«Mauvaise collecte des données», mauvaise réaction canadienne à la COVID-19, disent des experts
Guillaume Théroux
Bientôt six mois, jour pour jour, après la déclaration de pandémie par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), des experts croient mieux comprendre les raisons derrière les différences statistiques reliées à la COVID-19 d’un pays à l’autre.
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La réaction canadienne à la propagation du coronavirus pourrait expliquer pourquoi le pays nord-américain a été autrement plus affecté par la transmission de la COVID que deux autres pays du Commonwealth, soit l’Australie et la Nouvelle-Zélande, mais beaucoup moins que le Royaume-Uni.
Cette réponse initiale a été «coûteuse», d’après le constat de deux professeurs universitaires dans l’article Beyond COVID-19 publié par l’Institut d’administration publique du Canada (IAPC), le 1er septembre dernier.
«Le Canada [...] a échoué à saisir rapidement des chances de devancer la pandémie dans sa réaction initiale», croient Jonathan Craft, professeur de politique publique et de gouvernance à l’Université de Toronto, et John Halligan, professeur dans la même discipline à l’Université de Canberra, en Australie.
La «mauvaise» collecte de données serait en cause. «Elle a mené à de lents dépistages et traçages, disent conjointement Craft et Halligan. Les meilleurs conseils issus des statistiques ont manqué le bateau, faisant penser au gouvernement que le risque de transmission était bas à l’intérieur des frontières jusqu’au début du mois de mars.»
«C’est seulement deux semaines après le début de la transmission communautaire et de la hausse des infections et des décès qu’ont été recommandées des restrictions sociales et économiques à l'échelle du pays», ajoutent les experts.
La méconnaissance canadienne des risques de propagation de la COVID-19 à l’intérieur des frontières a poussé le pays à se concentrer sur le rapatriement des citoyens à l’étranger et sur les bateaux de croisière au lieu de se pencher rapidement sur l’imposition d’un confinement rigoureux et sur des tactiques suppressives, déplorent Craft et Halligan dans leurs commentaires sur l’action gouvernementale face à l’épidémie mondiale.
D’autres erreurs canadiennes?
L’Agence de la santé publique du Canada n’a pas imposé la quarantaine de façon plus stricte, plus vite parce qu’elle croyait à l’origine que de simples mesures d’isolation mettraient moins de pression sur les ressources au front, est-il souligné dans l’article Beyond COVID-19.
Sont aussi montrés du doigt la «disponibilité intermittente de l’équipement de protection personnelle et les mauvaises réactions provinciales aux éclosions dans les établissements pour personnes âgées ainsi que dans certaines industries saisonnières.»
À la mi-avril, François Legault avait admis que le Québec était «mal équipé» pour affronter le coronavirus dans les CHSLD. Le premier ministre du Québec regrettait notamment d’avoir attendu la négociation avec les syndicats pour hausser les salaires des préposés aux bénéficiaires.
Au pire de la pandémie, la plupart des décès de la COVID-19 au Québec étaient enregistrés en CHSLD; jusqu’à une proportion de 85%, selon les données de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) publiées le 20 avril 2020.
Des tactiques australiennes «élaborées»
Autre pays cité dans les commentaires de Craft et Halligan, l’Australie a aussi employé des «tactiques suppressives» et «élaborées» face à la COVID-19, mais a réagi beaucoup plus rapidement, rappellent-ils.
«Le gouvernement a activé le plan d’urgence et déclaré que le nouveau coronavirus ferait l’objet d’une pandémie dès le 27 février, tandis que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne l’a fait que le 12 mars», dit-on.
Infections à la COVID-19 et taux de mortalité en date du 10 août 2020 (Tableau de Beyond COVID-19: Five commentaries on expert knowledge, executive action, and accountability in governance and public administration*)
Canada
Infections: 121 367
Morts: 9028
Létalité: 7,4 %
Décès par 100 000 habitants: 24,36
Australie
Infections: 21 397
Morts: 313
Létalité 1,5 %
Décès par 100 000 habitants: 1,25
Royaume-Uni
Infections: 312 574
Morts: 46 659
Létalité: 14,9 %
Décès par 100 000 habitants: 70,18
Nouvelle-Zélande
Infections: 1569
Décès: 22
Létalité: 1,4 %
Décès par 100 000 habitants: 0,45
*Source: Université Johns Hopkins