Pont de l’Île-aux-Tourtes: lourdes pertes pour les camionneurs

La fermeture brutale du pont se fait déjà vivement sentir

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Francis Halin et Martin Jolicoeur

2021-05-26T04:00:00Z
2021-05-26T12:14:17Z

La fermeture d’urgence du pont de l’Île-aux-Tourtes saigne déjà l’industrie du transport, qui devra prendre son mal en patience avant l’ouverture complète prévue juste avant la Saint-Jean.

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« À 150 voyages par semaine [300 aller-retour], avec une heure de détour à 60 $ l’heure, ça fait des pertes de 18 000 $ par semaine. Le Toronto-Montréal passe tout par là. C’est incroyable », déplore le v.-p. gestion des routiers de Trans-West, Pascal Gaudet.

« Normalement, on part avant le souper, mais pour ne pas perdre d’heures, on va partir après », a partagé avant de partir hier soir Chantal Cotton, camionneuse en équipe avec son mari Gilles Desroches, chez Trans-West.

Les camionneurs Chantal Cotton et Gilles Desroches (en mortaise) travaillent ensemble depuis 20 ans chez Trans-West. Ils n’ont jamais rien vu de tel.
Les camionneurs Chantal Cotton et Gilles Desroches (en mortaise) travaillent ensemble depuis 20 ans chez Trans-West. Ils n’ont jamais rien vu de tel. Photo courtosie

Jeudi dernier, le ministère des Transports du Québec a procédé à la fermeture complète du pont de l’Île-aux-Tourtes après une série de cafouillages sur le chantier, qui a mené à un bris majeur.  

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Des millions envolés

Or, en pleine reprise économique, cette fermeture subite fait mal à l’industrie.

« Pour certaines flottes, ça va rimer avec des pertes de centaines de milliers de dollars, qui se chiffreront en millions de dollars en termes de pertes de productivité », résume Marc Cadieux, PDG de l’Association du camionnage du Québec (ACQ),

« Une marchandise non livrée dans les délais, ce sont des items non vendus, non générés. Il y a des emplois au bout de ça aussi », souligne le dirigeant de l’association qui a multiplié les rencontres avec le sous-ministre adjoint des Transports, la fin de semaine dernière, pour gérer la crise.

  • Écoutez l'entrevue de Marc Cadieux avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Pour Pierre Pelletier, de Transport Pelletier et Fils, la fermeture tombe mal.

« J’ai perdu une demi-journée vendredi dernier. Je n’ai pas été capable de charger mon voyage de tubes de construction. J’ai dû passer par Montréal pour me rendre à Laval. Pour revenir, ç’a été encore plus compliqué », observe-t-il.

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« C’est l’enfer. C’est connu depuis les années 1990 que c’est un pont qui est épeurant », va-t-il jusqu’à dire.

Pour Stéphane Lacroix, porte-parole du syndicat des Teamsters, qui représente 5500 camionneurs ici, certains travailleurs en payeront le prix.

« Ceux qui sont payés au mile, plutôt qu'au trajet, vont y goûter, mais il va sans dire que si la sécurité est en danger il faut fermer le pont. Disons que l’on n'est pas sorti de l'auberge», craint-il.

Kyrielle de difficultés

À défaut de mieux, les autoroutes 30 et 20 peuvent servir de solutions de rechange pour les routiers, comme pour la population en général. 

Une vingtaine de camions du géant Olymel qui prennent chaque semaine le chemin de son usine de bacon de Corwall devront revoir leur trajet, mais l’entreprise s’en sort bien pour le reste.

Le maire de Beauharnois, Bruno Tremblay, affirme n’avoir jamais vu un tel achalandage sur l’autoroute 30 depuis son inauguration. « C’est du jamais-vu, dit-il. Le moindre accrochage provoquerait un bouchon monstre. »

Au-delà des coûts qu’entraînent les détours et délais liés au transport, Joël Lessard, directeur principal, services aux entreprises, de l’organisme Développement Vaudreuil-Soulanges, explique que cette fermeture du pont entraîne déjà une kyrielle de difficultés pour les entreprises du coin.

Parmi elles, il note le défi que constitue la gestion des ressources humaines pour les entreprises dont les employés vivent de part et d’autre du pont. 

« Un trajet de 5 à 7 minutes en temps normal peut facilement dépasser maintenant les 50 minutes », dit-il. 

Les commerçants, qui profitent normalement d’un fort achalandage de transit routier, pourraient aussi devoir subir des pertes, estime le maire de Vaudreuil-Dorion, Guy Pilon. 

Forcément, les entreprises des secteurs de la logistique, un autre domaine de prédilection pour cette région, pourraient également en souffrir, croit-il.  

Par chance, Amazon n’a pas encore terminé la construction de son nouveau centre de distribution, note Paul M. Normand, directeur de développement des affaires du Parc industriel Alta, aux abords de l’autoroute 20. Mais Canadian Tire, qui dessert déjà tout l’est du pays depuis son centre de distribution de 1,8 million de pi2 à Coteau-du-Lac, pourrait ressentir les effets.

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