Mars : Les suggestions de lecture de Chrystine Brouillet

Parce qu’on aime toujours ses recommandations ! Voici les 7 livres que l’autrice Chrystine Brouillet vous recommande de lire dans les prochaines semaines ! 

La joueuse d’échecs 

Mitra Hejazipour

Mitra Hejazipour a voué sa vie aux échecs ; dès l’âge de 4 ans, elle s’entraîne avec tant de constance qu’elle se hisse aux plus hauts niveaux et participe à des tournois internationaux ; elle découvre alors à quel point elle vient d’un monde différent où le mot liberté est un mot vide de sens. Surveillée en permanence, seuls les échecs peuvent permettre à Mitra d’échapper à ce régime où les femmes n’ont aucun droit. En 2019 à Moscou, lors d’un championnat, elle joue sans son voile, ce qui lui vaut d’être bannie de la Fédération et elle décide de s’installer en France où elle vit maintenant.

La soif d’apprendre de l’autrice l’a propulsée au sommet de son art et ce témoignage démontre sa résilience tout en nous aidant à mieux comprendre la situation des Iraniennes. Et des Iraniens...

Les bestioles 

Hala Moughanie

4 août 2020. Le port de Beyrouth vient d’exploser. Le narrateur revenait de l’épicerie. Son épicerie. Elle a été pulvérisée. 600 tonnes de nitrate, ça fait beaucoup de dégâts. Une négligence humaine disent les autorités. Mais le narrateur est certain d’avoir vu des avions dans le ciel avant l’apocalypse. Il les connait bien ces bestioles qui larguent des bombes. Il les a vues à l’œuvre durant la guerre fratricide en 2006. Comment habiter un pays en feu ? Et vivre la solitude ?

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Un portrait impitoyable du Liban, de la folie qui y règne depuis trop longtemps, qui contamine ses habitants à qui l’autrice a voulu donner une voix. Ils sont nombreux, comme le narrateur à « avoir fait la guerre ou avoir été faits par la guerre. »

Wanted 

Philippe Claudel

Imaginez Elon Musk dans le Bureau ovale, offrant un milliard de dollars à qui assassinera Vladimir Poutine, étonnant son ami Trump, mais seulement quelques secondes. Car après tout, les choses iraient mieux sans Poutine, non ? Bon, il y aura quelques bévues, quelques morts, mais les dommages collatéraux sont inévitables pour arriver à un bon résultat. Pour obtenir la paix. Et le prix Nobel ?

Une dystopie d’une ironie réjouissante...et inquiétante tellement les propos que l’auteur prête à Musk et Trump sont près de la réalité, si bien rendus qu’on a l’impression de les entendre, d’être dans la même pièce qu’eux !

La morsure du lac 

Florence Meney

Éléonore, une autrice montréalaise à succès, choisit de quitter la ville pour vivre en pleine nature dans les Laurentides où l’inspiration sera sûrement au rendez-vous. Les paysages sont magnifiques, poétiques...mais Éléonore n’arrive pas complètement à jouir de cette beauté ; un voisinage dérangeant la trouble, qui est cette éleveuse de gros chiens qui semble si peu tentée de nouer de bonnes relations avec elle ? Heureusement, il y a une autre voisine, Jeanne, plus amène, qui lui en apprend un peu plus sur le drame qui s’est déroulé au lac. Et ses conséquences.

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Un drame psychologique qui sait décrire autant les amours toxiques que le sentiment de culpabilité, la trahison, la résilience et la force de l’amour maternel.

Née sous une fausse étoile 

Cassandra Fournier

Laura, 18 ans, mène une vie normale dans une famille aimante, rêve de devenir une artiste et confie tout à son ami Malo, qui aimerait bien être plus qu’un ami pour elle. Et qui est toujours prêt à l’aider ; quand elle fugue, bouleversée d’avoir appris qu’elle était adoptée, il essaie de la suivre dans sa quête pour retrouver sa mère biologique. Mais ni lui, ni Laura ne peuvent se douter que cette recherche les parachutera dans le monde du crime...

Un roman où les rebondissements se multiplient au fil des pages, porté par des personnages attachants qui nous pousse à nous interroger sur la force et la complexité des liens familiaux.

Chair 

David Szalay

Itsvan a quinze ans en Hongrie quand une voisine qui a plus du double de son âge l’initie à la sexualité. Leur relation se termine abruptement quand le mari de cette femme s’en prend à lui et meurt accidentellement dans cette lutte si bête. En sortant de la maison de redressement, Itsvan s’engage dans l’armée. Puis il va gagner sa vie à Londres comme videur de boîte de nuits. Puis chauffeur pour des gens richissimes. Il devient l’amant d’Helen, sa patronne. Et la vie continue sans qu’Itsvan en saisisse bien tous les enjeux. Comment faire réellement partie du monde ?

Un roman absolument étonnant : Itsvan n’est pas particulièrement charismatique, il suit ses instincts, souvent passif, endossant les rôles que le hasard lui présente avec une apparente indifférence, mais sa sincérité séduit, surprend, fait réfléchir sur la condition masculine contemporaine. Et l’écriture dépouillée de l’auteur accentue l’impression d’insécurité, de mélancolie qui habite Istvan. On pense à L’étranger de Camus.

Au pays des fémurs 

Clémence Dumas-Côté

Une phrase terrible au début de ce recueil pour les jeunes : « Maman nous dit qu’elle va vivre ailleurs ». Elle jure à ses enfants qu’ils se reverront bientôt. Mais Barnabé et sa petite sœur Elsie trouvent le temps long même si leur père a monté le tourne-disque du sous-sol et leur permet de nourrir les mésanges en petites culottes, même s’ils se parlent quelques secondes en vidéo. Les jours passent, les enfants vont maintenant chez leur maman où les murs sont en papier. Ils bricolent, espèrent ouvrir la boîte à souvenirs...Et sourire à nouveau ?

Une séparation est un bouleversement que rendent parfaitement les mots de l’autrice qui donne la parole aux enfants avec un tel naturel qu’on a l’impression qu’elle a observé des petits et a noté leurs propos poétiques, empreints de candeur et de vérité.

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