Quand le confinement provoque des chicanes de voisins

PHOTO D'ARCHIVES, JOËL LEMAY (AGENCE QMI)

Samuel Pradier

2021-03-06T09:00:00Z

Si le mode de vie de nos voisins ne nous dérange souvent pas en temps normal, les choses peuvent être différentes en période de confinement, alors que tout le monde est coincé à la maison. Dans la dernière année, plusieurs ont, étonnamment, dû aiguiser leur patience... alors même qu’on ne pouvait plus voir personne!

Membre d’une copropriété de plusieurs immeubles de trois étages sur la Rive-Sud de Montréal, Christian Bureau (nom changé à la demande de l’intéressé) a connu l’enfer dès le début du confinement, en mars 2020.

«Il y a eu plusieurs cas de disputes entre voisins dans la copropriété, mais le plus grave est certainement le mien, a-t-il raconté. Il faut savoir que, dans la vie normale, les gens quittent leur appartement le matin pour aller au travail et reviennent le soir. On n’a donc pas conscience de ce que nos voisins retraités ou étudiants font dans la journée. Quand tout le monde est confiné, ça change la donne.»

Sport bruyant

Au-dessus de l’appartement de Christian vivait une étudiante très sportive. La fermeture des gyms a empêché la jeune femme de s’entraîner autant qu’elle le voulait.

«Nos modes de vie étaient déjà difficilement compatibles avant, mais avec le confinement, c’est devenu impossible. Elle s’est mise à faire son entraînement, tous les matins, au-dessus de ma tête, avec des sauts à la corde et des poids qu’elle laissait tomber bruyamment sur le plancher.»

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Pendant ce temps, Christian essayait d’enchaîner les réunions virtuelles pour son travail.

«Le syndic [de la copropriété] lui a demandé d’aller faire son gym à l’extérieur, mais elle a ensuite décidé de faire des rénovations. Les travaux, réalisés par des membres de sa famille, ont duré deux semaines. Le pire, c’est qu’elle recevait aussi régulièrement des amis. Je peux confirmer qu’elle a organisé pas mal de "partys" alors que les rassemblements étaient interdits!»

L’impossibilité de communication et la venue des policiers à plusieurs reprises ont envenimé la situation, qui s’est finalement réglée avec le départ de la jeune femme, qui a vendu son condo.

«Que ce soit en temps de confinement ou pas, quand il y a un problème de voisinage, il y a souvent une accumulation de frustrations et un sentiment d’impuissance», résume Lise Tremblay, médiatrice sociale chez Trajet OJA, un organisme de justice alternative.

«Quand ça s’accumule, il y a un bris de communication entre voisins.»

La parole bienfaitrice

Avant de prendre les grands moyens, comme un appel à la police, la communication est souvent la solution la plus rapide.

«Parler avec son voisin est la bonne chose à faire, explique Lise Tremblay. Mais il faut le faire au bon moment, avec le bon ton, tout étant en contrôle de ses émotions. On initie la démarche de manière posée. »

C’est exactement ce qu’a fait Sylvie Gariépy, qui habite dans un immeuble à logements du quartier Ahuntsic.

«Grâce au télétravail, j’ai pu aller passer plusieurs mois au chalet de mon frère. Pendant ce temps, une nouvelle locataire s’est installée dans l’appartement au-dessus», raconte Sylvie Gariépy.

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À son retour chez elle, elle a constaté que le bruit de la nouvelle voisine était intolérable.

«Je commence à travailler très tôt, alors que ma voisine profitait de ses nuits pour faire la vaisselle, son ménage et son lavage.»

Après plusieurs semaines difficiles, Sylvie a pris son courage à deux mains pour aller parler à sa voisine.

«Elle était vraiment désolée. Comme personne ne lui avait rien dit depuis son installation en juillet, elle pensait que mon logement était vide et elle ne faisait pas attention. On a pu se parler, et maintenant, le bruit est beaucoup plus tolérable. J’entends qu’elle fait attention.»

Je ne supporte plus mon voisin! Je fais quoi? 

Le premier réflexe est d’aller lui parler. L’idéal est de lui demander un rendez-vous à sa convenance pour parler du problème. Si vous ne savez pas comment aborder la question, il est possible de demander l’aide d’un médiateur citoyen, un service gratuit.

«On va pouvoir accompagner la personne pour qu’à travers nos questions, elle puisse bâtir son discours, trouver les éléments à dire, et réfléchir à des pistes de solutions, détaille Lise Tremblay, de Trajet OJA. Dans un conflit de voisinage, il n’y a pas de solution magique. Ça prend de la bonne foi et de la collaboration. Et il faut s’en occuper rapidement, avant que la situation se cristallise.»

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