Les tarifs mur à mur et l’autoritarisme de Trump


Pierre Martin
Aujourd’hui, tous les regards sont encore braqués sur Donald Trump en raison de ses tarifs tous azimuts et des rumeurs saugrenues de troisième mandat.
Économiquement, les tarifs de Trump sont insensés. Constitutionnellement, un troisième mandat est une imposture.
Ce qui lie ces deux enjeux, c’est la volonté de plus en plus manifeste de Donald Trump de réinventer la présidence à son image en instaurant un régime autoritaire.
Les tarifs, un instrument politique
Depuis plusieurs semaines, les économistes se contorsionnent pour trouver des justifications économiques aux tarifs douaniers arbitraires de Trump. Il n’y en a pas.
Les tarifs et autres barrières commerciales peuvent, dans certaines circonstances, servir un plan de développement de secteurs industriels stratégiques, mais les actions de l’administration Trump ne révèlent aucun indice d’un plan concerté. Au mieux, les objectifs de réindustrialisation qu’elle prétend poursuivre prendraient plus d’une décennie pour se matérialiser et les coûts catastrophiques de la transition en dépasseraient de loin les bénéfices.
Il n’est pas non plus évident que ces tarifs répondent aux demandes de protection de secteurs plus mous de l’économie. En fait, on assiste, depuis quelques semaines, à un bourdonnement de lobbying de la part d’entreprises et de secteurs d’industrie qui cherchent à quémander des exceptions au régime de tarifs universels.
Les tractations visant à distribuer ce genre de traitements de faveur restent entièrement sous le contrôle arbitraire de Trump – hors d’atteinte des tribunaux ou du Congrès – et c’est précisément le fait qu’ils centralisent tout le contrôle entre ses mains qui rend ces instruments attrayants à ses yeux.
Une autre pièce du puzzle
C’est pourquoi il importe de ne pas isoler ces tarifs de leur contexte politique, celui de l’édification rapide d’un régime autoritaire par Trump et son entourage d’oligarques.
Les rumeurs de troisième mandat ne sont que le plus récent épisode de l’attaque en règle contre l’État de droit et le cadre constitutionnel. C’est aussi le motif derrière les assauts menés par Trump contre l’indépendance des médias et du système judiciaire ou l’entreprise de démolition de l’État menée jovialement à coups de scie à chaîne par son coprésident Elon Musk.
Au-delà des intérêts économiques
Pour l’économie canadienne, les tarifs de Trump sont une question vitale. Il est donc important de bien en saisir les motivations. Ce n’est pas tout de comprendre que ces tarifs nuisent aux intérêts d’alliés économiques du Canada qui exercent un pouvoir considérable aux États-Unis, car ce n’est pas suffisant.
Si des groupes puissants dont les intérêts convergent avec ceux du Canada finissent par conclure des deals avec Trump qui ne font que consolider son pouvoir autoritaire, ces gains ne signifieront pas grand-chose.
Il faut aussi comprendre que ces tarifs arbitraires et le pouvoir qu’ils confèrent à un autocrate en puissance font partie d’un plan plus global de subversion des institutions démocratiques.
Pour nous, comme pour ceux qui croient à la démocratie libérale aux États-Unis, l’opposition aux tarifs de Trump ne doit pas être seulement une question d’intérêts économiques. Cette opposition doit s’inscrire dans une démarche de préservation d’idéaux politiques communs qui nous unissent tout aussi profondément à notre voisin que les intérêts économiques.