Famille, amitiés et projets: Ce qui donne envie à Benoît Brière de continuer
Patrick Delisle-Crevier
Le comédien Benoît Brière va réaliser dans quelques jours un grand rêve, celui de jouer dans une comédie musicale. Un défi de taille puisqu’il va chausser les bottes du Capitaine Crochet dans Peter Pan. L’occasion était belle de s’entretenir avec le comédien sur ce projet, mais aussi sur l’ensemble de sa carrière, les hauts et les bas, et sur la soixantaine qu’il vient d’amorcer.
• À lire aussi: Éléonore Lagacé et Luc Guérin: une complicité magique pour «Peter Pan»
• À lire aussi: P-A Méthot: «Être père est le plus gros rôle de ma vie»
• À lire aussi: Benoît Brière se fait surprendre par sa conjointe aux «Enfants de la télé»
Benoit, jouer dans une comédie musicale était l’un de tes souhaits, semble-t-il...
C’était sur ma ̈bucket list ̈ depuis fort longtemps. Mais rendu à 60 ans, je n’y croyais plus trop, je m’étais un peu résigné, mais, voilà que ce beau cadeau est arrivé. Je travaille beaucoup avec mon bon ami Luc Guérin depuis plusieurs années. On lui a confié la mise en scène de Peter Pan, et j’étais tellement content pour lui. Mais, je n’en revenais pas quand il m’a proposé le rôle du Capitaine Crochet, disons que c’était assez inattendu.
Est-ce que ce fut tout de même un oui spontané?
Je roule ma bosse depuis un bout et j’en suis très heureux! Je suis extrêmement choyé, mais fatigué, alors j’ai dû y réfléchir. Quand j’ai lu la comédie musicale, que je me suis plongé dans cet univers, j’ai tout de suite aimé l’adaptation. Le Capitaine Crochet est une espèce de «dandy», loin de l’image habituelle qu’on en a, et j’ai trouvé ça intéressant. Le côté loufoque m’a plu et je me suis dit «au diable la fatigue, j’embarque!».
Comment se prépare-t-on mentalement et physiquement pour jouer un tel rôle?
Je vais jouer un imbécile heureux, donc mentalement ce sera très facile pour moi, je dirais même que c’est assez proche de ma personne. (Rire) En même temps, je ne me le cacherai pas, faire un tel spectacle est exigent. Mais, Luc est formidable à la mise en scène, c’est donc tête première que je saute dans cette aventure avec lui. Il faut être très précis et très rigoureux entre chorégraphie, musique et mise en scène et c’est complexe. Bien que ce soit costaud, le Capitaine Crochet apparaît au deuxième acte et j’ai des pauses entre les scènes, heureusement! Étant donné que c’est un spectacle du temps des fêtes, nous ferons beaucoup de représentations en quelques semaines seulement (dont 13 en 9 jours!). Je me dois donc d’être prêt mentalement et physiquement. Chose certaine, après tout ça, je rentre à directement à l’hôpital psychiatrique... Car je vais tourner la deuxième saison de la série Empathie!
Tu as la chance d’être parmi ceux qui travaillent beaucoup, as-tu peur de trop travailler justement?
Je suis un grand privilégié du « métier », mais malgré toute la gratitude que j’ai, je dois t’avouer sincèrement qu’en ce moment, c’est difficile. Heureusement, je suis en pleine forme. Mes projets me demandent beaucoup de rigueur. J’évite les excès et je m’assure de garder la forme. J’essaie de ne penser à rien d’autre, un jour à la fois. Je serais fou et ingrat de me plaindre, même si en ce moment, c’est plutôt difficile de ne pas s’inquiéter de l’état actuel du monde...
Tu n’as pas envie de ralentir parfois?
Et comment! Mais, mes projets actuels sont tellement beaux que ça me donne envie de continuer. En 2019, j’avais naïvement décider de limiter mes projets théâtraux, ne faisant que ceux avec mes amis Martin Drainville et Luc Guérin, laissant la possibilité aux tournages de séries télé et aux films. Et justement, j’ai eu cette chance inouïe de recevoir de beaux projets qui m’emballent! Alors, comment et surtout pourquoi ralentir?
Est-ce que la surexposition te fait peur parfois?
J’y pense parfois, parce qu’en plus d’être sur scène, on me voit dans trois séries à la télé. Heureusement, tous ces projets sont très différents. Je suis dansL’Aréna, où je joue un personnage récurent, un genre de concierge un peu dadais et « rasé de près ». Puis, j’ai tourné dans Ravages où je joue le PDG d’une grosse firme d’avocats et pour ce rôle je me suis laissé pousser une « petite barbe bien taillée ». Et ensuite, après le dernier tour de manivelle de cette série, j’ai débuté le tournage d’Empathie dans laquelle j’ai dû me laisser pousser une « longue barbe hirsute ». Ce sont des personnages totalement différents les uns des autres! Puis, à l’automne 2026, en plus de tourner dans la deuxième saison d’Empathie, nous reprenons une tournée de Broue! Puis, fous comme nous sommes Luc, Martin et moi, on a décidé de se lancer dans Les 39 marches, parce qu’on n’avait rien de prévu à l’été 2025! Ce spectacle, qui repart en tournée à l’hiver et au printemps, est une affaire de fous avec 2 clowns qui jouent 17 personnages chacun, et tout ça dans 24 lieux différents!
Ma grand-mère te dirait que tu coures après le trouble...
Elle aurait raison! Mais, j’y vais un jour à la fois et sérieusement, je le répète, je suis loin de me plaindre, parce que ce sont des projets et des rôles fantastiques. C’est une chance inouïe en ce moment dans ce métier d’avoir un agenda aussi rempli.
Parle-moi de ton amitié avec Luc Guérin et Martin Drainville?
On s’est rencontré un an après ma sortie de L’École nationale de théâtre en 1992. Nous cherchions un projet pour travailler ensemble et, finalement, quand nous avons reçu un appel pour jouer dans le film Angelo, Frédo et Roméo, on s’est empressé d’accepter... On la vite regretté! On a eu un plaisir fou à tourner, mais, les «autorités financières» n’aimaient pas l’idée d’un film à sketchs et exigeaient qu’un lien soit créé entre les scènes de façon à avoir un fil conducteur... Donc, l’énergie a été mise à créer ce lien boiteux pour tenir les sketchs ensemble. De sorte qu’au final, le film était trop long. Il a fallu couper certains punchs. Puis, on n’a pas entendu parler du film pendant plus d’un an. Un jour, sur la rue, un monsieur m’arrête pour me dire qu’il avait vu le film dans un « focus group » et qu’il n’avait pas aimé ça. On a demandé alors au producteur de voir le film avant de nous lancer dans la promotion de ce film...

Et alors?
On s’est organisé pour visionner le film. Après dix minutes de projection, on a verrouillé la porte. Martin, Luc et moi, on capotait, faisant les cent pas entre les rangées et on se demandait bien comment nous allions nous sortir de ça. On ne pouvait pas faire la promotion du film en disant que c’était un navet. Paniqués, nous avions donc naïvement choisi de faire peu de promo, en propageant ce vieux cliché : « On espère que les gens auront autant de plaisir à le voir que nous en avons eu à le faire »... Ça été une catastrophe! Les producteurs se sont même défilés. Ils étaient partis en vacances au lieu de faire face à la musique et aux demandes des médias. Il y a même une salle de cinéma à Lévis qui a mis une petite note sur l’affiche du film avec la mention «Annulé parce que pourri».
On s’en sort comment d’une telle aventure?
On ne s’en sort pas. On m’en parle encore aujourd’hui, la preuve... (Rire) Ce flop a fait en sorte que Martin, Luc et moi n’avons pas retravaillé ensemble pendant 20 ans. Ceci dit, je ne regrette rien. Ça fait partie de l’apprentissage. Je revendique le droit à l’erreur! (Rire)
Tu as dit que les deux plus grands rôles dans ta carrière télévisuelle étaient celui d’Olivier Guimond dans la série Cher Olivier et le rôle de Monsieur Dallaire dans Empathie, pourquoi?
Dans ma famille, on aimait rire. Ma mère avait du bagout et elle était immensément drôle. Dans sa jeunesse, elle allait toujours voir, entre autres, Olivier Guimondau Théâtre des Variétés. De me plonger dans cet univers-là, scénarisé et réalisé par André Melançon, a été tout un honneur! Le premier jour de tournage, nous avons tournés le mythique sketch Trois heures du matin. Et ce, sur la scène du Théâtre des variétés devant Luc Guimond, le fils d’Olivier, et sa famille et avec la grande photo d’Olivier Guimond accrochée au fond de la salle qui me regardait... Gilles Latulippe était là, lui aussi. J’étais nerveux et, forcément, personne n’a rit dans la salle pour ne pas nuire à la prise de son. J’ai ensuite entendu «couper!» et tout le monde a hurlé de rire. Je ne vais jamais oublier ça. J’ai aussi pu porter le véritable smoking d’Olivier; il m’allait comme un gant. J’ai tourné des scènes avec des costumes ayant réellement appartenus à Olivier, c’était magique du début à la fin, un énorme cadeau et privilège de jouer ça. J’ai ressenti le même bonheur et privilège en jouant Monsieur Dallaire à travers les mots de la grande Florence Longpré dans la série Empathie!
Est-ce que ta carrière ressemble à ce que tu avais imaginé?
Pas du tout! Quand on y pense, j’ai fait de «l’appropriation sexuelle» toute ma vie! J’ai joué quasiment plus de femmes que d’hommes. (Rire) J’ai tourné dans plus de 130 publicités pour Bell et là-dedans, j’ai dû au moins jouer une quarantaine de personnages féminins, alors qu’au départ, Bell ne voulait pas que je me déguise en femme pour jouer le personnage de ma mère. Il y a donc eu des auditions avec plusieurs grandes comédiennes dont Janine Sutto, Monique Mercure, Monique Miller et Andrée Lachapelle. Avec la complicité des créateurs, je me suis alors costumé, j’ai mis une perruque et enfilé une robe et je suis allé passer l’audition. On connaît la suite. Donc, non! Je n’ai pas la carrière à laquelle je m’attendais.
Tu vis ça comment, ton entrée dans la soixantaine?
Pas bien du tout... (Rire) Ce n’est pas l’âge qui me dérange, mais la fatigue qui vient avec. J’ai mal partout. Avoir 60 ans, c’est un tournant dans une vie. Je n’ai pas vu passer la cinquantaine.
Et songes-tu parfois à la retraite?
Oh que oui, mais ça n’arrivera pas parce que j’aime trop ce que je fais et que j’arrive à un âge où il y a des rôles intéressants. J’ai enfin l’âge de jouer un grand-père. J’espère que ça va m’arriver dans la vraie vie. Mais, je ne mets aucune pression à mes filles! C’est leur choix, leur décision... Mais, en secret, j’aimerais ça... Ce n’est pas le genre de chose que je vais dire dans un magasine... (Rire). En même temps, il faut que je sois assez en forme pour me mettre à quatre pattes pour jouer avec eux et c’est ce qui m’inquiète le plus.
Tes deux filles ont étudié au HEC, as-tu un petit regret de ne pas avoir de relève dans le métier?
Non, au contraire! Je trouve hélas que ce métier-là est devenu trop difficile au Québec! Il faut vraiment être ultra-passionné et ultra-chanceux pour vouloir le faire. Et malgré la passion, je connais tellement de vrais passionnés du métier qui doivent faire autre chose parce qu’il n’y a pas assez de rôles. Je suis TRÈS heureux que mes filles fassent autre chose.
Tu as célébré 30 ans de mariage hier avec ta conjointe Christine, souhaitais-tu une vie de couple de longue durée?
Oui tellement, je suis du genre « relations durables » et c’est la même chose en amitié. J’ai des amitiés qui durent depuis l’école primaire et du secondaire. J’ai besoin de cette stabilité dans ma vie. Je suis aussi choyé d’avoir une femme aussi merveilleuse que ma Christine. On a tellement de fun ensemble. Je suis aussi choyé d’avoir mes filles et d’être aussi bien entouré. Nous habitons encore tous ensemble et il se peut qu’en juillet prochain, nos filles prennent des chemins différents... Je ne sais pas comment je vais vivre ça. Le syndrome du nid vide va être intense pour le papa poule que je suis.
Et en terminant Benoit, qu’est-ce qu’il reste sur ta bucket list?
Il reste énormément de choses auxquelles je vais dire oui. Je commence à peine ma carrière! (Rire) Bon, je vais peut-être y aller la langue à terre, mais je vais y aller!