Les PM des provinces ont été reçus à la Maison-Blanche: l'économie du Québec ne sera plus jamais la même, prévient François Legault
Ils ont été invités à la dernière minute par des conseillers de Donald Trump

Marc-André Gagnon
WASHINGTON – Après une improbable réunion des premiers ministres canadiens avec deux proches conseillers de Donald Trump, François Legault a prévenu que l’économie du Québec ne sera plus jamais la même et qu’il faudra faire des concessions, sans pour autant sacrifier nos travailleurs.
Tarifs de 25% à compter du mois prochain ou tarifs combinés de 50% sur l'acier et l'aluminium comme l’entourage du président américain l’a laissé entendre?
À l’issue d’une rare rencontre à la Maison-Blanche pour des premiers ministres de provinces canadiennes, qui a duré environ une heure, M. Legault a avoué qu’il y a «encore du brouillard sur ce que veut exactement M. Trump».
«Notre souhait premier, c'est qu'il n'y a pas de tarifs. [...] Mais on doit se préparer», a dit M. Legault, qui propose des contre-tarifs, le cas échéant.
Pendant que les premiers ministres discutaient avec des conseillers du président américain à la Maison-Blanche, Donald Trump, en signant des décrets au Bureau ovale, a lâché qu’il sera sans merci si jamais le Canada réplique avec des contre-tarifs. «Peu importe ce qu’ils font payer, on leur fait payer», a-t-il menacé en substance.
«Peu importe ce qui arrivera, je pense que l'économie du Québec ne sera plus jamais comme on l’a connue, comme on la connaît actuellement», a constaté François Legault, au terme d’une mission de deux jours dans la capitale américaine, la première de plusieurs à venir, a-t-il averti.
Encore le 51e État
Le chef de cabinet adjoint de Donald Trump, James Blair, a d’ailleurs commenté la réunion avec les premiers ministres provinciaux la qualifiant de «plaisante», dans une publication sur X, en soirée.
Il est toutefois revenu à la charge avec cette idée de faire du Canada le 51e État américain.
«Pour être clair, nous n’avons jamais accepté que le Canada ne devienne pas le 51e État», a-t-il mentionné dans son message après avoir pris connaissance des commentaires du premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby.
Pleasant meeting with the Premiers.
— James Blair (@JamesBlairUSA) February 12, 2025
To be clear, we never agreed that Canada would not be the 51st state. We only agreed to share Premier Eby’s comments.
Further, we said the best way to understand President Trump’s position is to take what he says at face value. @SergioGor https://t.co/gw7jPiBsVh
Ce dernier avait indiqué aux médias que le Conseil de la fédération n’accepterait pas de devenir un État américain.
«De plus, nous avons dit que la meilleure façon de comprendre la position du président Trump est de prendre ce qu'il dit au pied de la lettre», a conseillé M. Blair.
Taxe sur l'aluminium
En marge d’un déjeuner avec ses homologues des provinces, M. Legault a justement suggéré d’imposer aux Américains une taxe sur l’aluminium que le Canada leur exporte, pour le rendre hors de prix.
«Une taxe [...] qui inciterait nos alumineries à exporter en Europe, en Asie, ailleurs dans le monde pour mettre en difficulté le gouvernement américain», a expliqué le premier ministre.
Il a plaidé pour une renégociation rapide de l’accord de libre-échange avec les États-Unis. Mais d’entrée de jeu, il a concédé que l’idée ne plaît pas à tous ses homologues des autres provinces.
«Ça fait partie des discussions. Il y en a qui sont pour, il y en a qui sont contre», a reconnu le chef caquiste.
La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, et son homologue de l’Ontario, Doug Ford, ont plutôt laissé comprendre qu’il faut poursuivre les efforts diplomatiques pour atteindre l’objectif ultime, celui du «zéro tarif».
Or, le ministre fédéral des Finances, Dominic Leblanc, ne croit pas qu’il soit réaliste d’envisager une révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) avant avril.
«Prêt à beaucoup de compromis»
«Est-ce que M. Trump veut renégocier, oui ou non? [...] Nous, on est prêt à beaucoup de compromis dans l’aéronautique, dans la forêt, dans, peut-être, de la sécurité à long terme sur l’aluminium», a évoqué M. Legault en début de journée.
«Quand on dit faire des concessions, je veux dire faire des propositions à long terme», a-t-il précisé en soirée.
«On ne va sacrifier aucun travailleur», a juré M. Legault. «Mais prenez justement l'aluminium : [...] ce que je sens, c'est que les États-Unis voudraient s'assurer à long terme d'avoir accès à nos ressources, à nos minéraux critiques, à notre aluminium. Est-ce qu'on est capable de trouver une façon de faire une entente à long terme pour les rassurer?»
Deux éléments ne sont «pas négociables», a-t-il souligné, soit la gestion de l’offre avec les producteurs laitiers et la protection du français et de la culture québécoise.
Trudeau en bonne posture?
En matinée, M. Legault s’est également questionné publiquement à savoir si Justin Trudeau est dans une bonne posture pour négocier avec Donald Trump.
«La question qui se pose c’est: peut-on négocier avec un premier ministre au Canada qui est là de façon temporaire?» a soulevé M. Legault, en visant Justin Trudeau, qui se prépare à quitter dès que son parti lui aura trouvé un successeur.
Le chef caquiste a corrigé le tir plus tard en expliquant que la renégociation de l’accord avec les États-Unis risque de prendre au moins «six mois». Certains premiers ministres des autres provinces semblent croire que «ça ne peut pas se faire avec un gouvernement temporaire», a relaté M. Legault.
«En fait, je défendais M. Trudeau. [...] Moi, je voudrais qu'on commence à négocier maintenant», a-t-il insisté.
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