Visés par des sanctions, les Russes se tournent vers la cryptomonnaie
Ils veulent placer leur argent à l’abri des sanctions internationales


Jérémy Bernier
De nombreux citoyens russes tentent de sauver leurs économies en se tournant vers les cryptomonnaies, mais celles-ci ne pourront permettre à Vladimir Poutine d'échapper aux sanctions qui sont dirigées contre son pays, alors que le cours du rouble s’effondre.
• À lire aussi: Washington et Londres sanctionnent des oligarques russes de premier plan
• À lire aussi: Qui sont les riches amis de Vladimir Poutine?
La devise russe n’a cessé de chuter depuis l’imposition de sanctions de la communauté internationale à l’endroit de la Russie à la suite de son invasion de l’Ukraine.
Mercredi, il fallait 110 roubles pour obtenir un dollar américain à Moscou, un niveau record. Depuis le début de l’année, la devise russe a perdu un tiers de sa valeur face au dollar.
Face à ce plongeon qui s’étire et à la hausse des taux d’intérêt des banques russes de 20%, bon nombre d’habitants du pays ont décidé d’investir leurs économies dans les cryptomonnaies.
Les transactions du rouble au Bitcoin, par exemple, ont atteint un sommet en neuf mois ces derniers jours, d’après la plateforme de recherche sur les cryptomonnaies Kaiko.
Valeur refuge
« Ce qu’on voit, c’est que le Bitcoin est considéré par les citoyens russes comme une valeur refuge intouchable et moins volatile, contrairement à la situation actuelle du rouble », explique Louis Roy, associé chez Raymond Chabot Grant Thornton.
Celui qui est aussi président de Catallaxy, une filiale de l’organisation spécialisée dans les actifs numériques, qualifie cette situation de « fascinante ».
« C’est le genre de scénario qu’on a imaginé depuis des années dans le milieu des cryptomonnaies. Ça vient renforcer le concept de la monnaie virtuelle décentralisée », affirme-t-il.
Autrefois, les gens se tournaient vers l’immobilier ou l’or pour éviter l’effondrement d’une monnaie, rappelle Martin Lalonde, président et gestionnaire de portefeuille de la firme Rivemont.
« La beauté du Bitcoin par exemple, c’est d’avoir un lingot d’or dans son téléphone qui est transportable, échangeable et qui a la même valeur partout dans le monde », explique ce dernier.
Poutine n’est pas sorti d’affaires
M. Lalonde indique qu’historiquement, les cryptomonnaies sont utilisées en temps de crise pour contourner des mesures de contrôle du capital ou lorsque des infrastructures bancaires sont déficientes.
C’est notamment pour ces raisons que plusieurs se questionnent sur la possibilité que le président Vladimir Poutine fasse de même avec l’économie du pays, en raison des nombreuses sanctions dirigées contre lui.
Or, selon plusieurs experts, il est très peu probable que la Russie utilise les cryptomonnaies à grande échelle pour transférer de l’argent au-delà de ses frontières.
La capitalisation du Bitcoin, la plus importante des monnaies virtuelles, n’est pas encore assez imposante, selon M. Roy.
« Quelques millions de dollars pourraient être transférés de cette façon, mais on parle d’un pays qui transige avec des centaines de milliards de dollars », souligne-t-il.
Qu’est-ce qu’une cryptomonnaie
- Il s’agit d’une monnaie virtuelle dont la valeur est établie par l’offre et la demande, dans la plupart des cas.
- Volatilité souvent élevée.
- Repose sur une technologie de « chaine de blocs », une base de données sécurisée où sont stockées chronologiquement les transactions de ses utilisateurs.
- Peut être utilisée comme mode de paiement ou conservée sous forme de placement.
- Peut être échangée grâce à des plateformes d’échange ou entre individus, aucune institution financière n’intervient.
- Il existe des milliers de sortes de cryptomonnaies. Les plus connues sont le Bitcoin, l’Ethereum et le XRP.
Source : Revenu Québec, Autorité des marchés financiers Raymond Chabot Grant Thornton