Le manque d’effectifs menace les services essentiels à la Baie-James
Extrêmement inquiets, des maires et des entreprises tentent d’attirer 400 familles


Jean-Michel Genois Gagnon
La rareté de la main-d’œuvre frappe tout le Québec, et la Baie-James n’est pas épargnée. La région a besoin de 400 familles « pour assurer sa vitalité », et l’échéancier pour atteindre cet objectif est de seulement 12 mois.
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Aujourd’hui, plusieurs municipalités jamésienes se retrouvent en « rupture d’humains ». Le maire de Matagami, René Dubé, ne le cache pas, il parle de cette situation comme étant une « crise démographique ».
Il raconte au Journal que certaines municipalités peinent à assurer, actuellement, un maintien des services essentiels durant toute une journée. Plusieurs entreprises sont également à la recherche de paires de bras, comme Chantiers Chibougamau qui commercialise des produits forestiers.
M. Dubé donne comme exemple des stations-service qui ferment à 21 h 30, « sans solutions de rechange à moins de 100 km », en raison du manque de personnel, ainsi qu’une épicerie à Lebel-sur-Quévillon, qui doit cesser de servir ses clients dès 18 h, faute de bras, et ce, malgré « une forte rémunération ».
L’embauche de nouveaux professeurs est aussi compliquée. Actuellement, les secteurs de l’enseignement et de la santé recherchent 140 travailleurs. Ce manque de personnel freine le développement économique.
« C’est préoccupant, il faut qu’il se passe quelque chose », prévient M. Dubé, ajoutant que des candidats à des postes en enseignement exigent même, aujourd’hui, de faire des rotations de travail de type 7/7. « Cela n’a pas de bon sens. Un enfant ne fera pas 7 jours à l’école et 7 jours chez lui », dit-il.
Différentes solutions
Ce dernier, avec d’autres maires et des entreprises locales, souhaite obtenir de l’aide du gouvernement afin de mettre sur pied « une fiscalité favorisant l’habitation de ce territoire unique pour les personnes y travaillant », « des incitatifs à s’y établir pour des jeunes diplômés » et « un statut spécial pour l’immigration ». Ils proposent aussi de rendre plus avantageux pour les Cris le marché du travail dans la région.
Directeur du développement corporatif de Chantiers Chibougamau
« Nous sommes des régions de ressources dans les domaines forestier et minier. [...] Le fait d’avoir du navettage, le fait d’avoir des gens qui ne viennent pas habiter la région, rend nos entreprises de services et nos entités, que ce soit la santé ou l’éducation, vulnérables », estime M. Dubé, ajoutant que le Nord-du-Québec a perdu plus de 30 % de sa population en 30 ans (13 444 en 2021).
Selon des données fournies par le maire de Matagami, près d’un travailleur sur 5 (18 %) dans la Baie-James provient d’une autre région, contre 1 sur 25 sur la Côte-Nord et 1 sur 50 en Abitibi-Témiscamingue. La Baie-James est la deuxième région avec le taux de vacance de postes le plus élevé au Québec.
Le directeur du développement corporatif de Chantiers Chibougamau, Frédéric Verreault, partage aussi l’inquiétude du maire devant la diminution des services essentiels et la rareté de la main-d’œuvre.
Son entreprise de 1150 talents cherche une cinquantaine de personnes aux usines à Lebel-sur-Quévillon et Chibougamau. La compagnie fait déjà appel aux travailleurs étrangers pour répondre à ses besoins.
« Il n’y a juste plus d’humains disponibles pour combler un emploi dans la région », souligne-t-il. « Lorsqu’on parle de pénurie de main-d’œuvre, on parle de candidats à l’emploi ; de candidats dont on doit développer les compétences. Là, nous sommes vraiment confrontés à une absence d’humains », ajoute-t-il.
Les municipalités visées par cette démarche sont Matagami, Lebel-sur-Quévillon, Chapais, Chibougamau et les localités de Radisson, Valcanton et Villebois. Rappelons que la Baie-James produit « 51 % de l’hydroélectricité québécoise » et plus de « 15 % du bois » récolté à travers la province.