Le virus se sentait comme chez lui

Photo portrait de Richard Martineau

Richard Martineau

2021-03-14T09:00:00Z

Un virus fonctionne comme un voleur qui veut entrer par effraction dans une maison.

Il zigonne après chaque porte jusqu’à ce qu’il en trouve une qui n’est pas verrouillée, et il pénètre.

La porte déverrouillée peut être l’âge avancé de la personne, ses problèmes de santé ou la faiblesse de son système immunitaire.

LES PIEDS SUR LE POUF

La pandémie agit exactement de la même façon.

Mais au lieu d’essayer d’entrer dans un corps, elle essaie de pénétrer une société.

Elle zigonne après chaque porte jusqu’à ce qu’elle en trouve une qui n’est pas verrouillée, et elle entre. 

Or, des portes débarrées, au Québec, il y en avait beaucoup. La pandémie avait l’embarras du choix.

Notre réseau de CHSLD, qui était le maillon faible de notre système de santé. 

Le vieillissement de la population.

L’absence quasi totale de soins à domicile. 

L’abandon – pour ne pas dire le sabotage, pour reprendre le terme utilisé par Amir Khadir – de notre industrie pharmaceutique, qui nous a rendus hyperdépendants des autres pays pour tout ce qui touche les vaccins. 

Un système de santé obèse et hypercentralisé qui fait que les dirigeants sont complètement déconnectés de ce qui se passe sur le terrain (« Des travailleurs de la santé qui passent d’un CHSLD à l’autre ? Mais il n’y en a pas, voyons ! »). 

Publicité

Le fait que nous ne contrôlons pas nos frontières. 

Notre orgueil (pour ne pas dire : notre nationalisme) mal placé qui nous empêchait de voir ce qui fonctionnait dans d’autres provinces. 

Etc.

Résultat : la pandémie est entrée au Québec comme un couteau chaud dans du beurre.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Deux minutes après son entrée par effraction, elle se sentait chez elle. Elle s’est versé un gin tonique, s’est écrasée sur le divan et a mis les deux pieds sur le pouf. 

L’HEURE DES BILANS

Bientôt, très bientôt (cet automne, qui sait ?), tout cela sera derrière nous. 

On reprendra possession de notre maison et on sacrera le virus dehors à coups de vaccins. 

Sonnera alors l’heure des bilans.

Au-delà des règlements de compte et de la chasse aux coupables, l’important sera de tirer les leçons qui s’imposent de cette crise. 

Afin d’être mieux préparés lorsque le prochain voleur tentera de nouveau de rentrer. 

Car s’il y a une chose qui est sûre, c’est qu’il y aura un prochain voleur.

Plus gros, plus fort et plus tenace. 

Espérons que, cette fois, il ne trouvera aucune porte déverrouillée ni aucune fenêtre brisée. 

LA MARCHE DES INSOUMIS

Un mot en terminant sur la « marche des insoumis » d’hier qui a rassemblé des milliers de personnes dans les rues de Montréal. 

La fin arrive. On commence à vacciner les gens de 65 ans et plus. 

La pandémie est en train de s’endormir dans le salon. Elle cligne des yeux, dodeline de la tête.

Quelques semaines encore, et elle est faite comme un rat.

Je comprends que les gens soient écœurés, fatigués, déprimés, à boutte.

Mais on veut vraiment se remettre à faire le party ?

Regardez ce qui se passe en Italie, ils doivent tout reconfiner. 

Ça vous tente de revenir à la case départ ? 

Publicité