L’or dans le viseur
Après deux podiums à Pékin, le jeune planchiste Éliot Grondin espère grimper sur la plus haute marche à ses prochains Jeux


Jessica Lapinski
Il n’a que 20 ans et, déjà, il compte deux médailles olympiques en snowboard cross, une discipline dans laquelle les champions ont tendance à éclore beaucoup plus tard. De retour au Québec, Éliot Grondin a maintenant un nouvel objectif : ajouter l’or à son palmarès, l’unique couleur qui manque à sa collection.
« Quand j’étais plus jeune, j’ai dit à mes parents qu’un jour, je gagnerais une médaille d’or aux Jeux olympiques, a raconté le planchiste en conférence de presse à Québec, jeudi. Là, j’ai le bronze et l’argent, mais je n’ai pas encore l’or. Je pense donc qu’il va y avoir beaucoup de travail dans les prochaines années pour aller chercher cette médaille. »
Grondin parlait ouvertement de podiums olympiques aux journalistes jeudi, mais il assure que ce n’était pas un sujet récurrent au sein de l’équipe canadienne de surf des neiges durant les Jeux.
Et c’est peut-être, croit-il, ce qui a mené à ses succès, tant dans la compétition individuelle, où il a terminé deuxième, que dans celle par équipe, où il a décroché le bronze aux côtés de Meryeta O’Dine.
« Avec mon équipe, on avait une approche probablement différente de celle des autres, a-t-il soulevé. On voulait une médaille, mais ce n’était pas seulement ça qui allait déterminer notre succès. On avait une tâche à effectuer, une stratégie dans certaines portions de parcours, mais il fallait surtout que j’aille là pour m’amuser. »
« On savait que si tous ces aspects étaient réunis, le podium allait sûrement suivre », a-t-il ajouté.
L’élève et les maîtres
Sur le podium individuel, il y a un peu plus d’une semaine, Grondin était entouré de l’Autrichien Alessandro Hammerle, 28 ans, et de l’Italien Omar Visintin, 32 ans. Du haut de ses 20 ans, Grondin est une rareté en snowboard cross. Il est d’ailleurs le plus jeune médaillé olympique de l’histoire de la discipline.
Ces rivaux étaient ses idoles il y a seulement quelques années, quand il allait assister à leurs courses à Stoneham et qu’il se faisait photographier avec eux. Il se rappelle d’ailleurs avoir pris une photo avec Visintin, qu’il lui a montrée depuis qu’ils se côtoient sur les pistes.
« Je lui arrivais aux épaules. Maintenant, c’est lui qui m’arrive aux épaules », s’est-il gentiment moqué.
Aujourd’hui, l’élève a rattrapé les maîtres. Et il compte bien les devancer.
« Je trouve ça cool de pouvoir me battre avec des gars qui ont parfois 10 ou 15 ans de plus que moi. J’ai toujours aimé battre les plus vieux, même quand j’étais jeune », a souri Grondin.
« D’ailleurs, j’ai toujours aimé pousser le sport, a-t-il poursuivi. Et je pense qu’il y en a qui se grattent la tête aujourd’hui ! »
Du poulet frit
Après ses deux semaines à Pékin, Grondin ne fait qu’un bref retour au Québec. Il lui reste encore deux épreuves de la Coupe du monde à disputer. Des compétitions qui, à ses yeux, comptent autant que les Jeux olympiques.
« Les Jeux olympiques, c’est gros parce que c’est une fois aux quatre ans. Mais la Coupe du monde, c’est là que tu peux démontrer ta constance. »
L’an dernier, le planchiste de Sainte-Marie s’est fait un nom en terminant deuxième au classement général. Il a encore les yeux rivés sur un top 3 cette année, lui qui figure actuellement en quatrième place après avoir raté une étape avant les Jeux.
Mais avant de prendre à nouveau l’avion, cette fois pour l’Autriche, Grondin se réjouit de renouer avec la cuisine de sa maman, Mélanie Turcotte. « C’est ce qui m’a le plus manqué quand j’étais en Chine ! » a-t-il lancé.
Ça et du poulet frit du PFK. C’est la première chose que Grondin a mangée en revenant au Québec, pour faire changement du buffet offert sur les sites des Jeux.
Grondin s’est ensuite débouché une bonne bière de double médaillé olympique... sûrement en attendant d’ouvrir le champagne du champion, si le vœu qu’il a formulé à ses parents quand il était petit se réalise un jour.
Les planches volaient

Les deux médailles olympiques obtenues par Éliot Grondin sont le fruit du travail de toute l’équipe canadienne, concède-t-il humblement.
« L’équipe a été incroyable aux Jeux. Les coachs étaient vraiment sur la coche et les techniciens ont fait en sorte que nos planches volaient ! » a-t-il lancé.
On l’a d’ailleurs vu lors de l’épreuve mixte, au cours de laquelle le planchiste québécois a pris une avance phénoménale sur ses adversaires dès le départ des premières courses, vendredi dernier.
« Ça faisait quasiment peur au départ ! s’est exclamé le jeune athlète, jeudi. On allait vraiment vite dans la première section, il fallait faire attention. Mais tout le monde dans l’équipe a fait une super bonne job. Partager ces moments-là avec eux, c’était génial. »
« On a réussi ! »
La vitesse des planches au départ n’est pas la seule chose qui a donné une petite frousse à Grondin lors de cette épreuve mixte.
En finale, sa coéquipière Meryeta O’Dine a chuté sur le parcours après une collision avec une rivale et pendant quelques instants, le Québécois n’avait aucune idée d’où elle se situait.
En fait, il n’en savait pas plus que les spectateurs qui regardaient l’épreuve sur leur téléviseur.
« On l’a vue vite sur l’écran géant vite vite et après, on a vu les compétitrices qui étaient en tête, donc on n’avait aucune idée. Au début, j’espérais juste qu’elle ne se soit pas fait mal. Mais là, j’ai vu son nom apparaître avec le chiffre 3 à côté et je me suis dit “yes ! on a réussi !”. »
S’il donne beaucoup de mérite à toute l’équipe canadienne pour ses succès à Pékin, Grondin reconnaît que ses médailles sont aussi le fruit des sacrifices de sa famille.
Il y a son grand-père Denis Turcotte, qui, quand il avait 8 ans, a trouvé des commanditaires afin qu’il puisse prendre part à ses premières compétitions. Puis sa maman, Mélanie Turcotte, a pris la relève jusqu’à ce qu’il se trouve une agente, il y a deux ans.
« Ils ont fait ça, mais jamais ils ne me mettaient de pression pour continuer, a-t-il reconnu. Ils me demandaient toujours si je voulais poursuivre et si oui, on continuait. Je vais leur en être éternellement reconnaissant. »