Un pionnier nous a quittés

La contribution de l’ex-grand chef Max Gros-Louis à la cause des Premières Nations est saluée de partout

Photo portrait de Jérémy Bernier

Jérémy Bernier

2020-11-14T17:37:31Z
2020-11-15T04:25:45Z

Géant, monument, leader, pilier, les éloges sont nombreux pour rendre hommage à l’ancien grand chef des Hurons-Wendats, Max Gros-Louis, qui s’est éteint samedi matin à l’âge de 89 ans.

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« Je souhaite que les gens vivent dans l’harmonie en se respectant les uns les autres, autant en termes humains que dans tout ce qui concerne le dossier des droits ancestraux. »

Ce sont les mots de Max Gros-Louis, qu’il a confiés à notre chroniqueur Julien Cabana lors d’un généreux et dernier entretien avec Le Journal, publié il y a un peu moins de deux semaines. 

Déjà frappé par la maladie, celui qui a été le grand chef de la Nation huronne-wendat durant 33 ans a été admis à l’hôpital dans les jours qui ont suivi l’entrevue. Le temps était alors compté pour lui, a-t-il soufflé à notre chroniqueur.

Photo d’archives
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« C’est un homme qui a fait rayonner la nation sur la planète entière, il était mondialement reconnu. Il a eu un impact énorme sur notre communauté et laissera un grand vide derrière lui », a louangé l’actuel grand chef des Hurons-Wendats, Rémy Vincent, précisant qu’on doit au défunt grand chef l’agrandissement des terres de sa communauté.

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Porteur de flambeau

Mais Gros-Louis ne s’est pas contenté de mettre de l’avant les revendications de son peuple. Il s’est battu pour défendre les droits de l’ensemble des Premières Nations à l’international, faisant avancer d’un pas de géant la cause des Autochtones.

Photo d’archives
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« Il était engagé au-delà de lui-même et de sa nation. Quand on parle des grands hommes qui ont marqué le Québec, on devrait retrouver son nom. Il a été un acteur clef de la Révolution tranquille autochtone », affirme Carole Lévesque, experte sur les savoirs autochtones à l’Institut national de recherches scientifiques (INRS).

« Il savait que les Autochtones devaient se doter d’une structure pour revendiquer leurs droits. Il avait un sens du collectif extraordinaire et il était de toutes les causes, ça allait au-delà des préoccupations personnelles », poursuit Mme Lévesque.

Max Gros-Louis a notamment été l’un des premiers à dénoncer à l’échelle internationale le génocide des Premières Nations au Canada.

« Il jouait un rôle d’ambassadeur de la cause autochtone à travers le monde. Il a apporté une contribution inestimable à l’avancement de la lutte qui se poursuit aujourd’hui », estime pour sa part Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador.

Vouloir en faire plus

Photo d’archives
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« Il considérait que l’une des plus grandes réalisations qu’il a accomplies, c’est d’avoir fait connaître les Premières Nations à travers le monde », confirme son grand ami et ancien vice-grand chef, Denis Picard.

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Pourtant, même après des décennies de vie politique et de gains pour la cause autochtone, l’homme refusait de se reposer sur ses lauriers. D’après M. Picard, M. Gros-Louis a mentionné avoir manqué de temps pour réaliser certaines choses.

« Il m’a dit qu’il avait encore de grandes choses à faire. Quand je suis allé le voir il y a une dizaine de jours, il m’a dit : “j’aurais aimé ça en faire plus”. Il a voulu se battre pour sa nation du début à la fin », raconte-t-il, ému.

« Son départ va être difficile pour tout le monde, il avait une influence incroyable », conclut M. Picard.

- Avec la collaboration de Julien Cabana

Quelques faits d’armes    

  • Grand chef de la nation huronne-wendat durant 33 ans (1964-1984, 1987-1996, 2004-2008)   
  • Membre fondateur de l’Association des Indiens du Québec (1965)   
  • Membre fondateur de la Fraternité des Indiens du Canada (ancêtre de l’Assemblée des Premières Nations) (1969)   
  • Représentant des Indiens du Québec pour les conférences constitutionnelles canadiennes sur le droit des Autochtones en 1983 et 1987   
  • Directeur et vice-chef de l’Assemblée des Premières Nations du Canada pendant 10 ans   
  • Refuse de s’associer aux revendications de la Confédération des peuples autochtones pour les Indiens vivant hors des réserves (2006)     

Des distinctions   

  • Reçu chevalier de l’Ordre national du Mérite de France en 2008   
  • Nommé officier de l’Ordre national du Québec en 2011   
  • A été fait membre de l’Ordre du Canada en 2016     

Le Québec en deuil  

Photo d’archives
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« Bien que son départ laisse un grand vide, son imposant héritage politique, culturel et communautaire demeurera inscrit à jamais dans l’histoire. »

– Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador

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« La Nation huronne-wendat vient de perdre une de ses figures de proue. Je garde d’excellents souvenirs de ma relation avec ce grand médiateur, qui va me manquer, ainsi qu’à beaucoup d’autres. »

– Régis Labeaume, maire de Québec

« Le Québec perd un leader, un défenseur passionné des droits et de la culture des nations autochtones. Il a contribué à faire avancer la collaboration et le respect entre nos peuples. »

– François Legault, premier ministre du Québec

« Pendant des décennies, son engagement pour les Premières Nations aura été inestimable. Un monument. Un géant. »

– Gérard Deltell, député de Louis-Saint-Laurent

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« C’est avec beaucoup de tristesse que j’ai appris le départ d’un grand homme : Max Gros-Louis. Un homme plus grand que nature ! »

– Ian Lafrenière, ministre des Affaires autochtones

« Nous vous remercions d’avoir marché avec nous et à nos côtés. Vous faites partie de ceux et celles qui ont forgé notre Nation. La Nation vous souhaite un paisible voyage sur le chemin de nos ancêtres. »

– Rémy Vincent, grand chef de la Nation huronne-wendat

Photo d’archives
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« Nous [allons] unir toutes nos forces vives afin de relever le grand arbre, comme notre tradition nous le demande. [...] Rendons hommage. Önenh ! »

– Konrad Sioui, ancien grand chef de la Nation huronne-wendat

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