulement
- 234 nouveaux cas du début de l’été au 28 août
Source : Selon une compilation effectuée par Le Journal à partir des données du CIUSSS de la Capitale-Nationale.