Les Jeux de la propagande


Loïc Tassé
Les Jeux olympiques qui commencent cette semaine sont les plus controversés depuis ceux de Berlin en 1936.
Ces Jeux sont organisés par un pays totalitaire, avec à sa tête un gouvernement belliqueux et fier de son régime liberticide. Au moins, en 1980, les Soviétiques ne glorifiaient pas la période stalinienne et le régime s’était assoupli.
Même la Chine des Jeux de Pékin de 2008 n’était pas totalitaire. Elle était autoritaire et elle suivait une trajectoire hésitante vers un allégement du contrôle gouvernemental.
Malheureusement, depuis l’arrivée de Xi Jinping, la Chine a changé de cap.
Le totalitarisme peut être caractérisé par une volonté du gouvernement de diriger totalement la vie des citoyens, jusque dans leur intimité. Cette intrusion empêche non seulement les gens de critiquer le gouvernement, mais aboutit à une terreur quotidienne, dans tous les domaines d’activité.
Propagande intérieure et extérieure
Les Jeux d’hiver de Pékin sont une vaste opération de propagande politique.
Une opération de propagande intérieure d’abord. Xi Jinping, qui était responsable de l’organisation des Jeux de 2008, s’était servi de ce succès comme tremplin vers la présidence.
Les Jeux de 2022 présentent pour lui une opportunité similaire. Très critiqué dans le Parti pour son culte de la personnalité, pour la détérioration de l’image extérieure de la Chine ainsi que pour divers problèmes économiques, Xi voit dans les Jeux une nouvelle occasion de prouver sa valeur et de consolider sa dictature.
À l’externe, l’opération de propagande vise à restaurer l’image de la Chine. Le pays veut étaler sa puissance, sa modernité et son organisation impeccable, en dépit de la pandémie.
- Écoutez la chronique de Loïc Tassé au micro de Benoît Dutrizac sur QUB radio:
Isolés
Contrairement aux jeux de 2008, les journalistes ne pourront pas entrer en contact avec la vraie population.
Les spectateurs seront des soldats en civil, des membres des jeunesses communistes ou des membres en règle du Parti. Tous auront été soigneusement instruits des choses à faire et à ne pas faire, des athlètes à encourager ou à ne pas encourager.
Sous prétexte de COVID-19, le Parti communiste isole la population chinoise réelle. Une bavure est si vite arrivée ! Un geste politique imprévisible d’un athlète, un délire d’applaudissements pour des athlètes d’un pays honni, une contagion de fraternité...
L’essence même des Jeux s’oppose à l’entreprise de contrôle total du gouvernement de Xi Jinping.
La propagande chinoise est déjà à l’œuvre. Ces derniers jours, le gouvernement chinois a accusé les autorités américaines de vouloir saboter les Jeux. Il s’agit d’une frappe préventive destinée à discréditer les États-Unis et à inciter à leur isolement parmi les nations.
Une armada de propagandistes est prête à tirer sur ceux qui critiqueront les Jeux. Des firmes de communication occidentales auraient même reçu de juteux contrats pour soutenir la propagande chinoise.
Malgré les efforts de Xi Jinping, les spectateurs autour du monde risquent surtout de retenir de ces Jeux leur contrôle gouvernemental excessif.