Mort de Joyce Echaquan: une des employées congédiées témoigne
Charel Traversy
Une des deux employées du centre hospitalier de Joliette congédiées après la mort de Joyce Echaquan en septembre dernier témoignait mercredi lors de l’enquête publique.
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Une infirmière et une préposée aux bénéficiaires avaient été filmées en train d’insulter la mère de famille de 37 ans dans une vidéo diffusée en direct sur Facebook.
La coroner Géhane Kamel a demandé qu’on présente la vidéo en salle d’audience pour confronter le témoin, qui mentionnait que ses propos envers la victime étaient «bienveillants».
C’est un «exercice difficile, mais nécessaire», a lancé la coroner à la famille de Joyce Echaquan. Les proches de la victime ont tenu à rester dans la salle pendant ces longues minutes où la vidéo jouait. Les cris de la dame et les propos des employés ont bouleversé la famille, qui pleurait.
On entend la préposée aux bénéficiaires dire : «On va la laisser par terre un peu», tandis que Joyce Echaquan venait de tomber de sa civière pour une deuxième fois. Elle poursuit en disant : «Qu’est-ce que tes enfants vont penser de toi?»
«Le ton que vous utilisez est plein de jugement», a lancé la coroner au témoin. Elle a par la suite invité la préposée à regarder la définition du mot «infantilisant» dans le dictionnaire.
Dans les minutes qui ont suivi la vidéo, Joyce Echaquan a été mise sous contention et laissée seule sans surveillance pendant de nombreuses minutes.
Des lacunes ont par ailleurs été soulevées concernant la journée du 28 septembre à l’urgence de Joliette. Une candidate à l’exercice de la profession d’infirmière (CEPI) avait neuf patients à sa charge sans mentorat auprès d’elle. Elle aurait tenté de faire transférer la patiente en réanimation et on lui aurait refusé.
«Une CEPI à l’urgence, ça n’a pas sa place. Un patient instable, on ne peut pas l’avoir à notre charge», a-t-elle avoué lors des audiences publiques.
Une préposée tente de comprendre
En matinée, une autre préposée aux bénéficiaires est revenue sur la journée du 28 septembre. Huit mois plus tard, elle tente toujours de comprendre ce qui s’est passé.
Elle a raconté que lorsqu’elle avait vu Joyce Echaquan pour la première fois, elle marmonnait beaucoup, mais collaborait quand le personnel lui a administré une injection.
Quand elle est retournée dans sa chambre quelques minutes plus tard, Mme Echaquan était attachée au lit au niveau des poignets et des chevilles.
Une infirmière paniquée criait: «elle nous a filmées sur Facebook, j’ai tout effacé».
La préposée a indiqué qu’elle ne comprenait pas sur le moment ce qui s’était passé, mais que par la suite, elle avait avisé une supérieure que ses collègues avaient été filmées.
L’employée a ajouté qu’elle n’avait revu la patiente que près d’une heure plus tard, car l’avant-midi avait été très occupé à l’urgence de l’hôpital de Joliette.
Joyce Echaquan était alors en salle de réanimation, avec sa fille à ses côtés.
Visiblement encore ébranlée par les événements, la femme a fait savoir qu’elle avait tout fait pour sauver la vie de la mère de famille.
Elle a aussi lancé un message à la communauté atikamekw, disant espérer que les choses s’améliorent.
«Ce n’est pas normal que quelqu’un ait peur de se faire soigner», a-t-elle lancé en ajoutant qu’elle était désolée de cela.