Il n’y a pas assez de neige au Québec et c’est un (gros) problème


Anne-Sophie Poiré
La plupart des régions du Québec accusent un important déficit en neige qui sera difficile à combler d’ici la fin de l’hiver, selon les prévisions météorologiques. Les effets se feront ressentir au printemps par un risque accru d’incendies de forêt et des dommages sur certaines productions agricoles.
Depuis le début des années 1970, l’étendue de la couverture de neige a diminué de façon significative au pays, rappelle la météorologue d’Environnement Canada Michèle Fleury.
Cette conséquence des changements climatiques, doublée à un phénomène El Niño «particulièrement fort» cette année, entraîne une carence en neige un peu partout au pays, précise l’experte.
La majorité des régions de la province affiche un manque de neige au sol par rapport à la couverture moyenne, comme le démontrent les points de couleur bleus et cyan sur la carte fournie par Environnement et Changement climatique Canada.

À Montréal, la couverture moyenne est de 13 centimètres (cm) pour le mois de février. Elle était de 7 cm hier.
Même constat à Québec, où l’accumulation de neige au sol (34 cm) est inférieure presque de moitié à la moyenne pour le mois de février (61 cm).
«On a reçu des quantités de neige au-dessus des normales dans plusieurs secteurs, mais le déficit en neige est plutôt dû au faux départ en décembre avec les températures douces qui ont fait fondre ce qu’on avait accumulé», souligne le météorologue à Environnement Canada, Simon Legault.

«On a du retard à combler, mais il n’y a pas de gros système de neige qui s’en vient, ajoute-t-il. Même qu’en fin de semaine, on attend des températures au-dessus de zéro et un peu de pluie, ce qui n’aidera pas pour la quantité de neige au sol.»
Les probabilités de rattraper le déficit en neige cet hiver sont donc plutôt faibles, selon M. Legault et Mme Fleury.
Moins de neige, plus de feux de forêt
Les conséquences du manque de neige ne s’arrêtent pas aux portes de l’hiver, préviennent les deux experts.
Outre la baisse des revenus pour les activités récréotouristiques, comme le ski ou le patin à glace, d’autres, non négligeables, seront plus mesurables au retour de la belle saison.

Le déficit pourrait notamment être le signe d’une saison des feux de forêt plus intense au mois d’avril, la fonte de la neige permettant d’humidifier les sols le printemps venu. Plus il y a de neige, plus le risque d’incendie diminue.
Mais l’inverse est aussi vrai. Une végétation plus sèche s’embrasera plus facilement advenant un déclencheur, comme la foudre ou les petits feux de feuilles et de branches allumés au printemps après le nettoyage du terrain.
«Une couverture de neige va aider à réguler la température et retarder le réchauffement de l’air au printemps, un élément qui favorise également les incendies», ajoute Mme Fleury.

Destruction des récoltes
Le manque de neige commence également à préoccuper les agriculteurs de la province, affirme le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Martin Caron.
«Pour nous, la neige est un isolant naturel. Elle empêche la terre de geler et protège certaines cultures, comme le foin, le blé d’automne et les bleuets. Il y a toujours un risque de pluie verglaçante qui forme une croûte et enlève l’oxygène à la plante. Quand on a une bonne couche de neige, même si la surface est glacée, la plante est oxygénée», explique-t-il.
Résultat: les producteurs seront obligés d’ensemencer à nouveau, ce qui engendre des délais à la récolte en plus de pertes financières importantes.
«Ça pourrait avoir aussi un impact sur le prix des bleuets pour les consommateurs», mentionne M. Caron.