Mika se confie sur le trouble auditif qui bouleverse sa vie d’artiste

L’album «Hyperlove» de Mika est disponible sur toutes les plateformes. Sa tournée Spinning Out Tour s’arrêtera le 4 mai prochain à la Place Bell, à Laval.

Samuel Pradier

2026-01-29T11:00:00Z

Trois ans après son dernier album en français, le chanteur Mika revient avec un nouveau disque, Hyperlove, uniquement en anglais. Cet album concept se décline en 15 chansons dans lesquelles l’intensité de la musique est inversement proportionnelle à la profondeur des textes. Nous avons joint Mika, véritable amoureux du Québec, pour lui parler de sa création et de ses projets.

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Ce nouvel album de Mika est né d’une nécessité intrinsèque à l’artiste de s’exprimer. «J'en avais besoin, je me suis rendu compte que la partie de la pop qui me plaît le plus, c'est quand on sent qu'il y a un vrai parti pris artistique. Quand on est en train de raconter une histoire qui est presque comme un roman. J’aime aussi beaucoup lire, et je me demandais pourquoi les auteurs ont le droit de présenter des mondes complets, et pas moi. Aujourd'hui, plus que jamais, on a la sensation que les artistes pop ne sont pas autorisés à faire la même chose. J'ai voulu complètement casser cette idée sans demander la permission, juste suivre mon envie.»

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Son passage à la quarantaine (il a maintenant 42 ans) l’a mis devant un ultimatum: s’il ne le faisait pas maintenant, quand le ferait-il? «C'est drôle parce que, même si le son est différent, c'est vraiment comme ça que j'avais créé mon premier album. Je suis un auteur, je construis des mondes. Ce n'est pas parfait, mais je vais y aller avec du courage. Et de temps en temps, il y aura des moments où c'est vraiment beau.»

Vision de l’amour

À travers les 15 chansons de Hyperlove, Mika détaille une vision de l’amour assez pessimiste, avec des relations compliquées. «Je n’exprime pas la perte, c'est plutôt du manque. Je réponds à ça avec de la joie, de la couleur, de la rage... Je réponds sans filtre à ce manque. Je trouve que c'est vraiment dans l'air du temps, l'esprit de cet album et de ses paroles.»

Mais, selon le chanteur, il ne faut pas y voir une expression de sa propre vie intime. «C'est ce que je sens et ce que je vis de temps en temps. La partie de l'amour la plus claire et la plus sereine, c'est celle que j'ai dans ma vie privée, avec mon conjoint. Je parle plus d'amour comme si c'était l'âme. Je trouve qu’on a un peu perdu cette conception d’âmes collectives.»

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Outre une chanson dédiée à son chien (Immortal Love), Mika explore aussi l’amour au temps du numérique dans Science Fiction Lover ou encore les problèmes de dépendance dans la chanson All The Same. «Le sujet de cette chanson est horrible. Ça parle de la tristesse profonde et de l'isolation qu'on peut vivre quand quelqu'un qu'on aime souffre de la maladie de la dépendance, que ce soit aux drogues, à l’alcool ou autres. J’y réponds en musique. Pour moi, c'est une manière de montrer comment j'ai vraiment repris l’idée que je ne dois pas me cacher quand j’écris des chansons. La musique fait oublier les paroles, c’est comme un médicament. Mary Poppins avait raison quand elle chantait Spoon of Sugar

Icône underground

Quelques intermèdes ponctuent l’album de monologues décalés récités par l’acteur et réalisateur américain John Waters, symbole de la contre-culture des années 1970. «Il y a un côté résistant dans ce disque, qui explore l’idée de ne pas perdre son individualité, de ne pas perdre l'autonomie du choix, de son âme, de son esprit. Quand on regarde le travail de John Waters, il y avait aussi cette sorte de courant en dessous de la haine, de la discrimination, d'une sorte d’hypercommercialisation de l'esprit. On vit dans une époque où il est difficile d’identifier qui sont les clowns et qui sont les génies, il faut parler ce langage. John Waters était parfait parce que c'est au service de quelque chose qui annonce l'amour et la liberté d'esprit.»

De l’Italie à Montréal

Pour rester dans son concept original, Mika a choisi de travailler avec des instruments et des appareils analogiques, dont certains qui datent de plusieurs décennies. «C'était une manière d'avoir un résultat très contemporain et assez dance, mais avec du cœur et de l'imperfection. On a utilisé pour ça des synthés des années 1970-1980, des samplers, des orgues, des compresseurs vintages... J’avais l’idée de l'imperfection dans le son qui donne une certaine texture. Je trouve que dans l'imperfection, il y a des rais de lumière qui donnent de l'âme au son.»

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S’il a écrit les chansons de ce disque dans sa maison en Italie, il en a enregistré une partie à Montréal, avec son acolyte Nick Littlemore. «Nick n'habite pas à Montréal, moi non plus, mais la première fois qu’on s'est rencontrés — pour l'album Origin of Love —, c'était à Montréal. Je voulais me retrouver avec lui là-bas, j'adore travailler à Montréal, j'adore le fait qu'on se sente bien là, qu’on mange bien. En plus, j'adore la neige parce que ça garde tout le monde en studio un peu plus longtemps. Montréal est un endroit où j'aime bien créer. Je trouve qu’il y a ce mélange entre la culture européenne et le côté Amérique du Nord, c'est un endroit où je me sens bien.»

D’ailleurs, Mika est venu à Montréal durant le temps des fêtes pour tourner des images qui vont être utilisées sur la tournée. «Je suis venu pour un voyage de 18 heures depuis l'Europe, entre deux émissions de promo, mais j’adore Montréal!»

Problèmes auditifs

Durant l’entrevue, Mika nous a révélé qu'il a des problèmes auditifs qui lui ont fait perdre l’ouïe à un certain niveau. «J'ai eu les ganglions, quelque temps après mon premier album. C’était un moment de stress parce que ma vie avait tellement changé, et j'étais physiquement tellement fatigué. La combinaison des ganglions et du fait que je n'arrêtais pas de travailler, ça a attaqué mes oreilles. J'ai dû annuler beaucoup de choses pendant un moment, et depuis, j'ai des troubles d'audition. J'ai perdu 50 % de certaines fréquences.»

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Il confirme que la situation s’est un peu arrangée avec le temps, mais reste qu’il y a encore des fréquences qu’il n’entend plus. «Dans la courbe des sons, il y a des trous autour de 30 à 40 % sur certaines fréquences. Ce qui est incroyable, c'est que le cerveau a une plasticité incroyable et il arrive à trouver des solutions pour compenser. J'ai aussi eu de l'aide de neuropsychologues incroyables, qui m'ont vraiment aidé.»

Un autre monde

Avec la sortie de ce disque, Mika prépare une grande tournée mondiale qui passera par Laval, le 4 mai prochain, à la place Bell. «C’est un spectacle assez ambitieux, qui est inspiré par le constructivisme des années 1920 et le ballet russe. Il y a notamment cette idée de structure qui représente la grande machine. Ça commence d'une manière assez froide, et ça devient une explosion de couleurs et de joie. Je pense que les gens viennent à mes concerts pour entrer dans un autre monde pendant deux heures. Les anciens succès seront mélangés là-dedans, mais sous une nouvelle forme. La lumière qui accompagne cet album donne une nouvelle énergie que les gens attendent.»

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