Malgré le vaccin, la COVID aura un impact prolongé sur les besoins en santé

Dre Diane Francoeur Présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

2020-12-09T10:00:00Z

La deuxième vague de la COVID-19 s’envenime partout au pays.

Il faut à nouveau annuler des opérations et des rendez-vous pour faire face à la situation. L’espoir de la vaccination se précise, mais on en a encore pour des mois, et la vaccination ne réglera pas tout. C’est dans ce contexte que les premiers ministres du Canada se rencontrent pour discuter du financement de la santé. La Fédération des médecins spécialistes du Québec exprime tout son appui au premier ministre Legault qui demandera, comme ses homologues, une augmentation substantielle et durable du transfert canadien en matière de santé. L’enjeu est de grande importance.

  • Écoutez l'entrevue de Diane Francoeur avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Le gouvernement fédéral a débloqué rapidement des sommes importantes pour amortir le choc de la crise, et des voix s’inquiètent du déficit. Il faut séparer les enjeux. Les effets de la pandémie sur l’économie et les finances sont sérieux. Toutefois, ils vont se résorber en partie avec la vaccination. En contrepartie, la COVID-19 aura des effets à long terme sur le système de santé. Il faut le réaliser et s’y préparer. 

Publicité

Une facture salée

Dre Diane Francoeur, Présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec
Dre Diane Francoeur, Présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec Photo courtoisie

Des milliers de personnes contractent la maladie chaque jour. Beaucoup ne demanderont pas de soins particuliers, mais la plupart éprouveront des difficultés respiratoires nécessitant un suivi médical, d’autres seront intubés et hospitalisés aux soins intensifs. Les coûts supplémentaires directs sont importants, notamment sur le plan du personnel surchargé et des équipements. La vaccination réduira ces pressions, mais d’autres coûts vont persister :

• Des personnes qui ont développé une forme sévère de la COVID-19 vivront avec des séquelles durables, voire permanentes, qui vont nécessiter des soins réguliers ;

• Plus de 132 000 chirurgies et des dizaines de milliers de rendez-vous ont été reportés au Québec pendant la première vague et les délestages prévus en janvier sont déjà devancés, tellement la situation est critique... Le risque que l’état des personnes se détériore d’ici à ce qu’on puisse les traiter est réel et aura des coûts ;

• En coulisses de cette pandémie se profile une recrudescence des problèmes de dépression, d’anxiété, et autres ennuis de santé mentale ou de toxicomanie provoqués ou amplifiés par la pandémie ;

• Enfin, la maladie aura exacerbé la fatigue déjà problématique dans le réseau de la santé et laissé derrière elle des équipes à bout de souffle. Il est prévisible que bon nombre de professionnels fassent le choix de quitter le réseau dans les années à venir, augurant de nouvelles difficultés sur le plan des effectifs.

Réseau fragilisé

La crise sanitaire pèse sur un réseau de la santé déjà fortement sollicité par le vieillissement de la population, fragilisé par le manque de personnel et par la vétusté de certains établissements. 

La vaccination permettra de réduire la propagation de la maladie et de retrouver une vie économique et sociale plus saine. Mais il restera une facture COVID-19 à long terme et le gouvernement fédéral doit aider le Québec et les autres provinces à l’acquitter.

Dre Diane Francoeur

Présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

Publicité