Mieux comprendre les pics hivernaux d’eczéma, cette maladie de la peau exacerbée par le froid

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Jean-Philippe Guilbault

2025-12-13T05:00:00Z

Le froid et l’humidité hivernale exacerbent les symptômes de l’eczéma, cette maladie inflammatoire de la peau qui affecte jusqu’à 20% de la population au pays.

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Ce n’est pas pour rien que les pays nordiques ont des proportions plus élevées de gens ayant de l’eczéma et des formes plus sévères de la maladie, souligne la dermatologue Elena Netchiporouk.

«J’ai des patients qui viennent de pays plus chauds, de l’Afrique, de l’Asie du Sud-est, qui faisaient déjà de l’eczéma dans leur pays natal, mais c’est vraiment en arrivant au Canada, avec le changement de climat, que l’eczéma est devenu beaucoup plus sévère», raconte-t-elle.

La dermatologue affiliée au CUSM, à Montréal, Elena Netchiporouk.
La dermatologue affiliée au CUSM, à Montréal, Elena Netchiporouk. Photo tirée du site web de l'Association canadienne de dermatologie

L’eczéma est une maladie inflammatoire de la peau qui provoque généralement des plaques rouges sur le corps, qui vont générer de vives démangeaisons.

Le froid intense, l’humidité élevée, le vent et le manque de soleil sont tous des facteurs qui peuvent fragiliser la barrière cutanée et provoquer des épisodes d’eczéma.

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Des démangeaisons importantes

Dans ses formes plus sévères, ces démangeaisons peuvent carrément troubler le sommeil, la performance scolaire ou au travail.

«J’ai beaucoup d’empathie pour les patients avec de l’eczéma», note la Dre Netchiporouk.

Au Canada, la maladie touche entre 15 et 20% de la population adulte. Elle s’explique à la fois par des prédispositions génétiques et l’environnement d’une personne.

«Il y a des gènes qui peuvent soit mener à une peau plus facilement irritable ou à des réactions plus fortes du système immunitaire», explique la dermatologue.

Variable selon l’âge

D’ailleurs, les personnes ayant de l’eczéma sont plus promptes à développer de l’asthme, la fièvre des foins et des allergies alimentaires en raison de ces prédispositions génétiques.

Une autre caractéristique de l’eczéma, c’est qu’il s’agit d’une maladie dont les symptômes fluctuent énormément au cours de la vie d’une personne.

La maladie est généralement diagnostiquée à un très jeune âge. Au Canada, environ 30% des enfants ont de l’eczéma.

«Avec la maturation du système immunitaire, au moment de l’entrée scolaire, il y a une bonne proportion, surtout les enfants avec de l’eczéma léger, pour qui cela va disparaître», souligne la Dre Netchiporouk.

L’eczéma peut ensuite réapparaître beaucoup plus tard dans la vie, après 65 ans, lorsque le système immunitaire «baisse en efficacité».

Heureusement, plusieurs traitements existent en fonction de l’âge du patient et de la sévérité de l’eczéma (voir autre texte).

«Avant 2017, nous n’avions pratiquement rien à offrir aux patients, note la Dre Netchiporouk. On a maintenant beaucoup de potentiel pour améliorer leurs souffrances.»

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Les pharmaciens mieux outillés pour soulager l’eczéma

En première ligne pour les patients souffrant de l’eczéma, les pharmaciens sont maintenant mieux outillés pour offrir des traitements et soulager les démangeaisons.

«Les pharmaciens ont eu plusieurs élargissements du champ de pratique dans les dernières années», explique la directrice des services pharmaceutiques à l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), Marie-Pascale Beaulieu.

Marie-Pascale Beaulieu est pharmacienne et directrice des services pharmaceutiques à l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires.
Marie-Pascale Beaulieu est pharmacienne et directrice des services pharmaceutiques à l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires. Photo tirée de la page LinkedIn de Marie-Pascale Beaulieu

Ainsi, depuis 2020, les pharmaciens sont autonomes pour offrir des prescriptions de crèmes de corticostéroïdes dans le cas de l’eczéma «léger à modéré».

Au-delà des crèmes à base de cortisone en vente libre et de celles pouvant être prescrites par les pharmaciens, l’éventail de traitements qui peuvent être prescrits par un médecin est très large, passant de comprimés oraux à des injections sous-cutanées.

«Ça va surtout dépendre de la sévérité des lésions et de leur localisation sur le corps, explique le pharmacien Marc-Antoine Verret, affilié à la bannière Pharmaprix à Québec. Et quand on a des patients qui vivent des échecs avec les crèmes à la cortisone, où on voit qu’on ne reprend pas le contrôle sur la maladie, c’est là qu’on va aller vers des traitements qu’on appelle biologiques, donc avec des injections.»

Le pharmacien Marc-Antoine Verret pratique dans le secteur de Beauport, à Québec.
Le pharmacien Marc-Antoine Verret pratique dans le secteur de Beauport, à Québec. Photo tirée de la page LinkedIn de Marc-Antoine Verret

Des traitements «plus dispendieux et plus invasifs» mais qui génèrent de très bons résultats, selon M. Verret qui accompagne souvent des patients lors de leurs premières injections.

Puisque l’eczéma est une maladie généralement diagnostiquée à un très jeune âge, le traitement est évidemment adapté dans le cas où le patient est un jeune enfant.

«On va être un peu plus prudents quant aux crèmes avec de la cortisone sur la peau d’un enfant», explique Marie-Pascale Beaulieu. Une attention est portée alors à l’intensité de la crème prescrite.

Cet accompagnement des pharmaciens se fait évidemment «en collaboration» avec le médecin traitant, soit un médecin de famille ou un dermatologue.

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