Trump menace de fermer le ciel américain aux avions Bombardier et d’imposer des tarifs de 50% sur les avions canadiens
David Descôteaux et Camille Payant
Donald Trump a menacé jeudi d’empêcher les avions construits au Canada, et spécifiquement ceux de Bombardier, de voler aux États-Unis, en réponse à une certification supposément «refusée» par Ottawa pour des avions américains.
• À lire aussi: Un avion Bombardier avec huit personnes à bord s’écrase dans le Maine
• À lire aussi: Trump menace de tarifs douaniers les pays vendant du pétrole à Cuba
Le président américain a aussi brandi, en fin de journée, la menace de droits de douane de 50% sur tous les avions exportés aux États-Unis depuis le Canada.
Dans une publication sur son réseau Truth Social, il a assuré que le Canada refusait de manière «injustifiée, illégale et persistante» d’octroyer cette certification à des avions et jets américains Gulfstream 500, 600, 700 et 800.

Cette affirmation ne correspond toutefois pas à la réalité parce qu’il n’y a eu aucune révocation ni aucun refus formel du côté canadien, selon Mehran Ebrahimi, directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile à l’UQAM.
«Les modèles Gulfstream 400, 350, 500 et 550 ont tous été certifiés. Le G600 est encore en processus, et le G800 vient tout juste d’être lancé. La certification ne se fait pas automatiquement, c’est un processus réglementaire normal», précise-t-il en entrevue avec Le Journal.
À ses yeux, l’argument avancé par Donald Trump ressemble davantage à un prétexte politique qu’à un véritable litige technique, puisque la certification ne peut être retirée qu’en cas d’enjeu majeur de sécurité aérienne.
«Comment peut-on négocier avec un pays dont le président peut changer sa politique commerciale à tout moment sans préavis et sans base juridique claire?» se questionne Guillaume Lavoie, spécialiste des États-Unis et membre associé à la chaire Raoul-Dandurand.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Benoit Dutrizac, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Des conséquences lourdes
Même si la démarche du président américain devait ultimement être invalidée par la justice, les conséquences à court terme pourraient être lourdes. Une suspension temporaire des certifications empêcherait les avions Bombardier de voler aux États-Unis pour toute la durée des procédures judiciaires.
«Le Super Bowl a lieu dans moins de deux semaines, c’est une période clé où de nombreux clients fortunés utilisent des jets privés. Pour Bombardier, l’impact pourrait être très réel», souligne M. Ebrahimi.
«Nous espérons que cette situation sera rapidement résolue afin d’éviter un impact significatif sur le trafic aérien et les passagers», indique l'entreprise québécoise dans un communiqué.

Le marché américain est crucial pour le constructeur aéronautique, d’autant plus que le Canada compte relativement peu de clients pour les jets d’affaires. Les modèles Global et Challenger, assemblés notamment à Montréal, figurent parmi les plus touchés par cette menace.

«Beaucoup de pays commercent ensemble. Mais les États-Unis et le Canada construisent des choses ensemble. C’est une réalité que le président Trump semble ignorer ou mal connaître», précise M. Lavoie.
Le premier ministre canadien avait minimisé lundi de récentes menaces formulées par Donald Trump sur l’imposition de droits de douane à 100%, estimant que cela s’inscrivait avant tout dans une stratégie de négociation commerciale.
Depuis le discours remarqué de Mark Carney au sommet de Davos la semaine dernière, le ton du président américain n’a cessé de se durcir.

«S’il nous fallait une autre preuve que les actions du président Trump peuvent être absolument imprévisibles, en voilà une autre», laisse tomber Guillaume Lavoie.
Les avions d’affaires Bombardier en bref
- La construction du premier modèle Global Express, pointé du doigt jeudi par Donald Trump, a débuté en 1998. La production de cette série s’est terminée en 2006, avec 150 avions construits;
- La série Global a depuis évolué. Les modèles actuels peuvent accueillir entre 16 et 19 passagers;
- Le Global 8000 est l’avion civil le plus rapide du monde depuis le Concorde;
- Les séries Global et Challenger sont construites au Canada. Bombardier y emploie environ 12 200 personnes;
- Au moins neuf avions Global ont été livrés à l’armée américaine au fil des années.
Vous avez des informations à nous communiquer à propos de cette histoire?
Écrivez-nous à l'adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.